En vue : Cé­dric Lo­ren­zi­ni

A 28 ans, le plus jeune joueur de l’équipe de France de bridge a toutes les cartes en main pour de­ve­nir cham­pion du monde.

Le Figaro Magazine - - Entrées Libres - • CH­RIS­TOPHE DO­RÉ

Cé­dric Lo­ren­zi­ni a la mé­moire vive, le dis­cours clair et le sou­rire fa­cile. On parle peu de lui dans les mé­dias. Il af­fiche pour­tant une car­rière éblouis­sante… mais dans une dis­ci­pline peu connue en France du grand pu­blic : le bridge. Dès di­manche, il dis­pu­te­ra les cham­pion­nats du monde qui se dé­roulent à Lyon et dont la fi­nale au­ra lieu le 26 août après deux se­maines de com­pé­ti­tion. Le bridge, qui frappe à la porte des Jeux olym­piques de­puis de nom­breuses an­nées, est-il vrai­ment un sport ? Cette ques­tion, le jeune Mul­hou­sien, cham­pion d’Eu­rope, sa­cré joueur de l’an­née aux Etats-Unis en 2015 et qui a dé­bu­té à l’âge de 7 ans (en paire avec son grand-père), l’a dé­jà en­ten­due des cen­taines de fois. Pé­da­gogue, il ré­pond : « Il y a un ad­ver­saire à battre, une di­men­sion psy­cho­lo­gique, phy­sique éga­le­ment. Il faut s’en­traî­ner pour res­ter au meilleur ni­veau, étu­dier la stra­té­gie des ad­ver­saires, ap­prendre à jouer avec son par­te­naire, faire preuve d’en­du­rance pen­dant les tour­nois et res­ter com­ba­tif face à des joueurs co­riaces… Toutes les spé­ci­fi­ci­tés d’un sport ! »

Ce qui l’a sé­duit dans le bridge ? Pou­voir af­fron­ter des per­sonnes in­té­res­santes. Il a dé­jà ou­vert les en­chères face à Bill Gates, War­ren Buf­fett ou Car­los Ghosn, tous trois grands ama­teurs de la dis­ci­pline. Le fait de jouer en équipe l’a aus­si at­ti­ré, con­trai­re­ment aux échecs, qui l’ont ten­té à une cer­taine époque. « Sur un échi­quier, vous re­ve­nez tou­jours aux mêmes po­si­tions. Au bridge, les en­chères peuvent faire que vous ne joue­rez ja­mais la même par­tie en soixante-quinze ans ! C’est une suite de mi­ni­pro­blèmes à ré­soudre, dans un temps très ra­pide, alors que les échecs consistent plu­tôt en une pla­ni­fi­ca­tion à long terme », pour­suit ce di­plô­mé d’un doc­to­rat de chi­mie qui a mis les pi­pettes entre pa­ren­thèses pour de­ve­nir pro­fes­sion­nel.

Pour se pré­pa­rer à la com­pé­ti­tion, Cé­dric Lo­ren­zi­ni a ses re­cettes. Le running et la natation, une ali­men­ta­tion saine et un som­meil ré­gu­lier lui per­mettent de tra­vailler sa ré­sis­tance. « Nous jouons jus­qu’à sept heures quo­ti­dien­ne­ment pen­dant quinze jours. C’est un vrai sport d’en­du­rance. On peut s’au­to­ri­ser un verre de vin le soir, mais le ma­tin un ré­veil deux heures et de­mie avant la pre­mière par­tie est in­dis­pen­sable pour que le cer­veau soit bien ir­ri­gué. »

Par­mi les équipes qu’il va sur­veiller de près (amé­ri­caines, mo­né­gasque, néer­lan­daise…), au­cune ne lui pa­raît in­vin­cible. D’au­tant que la cham­pionne du monde en titre – la Po­logne – a été éli­mi­née dès les cham­pion­nats d’Eu­rope. « La preuve que, dans ce sport, rien n’est ja­mais ga­gné d’avance », conclut Cé­dric Lo­ren­zi­ni.

Pour Cé­dric Lo­ren­zi­ni, le bridge est une dis­ci­pline mo­derne, loin de l’image qu’elle vé­hi­cule en­core en France.

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