VIN LA THÉO­RIE HEN­RIOT

Les cham­pagnes de la mai­son ré­moise se veulent le re­flet d’une phi­lo­so­phie de la re­te­nue, de la dis­cré­tion et de la pré­ci­sion. Dans le verre, l’idée est fort convain­cante.

Le Figaro Magazine - - Quartiers Libres -

L’es­prit Hen­riot ? « Nous sommes une mai­son très at­ta­chée à sa tra­di­tion, ce qui ne veut pas dire pas­séiste. Nous se­rions plu­tôt des adeptes du “non no­va sed nove”, pour conti­nuer à faire les mêmes choses de fa­çon plus contem­po­raine si ce­la est ju­di­cieux, in­siste, en pe­sant ses mots, Gilles de La­rou­zière, le pré­sident de Mai­sons & Do­maines Hen­riot. Nous res­tons fi­dèles à un idéal. Peut-être sommes-nous aus­si un brin jan­sé­nistes, un peu re­cueillis. » Un dis­cours qui épouse la belle ri­gueur de ce champagne si­gné du chef de cave Laurent Fres­net : pré­cis dans toutes ses dé­cli­nai­sons – brut sans an­née, blanc de blanc, ro­sé, mil­lé­si­mé… De­puis 1990, le sa­voir-faire de la mai­son est ré­su­mé dans la Cuve 38, un as­sem­blage unique des grands crus de la mai­son, en­ri­chi chaque an­née des meilleurs char­don­nays ré­col­tés. Le tout pour une pro­duc­tion confi­den­tielle de mille mag­nums.

Mais dis­cré­tion et ou­ver­ture sont conci­liables : Hen­riot, qui ne vit pas seule­ment dans sa bulle, s’ex­porte bien, sur­tout aux Etats-Unis, au Ja­pon et en Ita­lie. La concur­rence des vins pé­tillants comme le pro­sec­co, l’ai­guillonne. « C’est un ef­fet de mode, re­prend Gilles de La­rou­zière. Le spark­ling (vin mous­seux, ndlr) sé­duit des gens moins exi­geants sur la ri­chesse du pro­duit. Ce suc­cès nous fait ce­pen­dant ré­flé­chir : plus que ja­mais la Champagne doit jus­ti­fier sa dif­fé­rence avec les autres ef­fer­ves­cents, et mettre en avant son ter­roir, la ri­chesse aro­ma­tique de ses pro­duits, sa ra­re­té, le tra­vail de ses ar­ti­sans. » Il s’agit donc de com­mu­ni­quer, avec me­sure. La marque ob­serve de loin l’ac­ti­vi­té des ré­seaux so­ciaux et les ex­pé­riences d’autres cham­pe­nois sur le web. « Nous sommes sur­pris par l’ava­lanche de posts et de com­men­taires qui peuvent ac­com­pa­gner cer­tains évé­ne­ments que nous or­ga­ni­sons. » Mais la cir­cons­pec­tion reste de mise. « Plus le monde ira vers l’ins­tan­ta­néi­té, l’im­per­son­na­li­té, et plus nous nous pré­sen­te­rons comme un élé­ment de sta­bi­li­té. Le QR code col­lé sur la bou­teille qui dit tout de votre cu­vée, ce n’est pas pour nous. Nous sommes une ano­ma­lie po­si­tive dans la vie mo­derne. » Dans ces condi­tions, l’ou­ver­ture des portes de la mai­son au pu­blic dans une pers­pec­tive oe­no­tou­ris­tique n’est pas pour de­main. « Nous ne sommes pas en­core or­ga­ni­sés pour ce­la. Et puis, il faut conser­ver une part de mys­tère », conclut le pré­sident. Même si le vin en dit dé­jà long sur eux. STÉ­PHANE REY­NAUD

A Pier­ry, Les Aul­nois, bâ­tisse du XVIIIe siècle, pro­prié­té de Mai­sons & Do­maines Hen­riot.

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