ICI, ENTRE MI­NYA ET AS­SIOUT, BAT LE COEUR DE LA CHRÉ­TIEN­TÉ EN ÉGYPTE

Les moines du Mu­har­raq ouvrent chaque an­née leurs portes à près de 100 000 chré­tiens ve­nus de tout le pays pour se re­cueillir là où la Sainte Fa­mille se se­rait ca­chée lors de la fuite en Egypte. Dix jours de fête, mais aus­si l’oc­ca­sion de bap­ti­ser les nou

Le Figaro Magazine - - Esprits Libres - SÉ­BAS­TIEN DES­LANDES

Al’ombre de l’im­po­sante for­te­resse cré­ne­lée, une­foule in­in­ter­rom­pue pié­tine dans les sables pous­sié­reux. Bat­te­rie de cui­sine sous le bras, ta­pis sur la tête, elle se plie aux contrôles suc­ces­sifs des forces de sé­cu­ri­té qui en­serrent l’en­ceinte. Plan­tée en bor­dure du dé­sert li­byque, sur le mont Qos­qam, à 330 ki­lo­mètres au sud du Caire, la grande mu­raille de pierres ocre abrite Deir al-Mu­har­raq, le mo­nas­tère de la Sainte-Vierge. L’un des lieux les plus sa­crés pour les Coptes d’Egypte car il consti­tue­rait, se­lon la tra­di­tion, l’ul­time étape du « voyage de la Sainte Fa­mille » en Egypte. Un épi­sode fon­da­teur des croyances coptes. « Il suf­fit de lire la Bible. Les pro­phètes Osée ou Isaïe en parlent dans l’An­cien Tes­ta­ment. L’Evan­gile se­lon Mat­thieu aus­si. Lève-toi, prends l’en­fant et sa mère, fuis en Egypte et restes-y jus­qu’à nou­vel ordre, dit l’ange du Sei­gneur à Jo­seph », rap­pelle le père Phi­loxe­nos, l’un des 120 moines ré­si­dant au Mu­har­raq. « Hé­rode Ier le Grand, qui crai­gnait la nais­sance du roi des Juifs, or­don­na de tuer tous les en­fants de 2 ans, for­çant à l’exil, pen­dant sept ans, la Sainte Fa­mille. Après avoir tra­ver­sé le Si­naï, puis la ré­gion du Del­ta, l’En­fant Jé­sus, Jo­seph et Ma­rie en­trèrent en Haute-Egypte. Ils res­tèrent ca­chés au Mu­har­raq pen­dant six mois et dix jours, avant d’en­ta­mer leur re­tour en Pa­les­tine, à l’an­nonce de la mort d’Hé­rode ».

Si une vie mo­nas­tique est at­tes­tée au Mu­har­raq de­puis le IVe siècle, le dé­rou­le­ment de ces évé­ne­ments est au­jourd’hui sou­mis à cau­tion par les his­to­riens. Ber­nard Hey­ber­ger, spé­cia­liste des chré­tiens d’Orient à l’Ecole des hautes études en sciences so­ciales (EHESS), parle, no­tam­ment, de « ré­cits apo­cryphes », mais les Coptes, eux, suivent, tout au long de l’an­née, « les pas de la Sainte Fa­mille » : le temps d’un week-end ou lors des « mou­led », les pè­le­ri­nages sur les sites. Il y au­rait une soixan­taine de pè­le­ri­nages chaque an­née, ré­par­tis sur tout le ter­ri­toire égyp­tien. Ce­lui du Mu­har­raq, dans le gou­ver­no­rat d’As­siout, est l’un des plus im­por­tants. Cha­cune de ses édi­tions, en juin, draine pen­dant dix jours près de 100 000 per­sonnes, pré­cise le père Maxi­mos, en charge de l’or­ga­ni­sa­tion du pè­le­ri­nage de­puis 1992. « Mais cette an­née, il y a eu moi­tié moins de monde, au­tour de 50 000 pè­le­rins, en rai­son des me­sures de sé­cu­ri­té in­ha­bi­tuelles qui ont été dé­ployées. » Le gou­ver­ne­ment égyp­tien a en ef­fet dé­cla­ré l’état d’ur­gence en avril, puis a dé­con­seillé de se rendre aux pè­le­ri­nages après les at­taques per­pé­trées contre les chré­tiens et re­ven­di­quées par le groupe Daech. « Il y a eu le 9 avril, le double at­ten­tat de l’église Mar Gir­gis à Tan­ta (120 ki­lo­mètres au nord du Caire) et de l’église Saint-Marc à Alexan­drie (45 morts). Puis, l’at­taque d’un bus de pè­le­rins, le 26 mai der­nier à al-Mi­nya (200 ki­lo­mètres au sud du Caire), qui se ren­dait au mo­nas­tère Saint-Sa­muel dans le Fayoum », énu­mère, ému, le père Phi­loxe­nos. Des at­taques sur­ve­nues au coeur de la li­tur­gie copte, et alors que le gou­ver­ne­ment égyp­tien ne ca­chait plus ses es­poirs de voir le « che­min de la Sainte Fa­mille » être ins­crit au pa­tri­moine de l’Unes­co.

De­puis les pre­miers bar­rages aux abords de la né­cro­pole tou­chant le mo­nas­tère jus­qu’à ceux à l’aplomb de sa vieille porte en bois, les forces de po­lice, ai­dées de mi­li­taires et des Mou­kha­ba­rat (ser­vices de sé­cu­ri­té et de ren­sei­gne­ments), mul­ti­plient les contrôles. Au-de­là, dé­jà, la foule n’y prête plus au­cune at­ten­tion. Au pied des grandes croix lu­mi­neuses frap­pant le som­met des rem­parts, c’est un en­tre­lacs de ruelles bor­dées d’étals dans les­quelles les pè­le­rins tentent de se frayer un che­min. Les bou­tiques d’épices font face à celles de vê­te­ments bon mar­ché, de co­li­fi­chets, de jeux d’en­fants ou d’images pieuses. « C’est aus­si le bon en­droit pour ren­con­trer des filles », s’amuse Mark Ash­raf, 19 ans, ve­nu de la ville voi­sine de Mal­la­wi. « Ici, nous pou­vons nous éman­ci­per de la fa­mille car cha­cun s’oc­cupe comme il le sou­haite. Et nous y re­trou­vons tous nos amis », pour­suit-il. Une ré­créa­tion po­pu­laire à la­quelle la fa­mille Da­bah se rend, quant à elle, chaque an­née. Ro­ma­ni et Imen, pa­rents de quatre en­fants sont ori­gi­naires d’un vil­lage proche d’As­siout. Ils tiennent l’un de ces com­merces. « Nous ven­dons des vê­te­ments. Ha­bi­tuel­le­ment, nous le fai­sons dans les villages de la ré­gion avec notre char­rette. Nous ga­gnons 1 000 livres →

UN ÉPI­SODE FON­DA­TEUR DE LA CROYANCE DES COPTES

→ par mois (le re­ve­nu moyen en Egypte est de 1 200 livres). Ici, la lo­ca­tion de l’em­pla­ce­ment au mo­nas­tère nous coûte 350 livres pour les dix jours. Nous ai­mons ve­nir au mou­led. Nous al­lons éga­le­ment à ce­lui de Sa­ma­lut (gou­ver­no­rat de Mi­nya), en no­vembre. Et c’est im­por­tant aus­si pour la spiritualité », in­diquent-ils.

Comme eux, la ma­jo­ri­té des pè­le­rins sont ori­gi­naires de Haute-Egypte. Les Coptes se­raient, en Egypte, entre 7,5 mil­lions et 12 mil­lions, se­lon les chiffres te­nus ici par le gou­ver­ne­ment, là par le pa­triar­cat d’Alexan­drie, soit de 10 à 15 % de la po­pu­la­tion. En Haute-Egypte, ils consti­tue­raient près de 30 % des 20 mil­lions d’ha­bi­tants. « La Haute-Egypte, c’est le coeur de la chré­tien­té, s’en­thou­siasme le père Phi­loxe­nos. Et pour­tant, c’est sans doute l’unique fois de l’an­née que ces pè­le­rins voient un homme en noir. Ces fa­milles pré­fèrent al­ler par­fois au mo­nas­tère pen­dant les mou­led plu­tôt qu’à l’église le di­manche. Leur vil­lage ne dis­pose que ra­re­ment de sa propre église. Ce pè­le­ri­nage a donc aus­si une ver­tu édu­ca­tive. Ce sont des gens simples et pauvres, ac­ca­blés par leur tra­vail. En ce­la, il y a un lien en­core très in­time entre leur vie et celle des pre­miers chré­tiens en Egypte. Ils de­meurent fi­dèles au mo­dèle des pères du dé­sert, as­cètes et vi­vant en com­mu­nau­té ou en er­mites dans le dé­sert d’Egypte », pour­suit-il. Sans fré­quen­ter as­si­dû­ment l’église, ces pè­le­rins n’ou­blient pas cer­tains traits que l’his­toire prête aux Coptes. Ceux qui les lient à la fon­da­tion de l’église d’Alexan­drie en 42 après J.-C. par l’évan­gé­liste Marc et aux pre­miers dé­ve­lop­pe­ments du chris­tia­nisme en Orient. « Copte si­gni­fie pre­miers égyp­tiens. Nous sommes les des­cen­dants des Egyp­tiens de 0l’An­ti­qui­té », ne manque-t-on pas de nous rap­pe­ler sous les grandes bâches du mar­ché, abri­tant du so­leil. « Une ma­nière d’af­fir­mer leur an­té­cé­dence par rap­port aux Arabes mu­sul­mans ar­ri­vés en Egypte au VIIe siècle », af­firme Ber­nard Hey­ber­ger.

ON VIENT AF­FIR­MER SA FOI MAL­GRÉ LES ME­NACES IS­LA­MISTES

Car les rap­ports in­ter­re­li­gieux s’avèrent par­fois conflic­tuels. Au cours des trois der­nières an­nées, l’Ins­ti­tut Tah­rir a ain­si comp­ta­bi­li­sé 400 cas de vio­lences in­ter­re­li­gieuses en Egypte. Et l’or­ga­ni­sa­tion Ini­tia­tive égyp­tienne pour les droits per­son­nels (Ei­pr), « au moins 77 épi­sodes, plus ou moins graves, de vio­lences sec­taires dans la ré­gion de Mi­nya entre jan­vier 2011 et août 2016 ». Par­mi la foule des pè­le­rins, on évite de par­ler de ces épi­sodes de vio­lence. « Parce qu’ils ont peur, mais aus­si parce que la fi­gure du mar­tyr est lar­ge­ment in­té­grée, de­puis des siècles, par les Coptes, ex­plique Marc Ze­kry, un pè­le­rin ori­gi­naire de la ville de Mi­nya. Par ailleurs, la Hau­teE­gypte est aus­si le ber­ceau des groupes is­la­miques comme la Ga­maa al-Is­la­miya. Bien sûr, c’est beau­coup mieux de vivre en Egypte quand on est chré­tien qu’en Irak ou en Sy­rie, mais des his­toires aus­si sombres, il y en a plein. Sur­tout, ce qui marque par­ti­cu­liè­re­ment les Coptes, ce sont les dis­cri­mi­na­tions ».

Les obs­tacles, no­tam­ment en ma­tière ad­mi­nis­tra­tive ou

d’em­ploi, ponc­tuent leur quo­ti­dien. Le père Phi­loxe­nos s’en fait l’écho. « Les Coptes sont des ci­toyens de se­conde zone. La dis­cri­mi­na­tion se ma­té­ria­lise, no­tam­ment, dans tous les liens que nous pou­vons avoir avec l’Etat. Pour ob­te­nir un pa­pier, par exemple, au­près de l’ad­mi­nis­tra­tion, c’est com­pli­qué. Sur­tout, un cer­tain nombre d’em­plois liés au gou­ver­ne­ment ou à l’ar­mée nous sont im­pos­sibles. Il est, par exemple, in­ima­gi­nable de voir un Copte in­té­grer les Mou­kha­ba­rat ou mon­ter en grade au sein de la po­lice. »

Ces dif­fi­cul­tés n’em­pêchent pas de nom­breuses fa­milles mLuEsFuIGlmARaOnMeAsGAdZeINvEe•n1i⁄2rp,ap­geaL­ra­fro­geiusr aFUcc•o17m 8x p1a17g,5nmémes• dPAeRI«S1l2e•u8rJsOURS voi­sins chré­tiens », au Mu­har­raq pen­dant le pè­le­ri­nage.

« Pour la ba­ra­ka », nous dit-on, mais aus­si parce que

« Is­sa (Jé­sus) tient une place im­por­tante dans le Co­ran ». C’est le cas no­tam­ment de Saïd, 27 ans. Il tient, avec son frère, une bou­tique de ta­touages qui ne désem­plit ja­mais. Les pè­le­rins s’y pressent nom­breux pour se voir ap­po­ser une fine et dis­crète croix à l’in­té­rieur du poi­gnet, l’un des signes tra­di­tion­nels de re­con­nais­sance des Coptes. « La pe­tite croix, c’est 10 livres », lance Saïd, ai­guille en main. Au­tour de lui, une my­riade de pa­rents tendent leur en­fant pour ce rite de pas­sage. « Et dé­sor­mais, on me de­mande, sur­tout les jeunes, de faire de plus gros ta­touages. Des vi­sages de la Vierge ou des mes­sages à la gloire de Jé­sus », conti­nue-t-il. Seule l’ap­pa­ri­tion d’un prêtre copte vient trou­bler son tra­vail. Aus­si­tôt, le vieil homme à la barbe four­nie est hap­pé par la foule, qui os­cille entre hys­té­rie et res­pect. Elle le re­garde avec dé­vo­tion, tente de lui em­bras­ser la main, de le tou­cher. Des en­fants sont por­tés par-des­sus la mê­lée pour se faire bé­nir. Un mot, un geste pro­voquent la joie des pè­le­rins. L’at­trou­pe­ment gros­sit. Hommes, femmes, en­fants viennent, en nombre, de­puis une grande place ac­ces­sible par une porte co­chère. Celle-ci ouvre sur un vaste terre-plein sur le­quel sont ins­tal­lés, à perte de vue, de tran­quilles pè­le­rins. « Il y a ici plu­sieurs mil­liers de per­sonnes. Ils viennent pas­ser une ou deux nuits, par­fois plus, et dorment à même le sol. D’autres ont pu louer un lo­ge­ment dans les villages alen­tour ou l’une des rares chambres du mo­nas­tère », nous ex­plique le père

ta­pis, au­tour d’un repgp a- sB,AG­

→ co­ha­bi­tant avec mou­tons et chèvres, ces fa­milles semblent tendre un mi­roir du Re­pos pen­dant la fuite en Egypte, peint par le Ca­ra­vage. Les traits ti­rés, as­sis au mi­lieu de leurs vic­tuailles et ob­jets per­son­nels… Au­tour, cha­cun est à son oeuvre, sous l’oeil sé­vère des hommes en noir, qui ra­brouent, au moindre écart, grands et pe­tits.

La vie de ces pè­le­rins est ryth­mée par de puis­sants haut­par­leurs qui, entre deux ap­pels pour un en­fant éga­ré, dé­versent des lec­tures de textes sa­crés et des in­vi­ta­tions à re­joindre les li­tur­gies se suc­cé­dant dans la grande église de la Vierge-Ma­rie, qui semble pour­tant trop pe­tite pour ac­cueillir tous les fi­dèles. Bous­cu­lant les bar­rières in­stables ins­tal­lées pour la conte­nir, la foule des pè­le­rins pa­tiente tant bien que mal, mains jointes, en prières. A l’in­té­rieur, hommes et femmes oc­cupent des bancs sé­pa­rés. Les trois prêtres pro­cèdent à l’of­fice de l’en­cens, qu’ils ba­layent dans un écran de fu­mée. « Le char­bon re­pré­sente Jé­sus dans le ventre de la Vierge Ma­rie », nous ex­plique un fi­dèle. En­fin, dé­lais­sant leurs ban­quettes, les femmes s’avancent vers le prêtre pour une bé­né­dic­tion. Non loin, au bout d’un pe­tit cou­loir bor­dé de bancs, le père Mous­sa ac­cueille plu­sieurs di­zaines de fa­milles en­di­man­chées. « Je suis le res­pon­sable des bap­têmes, ex­plique-t-il. Nous en pra­ti­quons toute l’an­née, mais pen­dant le pè­le­ri­nage, le rythme est beau­coup plus éle­vé avec 65 bap­têmes par jour. » Tan­dis que ses auxi­liaires s’em­ploient à consi­gner noms et adresses des fa­milles, le père Mous­sa prie, pe­tite croix en main, avec la mère. Celle-ci tient dans ses bras le nou­veau-né.

Il a pris les traits de l’En­fant Roi, vê­tu d’un long linge blanc et d’un bonnet en forme de cou­ronne. Par trois fois, le père Mous­sa plonge l’en­fant dans les fonts bap­tis­maux. « C’est le bain d’éter­ni­té. Il sym­bo­lise l’in­hu­ma­tion sui­vie de la ré­sur­rec­tion dans le Ch­rist », ex­plique l’homme d’Eglise. Après une brève séance pho­to, la fa­mille Aba­nob, qui vient bap­ti­ser le jeune Na­der, est dé­jà rem­pla­cée par de nou­veaux pré­ten­dants. « Nous al­lons aux icônes main­te­nant, dans l’église al-Az­raq », nous aver­tissent-ils. Cette église est la rai­son même du mo­nas­tère al-Mu­har­raq. Là, →

DES ÉGLISES TROP PE­TITES POUR AC­CUEILLIR TOUS LES FI­DÈLES

→ où, se­lon la tra­di­tion copte, « la Sainte Fa­mille se se­rait ca­chée. L’En­fant sau­veur s’est en­dor­mi sur cette pierre. Après son as­cen­sion, Jé­sus est re­ve­nu ici pour fon­der cet au­tel. Il s’agit donc de la se­conde plus vieille église du monde après Beth­léem », plas­tronne le père Phi­loxe­nos. Il faut em­prun­ter une longue al­lée, bor­dée de jar­dins po­ta­gers et suivre la file des pè­le­rins, sou­dai­ne­ment calme, pour y par­ve­nir. Dans la tié­deur de la pièce, ils touchent cha­cune des icônes, les em­brassent, re­pré­sen­ta­tions de saints ou illus­tra­tions des étapes de l’exil for­cé, avant de faire face à l’au­tel. Abri­té der­rière une pa­roi en bois sculp­té, le ri­tuel se ré­pète, dans un si­lence to­tal, jus­qu’à ce que l’ar­mée de bé­né­voles qui sur­veillent la scène éva­cue les lieux jus­qu’au len­de­main. La nuit tom­bée, le mo­nas­tère ne dort pas. C’est une four­mi­lière in­som­niaque qui s’agite. « Les mou- led sont tou­jours une oc­ca­sion de dis­trac­tions par­fois dé­bri­dées (…) et per­mettent de s’af­fran­chir tem­po­rai­re­ment des normes de la vie or­di­naire. Pous­sés par la ré­forme aux ac­cents fon­da­men­ta­listes de l’Eglise copte, les mou­leds s’as­sa­gissent tou­te­fois », ex­plique Ca­the­rine MayeurJaouen, en­sei­gnante à l’Inal­co et au­teur de Pè­le­ri­nages d’Egypte. His­toire de la pié­té copte et mu­sul­mane, XVe-XXe siècles.

Ce soir-là, les en­fants courent tou­jours, au mi­lieu de pè­le­rins as­sou­pis sur leur frêle paillasse. La plu­part des fi­dèles pro­longent tou­te­fois le plai­sir, au coeur de cette « ker­messe sa­crée ». Quand cer­tains partent dé­jà, af­faires sous le bras, d’autres pro­fitent d’une pro­me­nade em­bou­teillée dans le mar­ché. Les plus as­si­dus oc­cupent tou­jours les bancs de l’église. Der­rière la grande porte, pour­tant, qui sé­pare les fi­dèles du cours mo­na­cal de la vie des moines, le si­lence semble ab­so­lu. Quelques ombres noires ap­pa­raissent au clair de lune. Ce sont les moines qui se rendent aux vêpres au son des cloches. Les ca­rillons se mé­langent har­mo­nieu­se­ment avec l’ap­pel à la prière du muez­zin qui ré­sonne de­puis les mos­quées des villages voi­sins. « Mu­har­raq ne se ré­sume pas au mou­led. Ce n’est même pas le mo­ment le plus spi­ri­tuel, pré­cise La­drus, un jeune moine. La plu­part des moines n’y par­ti­cipent pas, d’ailleurs. Ils sont plus oc­cu­pés à prier dans leur cel­lule. Le dixième jour, tout re­de­vien­dra nor­mal. »

LE 10e JOUR, LE MU­HAR­RAQ RE­TROU­VE­RA SON CALME

Dans l’église de la Vierge-Ma­rie, les li­tur­gies se suc­cèdent. Les hommes prient tan­dis que les femmes tendent leur en­fant pour une bé­né­dic­tion.

Ce pè­le­ri­nage est aus­si l’oc­ca­sion, pour ces chré­tiens, ma­jo­ri­tai­re­ment de condi­tion mo­deste, et bien sou­vent dé­pour­vus de lieu de culte, de voir un homme d’Eglise.

Sur le mar­ché, les com­mer­çants viennent de toute la ré­gion pour vendre des ob­jets de dé­vo­tion.

Au cou­cher du so­leil, les grandes croix illu­mi­nées pro­jettent leurs lu­mières sur les mi­na­rets verts des villages voi­sins.

Les pè­le­rins suivent un par­cours par­mi les icônes, les tou­chant ou les em­bras­sant.

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