Un cas de Co­rée

Jo­na­than Lam­bert est éton­nant en ci­néaste dé­pres­sif dans Kim Kong, une sa­tire du ré­gime nord-co­réen qui manque mal­heu­reu­se­ment de peps.

Les Inrockuptibles - - Series - Alexandre Büyü­ko­da­bas

MA­THIEU STANNIS, RÉA­LI­SA­TEUR AU BOUT DU ROU­LEAU, en­chaîne sans convic­tion les block­bus­ters d’ac­tion bâ­clés quand il est kid­nap­pé par les agents d’une dic­ta­ture asia­tique. Som­mé par le Com­man­deur su­prême de mettre en scène une adap­ta­tion de King Kong à la gloire du ré­gime, il re­prend du poil de la bête, et trouve dans cette ad­ver­si­té lou­foque l’oc­ca­sion de ré­veiller sa créa­ti­vi­té.

L’im­mer­sion dans les cou­lisses de l’in­dus­trie ci­né­ma­to­gra­phique réus­sit dé­ci­dé­ment bien à la fic­tion té­lé­vi­suelle fran­çaise : après la très dé­glin­guée Pla­tane d’Eric Ju­dor et la ré­jouis­sante

Dix pour cent de Fan­ny Her­re­ro, les créa­teurs de Kim Kong tentent d’al­lier l’ir­ré­vé­rence de la sa­tire au dé­ca­lage ab­surde des si­tua­tions pour pas­ser de l’autre cô­té du ri­deau créa­tif, et dé­tri­co­ter les res­sorts fan­tas­més et com­plexes de la créa­tion d’une oeuvre.

A l’heure où le ré­gime nord-co­réen cris­tal­lise l’at­ten­tion mon­diale en ac­cé­lé­rant son pro­gramme nu­cléaire contro­ver­sé, la mi­ni­sé­rie d’Arte, pour­tant écrite avant l’es­ca­lade sur­réa­liste des ten­sions entre Wa­shing­ton et Pyon­gyang, semble tom­ber à pic. Quelle dé­cep­tion pour­tant de voir ce cadre pro­met­teur ré­duit à une carte pos­tale ga­guesque, sorte d’Hol­ly­wood de la dé­prime peu­plé de pan­tins ri­di­cules à l’ac­cent co­réen for­cé ! Et si OSS 117 ou Ed Wood sont convo­qués, les pé­ri­pé­ties tra­gi­co­miques de notre ci­néaste cap­tif ne dé­ploient ni l’in­ven­tion co­mique du pre­mier, ni la poé­sie de la lose du se­cond.

Res­tent l’his­toire tou­chante et le par­cours d’un an­ti­hé­ros bla­sé, qui troque peu à peu le cy­nisme contre une naï­ve­té en­fan­tine, et ré­vèle l’hy­po­thèse fic­tion­nelle sou­ter­raine du pro­jet, aus­si lou­foque qu’at­ten­dris­sante : il suf­fit par­fois d’un dic­ta­teur fol­dingue pour re­don­ner à un réa­li­sa­teur le goût de vivre, et de créer.

Kim Kong (3 x 52 min), jeu­di 14 sep­tembre, 20 h 55, Arte

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