Hol­lande de guin­gois

L'Obs - - L’OPINION - MAT­THIEU CROISSANDEAU M. C.

C’est l’heure du pre­mier dé­compte, ce­lui de la mi-quin­quen­nat. Exer­cice dé­li­cat pour un pré­sident de la Ré­pu­blique après deux ans et de­mi de pou­voir. On a beau­coup écrit sur son bi­lan en peau de cha­grin, sa po­pu­la­ri­té en lam­beaux, sa ma­jo­ri­té en ca­pi­lo­tade. On a beau­coup glo­sé sur son style par­fois si peu pré­si­den­tiel, sur ses re­vi­re­ments et ses re­nie­ments, sur son in­dé­ci­sion dans la conduite des af­faires de l’Etat. Avec sé­vé­ri­té par­fois. Deux ans et de­mi, c’est bien court pour mettre un terme à plu­sieurs dé­cen­nies d’in­cu­rie gou­ver­ne­men­tale, sur­mon­ter une crise mon­diale et faire bais­ser un chô­mage de masse. Bien court aus­si pour débloquer un pays qui as­pire au chan­ge­ment le temps des cam­pagnes élec­to­rales, mais re­fuse sou­vent de bous­cu­ler ses ha­bi­tudes, ses ré­flexes, ses conforts. A mi-man­dat, on ai­me­rait donc en­core y croire. On ai­me­rait sa­luer une forme d’ab­né­ga­tion faute de pou­voir cé­lé­brer des réus­sites. On ai­me­rait ne pas se mê­ler au choeur braillard du Hol­lande ba­shing. On ai­me­rait rap­pe­ler aus­si que la droite en son temps ne fit pas mieux et qu’elle pro­met au­jourd’hui sou­vent n’im­porte quoi.

Mais deux ans et de­mi, c’est bien long quand peinent à ar­ri­ver les ré­sul­tats. Et l’on sous-es­time com­bien ce dé­compte est dif­fi­cile aus­si pour celles et ceux qui ont por­té Fran­çois Hol­lande à l’Ely­sée. Non pas qu’ils en aient at­ten­du des mi­racles ou des len­de­mains qui chantent, non. Il y a bien long­temps que la gauche ne fait plus rê­ver que ceux qui ne sou­haitent pas la voir exer­cer le pou­voir. Mais l’élec­teur, lui, s’in­ter­roge, par­ta­gé entre le doute, la dé­cep­tion, la co­lère par­fois. La France a-t-elle vrai­ment chan­gé de­puis le pré­cé­dent quin­quen­nat ? Est-elle plus juste, plus apai­sée, plus exem­plaire, ain­si que l’avait pro­mis Fran­çois Hol­lande lors­qu’il n’était que can­di­dat ? Les in­éga­li­tés so­ciales, éco­no­miques ou géo­gra­phiques ont-elles re­cu­lé ? Et sur­tout quel cré­dit ac­cor­der au­jourd’hui à un pré­sident si peu clair­voyant ou si peu ef­fi­cace, qui pro­met­tait il y a deux ans d’in­ver­ser la courbe du chô­mage et an­non­çait il y a un an que la re­prise était là ? Fran­çois Hol­lande fait ce qu’il peut, pas ce qu’il veut, parce que les orien­ta­tions de sa po­li­tique éco­no­mique ne lui laissent pas le choix. La ré­duc­tion des dé­fi­cits et l’amé­lio­ra­tion de la com­pé­ti­ti­vi­té des en­tre­prises ne s’em­bar­rassent pas de fio­ri­tures, ni de sym­boles, c’est comme ça. Les plus op­ti­mistes, à l’image de Manuel Valls, y voient un né­ces­saire prag­ma­tisme, un ré­for­misme de bon aloi. Les autres, qui s’es­timent dé­çus ou tra­his, se dé­so­lent de voir ce gou­ver­ne­ment so­cia­liste sub­sti­tuer l’or­tho­doxie bud­gé­taire à son projet de trans­for­ma­tion so­ciale. Fran­çois Hol­lande n’a pas tué la gauche. Mais il a tué, chez beau­coup, l’es­poir de voir la gauche faire au­tre­ment avant la fin de son man­dat. A tout avoir mi­sé sur l’éco­no­mique, il en a ou­blié le reste. Et on cherche en­core en vain la grande avan­cée so­ciale du quin­quen­nat. Quand la gauche ne marche plus que sur une jambe, la pre­mière ou la se­conde, elle marche de guin­gois.

Il y a bien long­temps que la gauche ne fait plus rê­ver que ceux qui ne sou­haitent pas la voir exer­cer le pou­voir. Mais l’élec­teur s’in­ter­roge, par­ta­gé entre le doute, la dé­cep­tion, la co­lère par­fois.

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