Gé­ral­dine Poi­vert

Di­rec­trice gé­né­rale d’Eco­fo­lio

Le Nouvel Economiste - - La Une - PRO­POS RECUEILLIS PAR PA­TRICK ARNOUX

“Le chan­ge­ment de mo­dèle éco­no­mique est à por­tée de main pour que nos dé­chets de­viennent nos res­sources”

“Le chan­ge­ment de mo­dèle éco­no­mique est à por­tée de main pour que nos dé­chets de­viennent nos res­sources”

C’est une al­chi­mie ver­tueuse, faire du neuf avec du vieux, du pa­pier avec des dé­chets. Mais le mo­dèle éco­no­mique de cette éco­no­mie cir­cu­laire n’est pas tout à fait au point mal­gré les ef­forts de Gé­ral­dine Poi­vert et de l’éco-or­ga­nis­meg qu’elle di­rige, Éco­fo­lio.

En­tre­prise hy­bride mi- pu­blique, mi-pri­vée, qui vient de se voir re­nou­ve­ler son agré­ment dé­but jan­vier. “Je trouve les su­jets d’éco­no­mie cir­cu­laire pas­sion­nants. On est pour le juste pa­pier. Nous l’ai­mons trop pour en faire de la pa­pe­rasse” , ex­plique- t- elle. Ef­fec­ti­ve­ment, il faut de la pas­sion pour faire bou­ger tant de par­ties pre­nantes, des col­lec­ti­vi­tés lo­cales qui veulent avoir cha­cune leur centre de tri alors qu’il est plus ra­tion­nel de mu­tua­li­ser, des opé­ra­teurs qui doivent in­ves­tir et sur­tout des consom­ma­teurs qui de­vraient chan­ger leurs ha­bi­tudes qua­si cultu­relles. La France est en re­tard pour le re­cy­clage du pa­pier par rap­port aux autres pays eu­ro­péens, et l’un de ses pre­miers consom­ma­teurs, la presse, re­fuse d’y par­ti­ci­per.

Le chan­ge­ment de mo­dèle éco­no­mique est à por­tée de main pour que nos dé­chets de­viennent nos res­sources, une mu­ta­tion simple réa­li­sable en France, en Eu­rope et au ni­veau mon­dial. Il faut mettre en place quelques mé­ca­niques si on veut que notre dé­chet soit at­trac­tif, une forme de fis­ca­li­té ou de per­mis… et une juste pré­ven­tion : pas de gas­pillage, faire mieux avec moins. Donc moins de dé­chets, moins de gas­pillage, et sur­tout une éco­con­cep­tion du pro­duit. Voi­là pour­quoi l’éco-or­ga­nisme que je di­rige fait de la sen­si­bi­li­sa­tion, de la pré­ven­tion qua­li­ta­tive. Certes, l’une de nos ac­ti­vi­tés la plus im­por­tante est de re­cy­cler les dé­chets, mais c’est aus­si d’ac­com­pa­gner tous les pro­fes­sion­nels pour que, par exemple, les jour­naux n’aient plus de ver­nis UV ou de teinte dans la masse qui les rendent non re­cy­clables.

Le mou­ve­ment per­pé­tuel du re­cy­clé

Au­jourd’hui, le bois est ter­ri­ble­ment concur­ren­cé dans ses usages : on l’uti­lise pour la construc­tion, la bio­masse. Donc l’ave­nir du pa­pier est d’être fa­bri­qué à par­tir de pa­pier re­cy­clé – se­lon un vé­ri­table mou­ve­ment per­pé­tuel, le re­cy­clage. Un nou­veau mo­dèle éco­no­mique est très por­teur d’es­poir puis­qu’il ré­con­ci­lie des choses souvent op­po­sées : le dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique et l’éco­lo­gie. Cette der­nière est de l’éco­no­mie et de l’in­no­va­tion. Nombre de pro­blèmes se­ront ré­glés par l’in­no­va­tion. Ce que nous es­sayons de faire au quo­ti­dien avec quelque chose de très pro­saïque, ce dé­chet que nous ap­pe­lons res­source. Certes, de­puis 2007, on voit bien un vrai mou­ve­ment du cô­té des consom­ma­teurs Et des ac­teurs éco­no­miques qui ont in­té­gré cette va­leur. Mais on peut al­ler en­core beau­coup plus loin.

Di­rec­tives eu­ro­péennes

En fait, de­puis le dé­but des an­nées 90, une ré­gle­men­ta­tion eu­ro­péenne a in­duit une nou­velle dy­na­mique suite à la pu­bli­ca­tion d’un rap­port de l’OCDE ex­pli­quant que la ges­tion du dé­chet ne doit pas être gé­rée par une fis­ca­li­té, mais par l’ac­teur éco­no­mique qui le pro­duit. Au ni­veau com­mu­nau­taire, un cer­tain nombre de di­rec­tives eu­ro­péennes ont été mises en place, la pre­mière sur les em­bal­lages da­tant de 2012 : tous les pro­duc­teurs – Da­none pour son bis­cuit, Car­re­four pour son pros­pec­tus pu­bli­ci­taire – doivent or­ga­ni­ser la col­lecte de ce dé­chet, son re­cy­clage, sa dé­pol­lu­tion et l’éco­con­cep­tion de son pro­duit. Dans les an­nées 2000, le dis­po­si­tif a été éten­du aux dé­chets d’équi­pe­ments élec­triques et élec­tro­niques, puis en 2006, au pa­pier. Dans l’uni­vers des dé­chets, le pa­pier est le moins pol­luant de tous car il est bio­dé­gra­dable, c’est un agro-ma­té­riau re­cy­clable, mais souvent l’ad­ju­vant ra­jou­té pour le sur­fa­çage et la charge al­ca­line le rendent plus dif­fi­ci­le­ment re­cy­clable. Une loi a donc im­po­sé à l’en­semble des émet­teurs de pa­pier – à l’ex­cep­tion de la presse – de contri­buer à sa va­lo­ri­sa­tion, une fois uti­li­sé. Je tra­vaillais alors à la po­li­tique de qua­li­té en­vi­ron­ne­men­tale de la grande dis­tri­bu­tion. Ils m’ont pro­po­sé de di­ri­ger cette nou­velle struc­ture pu­blique-pri­vée, sur le même mo­dèle qu’Éco-Em­bal­lages. J’ai trou­vé pas­sion­nantes ces an­nées 2006-2007 où l’on a dé­cou­vert que le dé­ve­lop­pe­ment du­rable n’était pas une mode, mais un axe stra­té­gique, et que ces éco-or­ga­nismes sont des par­te­na­riats pu­blics-pri­vés à l’an­glo-saxonne : on peut de­man­der à ce type d’en­tre­prise des mis­sions proches de l’in­té­rêt gé­né­ral qui ne sont pas por­tées par le ser­vice pu­blic. Au­jourd’hui, tous les pro­duits de grande consom­ma­tion sont cou­verts par un éco-or­ga­nisme qui ré­colte au to­tal entre 1 et 2 mil­liards de tonnes. Avec

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