Rien à dire

Les Inrockuptibles - - Intro | La Courbe - Ch­ris­tophe Conte

S’il y a une chose avec la­quelle on ne plai­sante pas au Front national, c’est bien la bouffe. Pen­dant long­temps, les grandes ri­pailles au­tour de Jean-Ma­rie Le Pen se te­naient Chez Jen­ny, place de la Ré­pu­blique, avant que les te­nan­ciers de cette bras­se­rie al­sa­cienne, las­sés de voir leurs vitres caillas­sées par la ver­mine mon­dia­liste à chaque ma­nif, ne prient le par­ti d’al­ler cé­lé­brer ailleurs l’ami­cale vi­rile de la gas­tro­no­mie fran­co-ger­ma­nique. Plus ré­cem­ment, c’est dans un mo­deste res­tau­rant de spé­cia­li­tés por­tu­gaises, Chez Ton­ton, si­tué à deux pas du siège fron­tiste à Nan­terre, que le FN avait ins­tal­lé son QG, et il se di­sait que si Ma­rine rem­por­tait la pré­si­den­tielle, c’est en ce saint lieu de la mo­rue qu’elle au­rait réuni ses troupes. Les Por­tu­gais ça passe, une ou deux vannes sur les poils n’ont ja­mais tué per­sonne. A che­val sur le ha­lal, ké­blos sur les ké­babs, moins re­gar­dants sur les que­nelles, les édiles d’ex­trême droite ont fait en re­vanche de leurs pré­fé­rences cu­li­naires na­tio­nales un com­bat ma­jeur, un en­jeu de ci­vi­li­sa­tion, un éten­dard où du co­chon pro­vien­drait no­tam­ment la sur­vie de cou­tumes re­mon­tant aux Gau­lois, ces an­cêtres vé­né­rés de­puis la lec­ture d’As­té­rix. En as de la pro­vo­ca­tion sym­bo­lique, c’est donc en Al­sace que Flo­rian Phi­lip­pot s’est af­fi­ché avec quelques amis au­tour d’un cous­cous, pré­ci­pi­tant la rup­ture avec les in­té­gristes du pot-au-feu et de la blan­quette pour cause de haute tra­hi­son gas­tro­no­mique. Le cous­cous n’est pas le pro­blème, tant il est vrai que les pieds-noirs, qui consti­tuent pour­tant une base ar­rière so­lide du FN pur porc, ont conser­vé de leur nos­tal­gie co­lo­niale l’amour de ce plat ty­pique. Mais un cous­cous en Al­sace, à en croire les pour­fen­deurs d’un tel glou­bi-boul­ga géo­gra­phique, c’était bien là que se si­tuait l’épi­neuse dis­corde qui a va­lu au nu­mé­ro 2 du FN sa dis­grâce. Le confu­sion­nisme ré­gio­nal, pour un pois chiche fa­cho, c’est donc le dé­but de la dé­ca­dence na­tio­nale, sur­tout de­puis qu’on a lais­sé les crêpes aux Sar­ra­sins.

Rien à dire, du ventre en­core fé­cond sur­git une bête af­fa­mée.

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