La Bour­gogne au fil de l’eau

Dé­cou­vrir en toute li­ber­té, s’ar­rê­ter où on le sou­haite, s’or­ga­ni­ser dans un es­pace étu­dié… la vie à bord d’une pé­ni­chette res­semble beau­coup à la pra­tique iti­né­rante de la ca­ra­vane. Convi­vial et res­sour­çant, le tou­risme flu­vial est à la por­tée de tous gr

Le Monde du Plein Air - - TOURISME FLUVIAL -

Le so­leil se lève sur la cam­pagne verte, quelques bo­vins pâ­turent, un hé­ron guette le pois­son sur le ri­vage. Notre pé­ni­chette est ac­cos­tée sur la berge, li­bre­ment. Un pri­vi­lège et une li­ber­té qui ont fait le suc­cès du cam­ping d’au­tre­fois et qu’il est ap­pré­ciable de re­trou­ver. L’eau chauffe dans la bouilloire, qui ne va tar­der à sif­fler et ré­veiller les der­niers ma­rins en­core en­dor­mis. Le pe­tit dé­jeu­ner se pré­pare sur le pont… Il est 9 h 30, les éclu­siers sont en poste, prêts à ou­vrir les portes sur notre pas­sage. Il nous tarde de re­par­tir ! Chaque jour livre son lot de sur­prises et de dé­cou­vertes. Au­jourd’hui un châ­teau, demain une cave. Les vil­lages que nous tra­ver­sons nous per­mettent de faire le ra­vi­taille­ment. Et si nous n’avons pas en­vie de cui­si­ner, il y a des guin­guettes sur les bords du ca­nal. Lar­guez les amarres, on dé­campe ! En­vo­lée de col­verts à tri­bord, la jour­née se­ra belle.

Tous ma­rins d’eau douce !

Par­tir en ba­teau de lo­ca­tion, voi­là une idée ori­gi­nale pour com­plé­ter un voyage en ca­ra­vane et dé­cou­vrir un pays sous un angle dif­fé­rent. Pour une pre­mière ex­pé­rience entre amis, nous avons choi­si de vi­si­ter la Bour­gogne. De bons conseils, la com­pa­gnie Ni­cols nous pro­pose un par­cours al­ler­re­tour au dé­part de Ve­na­rey-lès-Laumes vers Tan­lay, sur une se­maine. Les voyages sont à la carte, vous pou­vez éga­le­ment faire un al­ler simple. Des na­vettes sont pré­vues afin de vous ra­me­ner à votre vé­hi­cule. Idem, pour le choix du ba­teau, la large flotte Ni­cols per­met de par­tir à bord de toutes les em­bar­ca­tions, un pe­tit ba­teau pour un couple ou une grande pé­ni­chette fa­mi­liale. Se­lon votre bud­get et votre pro­fil. Notre ca­hier des charges était clair : pour quatre couples d’amis, nous vou­lions 4 salles d’eau avec un WC in­dé­pen­dant pour cha­cun. Le ba­teau Confort 1350 s’est ré­vé­lé tout à fait ap­pro­prié. Avant de par­tir, ras­su­rez-vous, le res­pon­sable de la base de Ve­na­rey-les-Laumes vous ex­plique le fonc­tion­ne­ment du ba­teau et ef­fec­tue avec vous une prise en main sur les ca­naux avoi­si­nant le port. Par­mi les bons conseils : maî­trise des noeuds à ef­fec­tuer, ma­noeuvres élé­men­taires, ra­vi­taille­ment et règles de cir­cu­la­tion. Notre em­bar­ca­tion de 13,50 mètres de long fait par­tie des plus grandes mais s’est ré­vé­lée plu­tôt ma­niable. Cer­tains mo­dèles at­teignent 15

mètres et dis­posent d’une hé­lice d’étrave per­met­tant de re­dres­ser la tra­jec­toire en quelques se­condes. Après l’ap­pré­hen­sion de la pre­mière écluse pas­sée en dou­ceur grâce aux conseils avi­sés des éclu­siers, nous avons ra­pi­de­ment pris le ba­teau en main. La vi­tesse étant li­mi­tée sur les ca­naux, toute ma­noeuvre mal­adroite est ai­sé­ment rat­tra­pable. C’est donc se­reins que nous nous rem­pla­çons au poste de pi­lo­tage. Par beau temps, nous ap­pré­cions ce­lui du pont su­pé­rieur.

La pé­ni­chette, l’autre ca­ra­vane

La vie à bord s’or­ga­nise comme dans une ca­ra­vane. Les si­mi­li­tudes entre les deux ha­bi­tacles sont frap­pantes. Cha­cun dis­pose de sa ca­bine, les es­paces de vie et les ran­ge­ments sont op­ti­mi­sés. Nous avons

vite pris nos marques. Le pay­sage change à chaque mi­nute. Dé­jà une écluse est en vue. Il faut se pré­pa­rer. L’exer­cice peut s’avé­rer plus spor­tif qu’il n’y pa­raît, no­tam­ment lorsque vous re­mon­tez le ca­nal.

D’écluse en écluse, des ren­contres in­édites

Nos in­ter­lo­cu­teurs pri­vi­lé­giés sont, en pre­mier lieu, les éclu­siers. Ils tra­vaillent en équipes et nous suivent par­fois sur plu­sieurs ki­lo­mètres. Au fil des écluses, un lien se crée. L’oc­ca­sion d’échan­ger avec ces pas­sion­nés. À chaque étape une his­toire, un par­cours in­édit… Nos autres com­pa­gnons de na­vi­ga­tion sont les pê­cheurs, par­fois nom­breux, signe d’une eau pois­son­neuse! Mu­nis d’une au­to­ri­sa­tion et d’un ma­té­riel de pêche, vous pou­vez aus­si ta­qui­ner l’an­guille à bord de la pé­ni­chette ou lors d’un mouillage sau­vage. En­core un avan­tage du tou­risme flu­vial, puis­qu’il n’est pas obli­ga­toire de s’amar­rer au pon­ton amé­na­gé d’un port. Une halte en pleine na­ture pour ef­fec­tuer une vi­site, se pro­me­ner ou faire du vé­lo sur les che­mins de ha­lage est pos­sible grâce au kit d’amar­rage. Pi­quets et mar­teau sont four­nis. Sa­chez, tou­te­fois, que la na­vi­ga­tion noc­turne est in­ter­dite. Les éclu­siers ar­rêtent leur ser­vice un peu avant 19heures. Il est donc pré­fé­rable d’an­ti­ci­per vos temps de tra­jet, si vous pré­voyez une étape dans un port pour faire le plein d’eau, par exemple. Si­non, libre à vous de mouiller li­bre­ment pour pas­ser la nuit car le ba­teau est au­to­nome.

Len­teur, mode d’em­ploi

On dit sou­vent des ca­ra­va­niers qu’ils ne sont pas pres­sés. Pré­fé­rant mu­sar­der le long des 1- À la des­cente du ca­nal, les éclu­siers nous guident pour amar­rer, avant d’ou­vrir les vannes et vi­der l’écluse. Il faut comp­ter 10 mi­nutes pour vi­der les 500 m3 d’eau.

2 et 3 - À la re­mon­tée du ca­nal, l’eau vient s’en­gouf­frer dans l’écluse. Gaffe et cor­dage en main, il convient de bien s’ac­cro­cher aux bittes d’amar­rage, afin d’évi­ter que le cou­rant d’eau en­trant ne pousse le ba­teau en ar­rière, sur­tout si deux pé­ni­chettes se trouvent dans l’écluse ! L’oc­ca­sion de faire connais­sance avec An­nett et Mal­colm, pro­prié­taires d’une su­perbe pé­niche d’ha­bi­ta­tion.

4 et 5- Une fois l’écluse pas­sée, nous re­trou­vons le poste de pi­lo­tage du pont su­pé­rieur.

pe­tites routes, ils adoptent un rythme de vie dé­con­trac­té, com­pa­rable à ce­lui des ma­rins d’eau douce. En ca­ra­vane, comme en pé­ni­chette, la connexion avec la na­ture est per­ma­nente. C’est aus­si l’oc­ca­sion de dé­cou­vrir la faune sau­vage et les oi­seaux qui ha­bitent les ca­naux (poules d’eau, col­verts, ra­gon­dins, mé­sanges, buses, gre­nouilles, li­bel­lules…) et aus­si les ani­maux de la ferme qui broutent dans les her­bages. Force est de consta­ter que le tou­risme flu­vial offre une to­tale dé­con­nec­tion avec le quotidien. Quoi de plus res- sour­çant que de se lais­ser glis­ser au fil de l’eau pour ad­mi­rer l’en­vol d’un hé­ron ou les ma­gni­fiques châteaux qui se dressent sur des berges… Et si vous dé­si­rez pous­ser la vi­site, il suf­fit de des­cendre les vé­los em­bar­qués ou de com­man­der un taxi, il y a de nom­breuses so­cié­tés à proxi­mi­té. Les ta­rifs res­tent abor­dables. Pour le ra­vi­taille­ment, pas de stress, il y a des épi­ce­ries et des pe­tits com­merces dans la plu­part des vil­lages tra­ver­sés. À moins que vous ne pré­fé­riez al­ler a u mar­ché… Sans au­cun doute, cette pre­mière aven­ture en pé­ni­chette nous au­ra per­mis de re­dé­cou­vrir la na­ture, d’adop­ter un autre rythme, sans au­cune contrainte de temps et d’ho­raires. Mais, ne vous mé­pre­nez pas, il y a bien un cô­té dy­na­mique à l’aven­ture. Et si vous n’êtes pas convain­cus, sor­tez les gaffes et ren­dez-vous à la pro­chaine écluse !

Le ca­nal de Bour­gogne en di­rec­tion de Ve­na­rey-les-Laumes L’Idylle, res­tau­rant de bord de ca­nal, si­tué à 100 mètres du port de Ra­vières. Cui­sine fa­mi­liale éla­bo­rée avec des pro­duits du mar­ché.

Texte : An­na­belle Le Do­lé­dec Pho­tos A.L. & DR

La vi­tesse maxi­male au­to­ri­sée sur les ca­naux est de 6 à 8 km/h. Nous vo­guons tran­quille­ment.

Mal­gré tous ses ca­drans, le poste de pi­lo­tage du bas est fa­cile à prendre en main. Pas be­soin de per­mis pour em­prun­ter ces pé­ni­chettes de lo­ca­tion.

En­tou­ré de baies vi­trées, le sé­jour pro­fite d’une belle lu­mière na­tu­relle et peut re­ce­voir jus­qu’à 10 per­sonnes à table. San­té !

Es­cale pit­to­resque à l’écluse de Chas­si­gnelles su­per­be­ment en­tre­te­nue.

Entre deux écluses, c’est far­niente et jeux de cartes au pro­gramme. Coeur de­man­dé!

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