Un tou­riste à Tcher­no­byl

Le Point - - CULTURE - SO­PHIE PUJAS

Ré­cit. « Clo­chard qui ex­plore l’apo­ca­lypse » (de son propre aveu), Mar­kiyan Ka­mysh a un passe-temps étrange : ar­pen­ter la zone. A sa­voir les alen­tours de la cen­trale désaf­fec­tée de Tcher­no­byl, in­ter­dits à cause des risques de ra­dia­tions, mais que ce jeune Ukrai­nien connaît comme sa poche. De vastes éten­dues où se re­trouvent des ac­cros aux sen­sa­tions fortes, des fa­nas des villes fan­tômes et quelques « re­ve­nants » – ceux qui sont re­tour­nés vivre dans leur mai­son. Toutes ex­pé­di­tions confon­dues, Mar­kiyan y a pas­sé près de deux cents jours. Là, il af­fronte tem­pêtes de neige, eau conta­mi­née et lynx en em­bus­cade, si­rote des bières sur les toits, brûle des cierges dans une église dé­ser­tée. Et il em­mène des tou­ristes de l’ex­trême faire un tour dans le pa­lais de la cul­ture ou le parc d’at­trac­tions désaf­fec­tés. La zone, sym­bole en­com­brant d’un pas­sé qui a mal tour­né, est l’en­vers du rêve so­vié­tique. Né en 1988, l’au­teur est le fils d’un li­qui­da­teur de Tcher­no­byl, l’un de ceux qui ont oeuvré à la dé­con­ta­mi­na­tion du site au len­de­main de la ca­tas­trophe. Et, il a beau ne pas com­prendre pour­quoi, il y re­tourne tou­jours ; au fil de ces pages su­per­be­ment écrites il prend le lec­teur au piège de sa trou­blante fas­ci­na­tion

« La zone », de Mar­kiyan Ka­mysh, tra­duit de l’ukrai­nien par Na­ta­lya Iva­ni­sh­ko (Ar­thaud, 166 p., 16 €).

Mar­kiyan Ka­mysh, au coeur de la zone in­ter­dite.

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