30 000 abeilles noires sau­vées par le Ch­rist

Non, le Ch­rist du cal­vaire de Co­lo­nard-Co­ru­bert n’a pas été vo­lé. L’ex­pli­ca­tion de sa « dis­pa­ri­tion » est plus sur­pre­nante : il sauve des abeilles noires du Perche qui se sont ins­tal­lées… dans son corps. Le Ch­rist vous ra­conte son his­toire peu ba­nale.

Le Perche - - La Une - Ra­phaël Hu­dry

Co­lo­nard- Co­ru­bert. Je suis le Ch­rist du cal­vaire de Co­lo­nard- Co­ru­bert, si­tué au croi­se­ment de la D9 et du che­min des Quatre vents. Je me­sure 1m60 en­vi­ron, et du haut de ma croix de cinq mètres, je suis un élé­ment du pay­sage bien connu des ran­don­neurs.

Oui, mais voi­là, il y a trois se­maines, je suis tom­bé de mon per­choir. Un coup de vent ? La rouille des fixa­tions qui me re­liaient à ma croix de gra­nit ? Peut- être. Mais il pour­rait y avoir une autre ex­pli­ca­tion : de mé­moire de vil­la­geois, de­puis plus de cin­quante ans, l’in­té­rieur creux de ma sta­tue abrite une ruche d’abeilles noires du Perche, avec le sur­plus de poids que ce­la im­plique (no­tam­ment les 20 à 50 kg de miel qu’elles ont sto­ckés dans ma car­casse de mé­tal). 30 000 in­di­vi­dus

De plus, elles se­raient plus de 30 000 à bour­don­ner dans mon poi­trail. « Il y a en­vi­ron 50 000 abeilles dans une ruche en bonne san­té » , es­time ain­si un api­cul­teur ama­teur du Perche qui m’ac­cueille chez lui de­puis ma chute. Car, ha­bi­tuel­le­ment, « mes » abeilles ne sont pas agres­sives. Elles ne gênent donc pas les pro­me­neurs qui passent à proxi­mi­té. Mais là, dé­bous­so­lées, éner­vées, pi­quées au vif, les in­sectes ont at­ta­qué quelques pas­sants. On com­prend le choc pour ces pe­tites bu­ti­neuses !

Le maire de Co­lo­nard- Co- ru­bert a été aver­ti et a contac­té cet api­cul­teur, qui est ve­nu me ré­cu­pé­rer une nuit avec quelques col­lègues à lui. Si bien qu’une ha­bi­tante les a pris pour des ex­tra­ter­restres avec leur com­bi­nai­son !

Je suis une ruche na­tu­relle, in­so­lite et inat­ten­due. « Les es­saims sau­vages sont de moins en moins nom­breux, pour­suit l’api­cul­teur ama­teur. Les abeilles noires sont faites pour le Perche, mais cet es­saim doit être très ro­buste car la sta­tue est en tôle d’acier, il y fait très chaud l’été et très froid l’hi­ver, et l’in­té­rieur est exi­gu. Ce n’est pas un en­droit nor­ma­le­ment adap­té pour une ruche, mais quand elles se plaisent quelque part, elles y res­tent. Ce­la montre que cette com­mu­nau­té fonc­tionne bien et qu’elle a trou­vé un équi­libre. » Re­tour au prin­temps

Que va- t- il se pas­ser pour moi, dé­sor­mais ? La sai­son étant trop avan­cée, mon api­cul­teur ne peut pas tenter de trans­fé­rer l’es­saim dans une ruche di­sons « tra­di­tion­nelle ». De­voir re­cons­truire leur ha­bi­tat ris­que­rait en ef­fet de leur être fa­tal à cette période de l’an­née. Elles sont en­core ac­tives, mais l’hi­ver­nage ne va pas tar­der.

L’idée est donc d’at­tendre le pro­chain prin­temps pour faire en sorte que la reine migre vers une nou­velle ruche, et que le reste des abeilles la suive. Et je pour­rais alors re­prendre ma place au cal­vaire de Co­lo­nard-Co­ru­bert.

Il y a peut-être une autre so­lu­tion. L’api­cul­teur qui me garde tem­po­rai­re­ment étant un adepte de l’api­cul­ture na­tu­relle, c’es­tà-dire sans ré­col­ter le miel des abeilles, émet la pro­po­si­tion que je reste une ruche sau­vage et non ex­ploi­tée par l’Homme. Une ruche de bio­di­ver­si­té plus pré­ci­sé­ment (lire par ailleurs), qui par­ti­ci­pe­rait à la conser­va­tion de cette es­pèce, et pour­rait même être une cu­rio­si­té tou­ris­tique pour le vil­lage.

Une ma­nière de mettre en va­leur cette ruche « bé­nie des dieux ». Ce­la pour­rait peut-être in­té­res­ser le Parc na­tu­rel ré­gio­nal du Perche, qui sait ?

Au fi­nal, le plus em­bê­té dans cette his­toire, c’est Phi­lippe Per­rin, le pro­prié­taire du ter­rain où se si­tue mon cal­vaire. Eh oui, il de­vra trou­ver une en­tre­prise ca- pable de re­mon­ter mes 90 kg sur la croix. Et, pour l’ins­tant, il ne sait pas à quel es­saim se vouer.

Un es­saim d’abeilles noires du Perche a élu do­mi­cile dans la sta­tue du Ch­rist du cal­vaire de Co­lo­nard-Co­ru­bert. Une ruche na­tu­relle et in­so­lite, dont on aper­çoit les pains de cire dans le der­rière de la sta­tue. Elle re­pren­dra sa place au prin­temps.

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