Dé­bats de pla­fond

L'Obs - - Téléphones Rouges - Frey­naert@nou­ve­lobs.com F. R.

le reste, cette po­lé­mique, que l’on ose­rait ap­pe­ler un dé­bat de pla­fond, a ser­vi à nous re­four­guer cette vieille scie hexa­go­nale : notre hymne na­tio­nal est-il de gauche ? Est-il de droite ? Et ses pa­roles sont-elles trop vio­lentes ? Sou­pir. La ques­tion n’a rien d’in­in­té­res­sant en soi, mais on se la po­sait dé­jà à l’époque du pré­sident Lou­bet. « La Mar­seillaise » com­mence par une fa­meuse in­ter­pel­la­tion : « Al­lons en­fants... » Ne pour­rait-on une fois pour toutes la prendre au pied de la lettre et ar­rê­ter de faire du sur­place ? Ve­nons-en donc plu­tôt à l’autre af­faire de voix qui nous a se­coué: le triomphe de Con­chi­ta Wurst à l’Eu­ro­vi­sion ? Cette blague ! Oui, d’ac­cord, le gar­çon est sym­pa­thique. Et sa dé­gaine a per­mis quelques gags qui m’ont fait rire. Ce titre de son portrait, dans « Li­bé » : « la Pou­pée bar­bue ». Ou en­core ce­lui de la sa­ga pré­sen­tée dans « les Gui­gnols de l’in­fo » en hom­mage à la grande his­toire de son pays : « Zi­zi im­pé­ra­trice ». Ou en­fin cette image mer­veilleuse cir­cu­lant sur les ré­seaux so­ciaux qui vi­sait à mettre au jour la grande co­hé­rence de tous les clé­ri­caux-ré­acs dé­chaî­nés, dans la Rus­sie de M. Pou­tine, contre la « dé­ca­dence oc­ci­den­tale » cen­sé­ment in­car­née par le chan­teur. La pho­to re­pré­sente une bro­chette de popes or­tho­doxes en grande te­nue, cha­subles d’or et poils ap­pa­rents. Elle porte cette lé­gende : « Nous sommes op­po­sé­sau­fait­que­des­hom­mes­bar­bus por­tentdes robes ». En tant qu’Eu­ro­péen, je me dé­so­lais sim­ple­ment qu’il ait fal­lu l’ap­pa­ri­tion de cet im­payable éner­gu­mène pour que les ci­toyens de notre conti­nent s’in­té­ressent à la vie de l’Eu­rope et à ses va­leurs. Sur­tout au beau mi­lieu d’une cam­pagne pour les élec­tions à notre Par­le­ment com­mun. Tant de cou­ra­geux, pour­tant, se sont don­né du mal pour l’ani­mer. Pour la pre­mière fois, chaque for­ma­tion po­li­tique a mi­sé sur des can­di­dats trans­na­tio­naux, qui bri­gue­ront bien­tôt la pré­si­dence de la Com­mis­sion. Per­sonne ou presque n’en a re­pé­ré un, pas même M. Schulz, qui est pour­tant un homme de grande va­leur et qui porte la barbe. Réa­li­ser qu’il lui au­rait suf­fi d’en­fi­ler en plus une pe­tite robe toute simple pour que tout le monde se mette à vo­ter pour lui, c’est triste. P.-S. : Eu­rope ! Eu­rope ! Tes ho­ri­zons m’at­tirent. Ça tombe bien, je pars en va­cances. Re­tour le 19 juin.

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