Fa­ce­book love

CELLE QUE VOUS CROYEZ, PAR CA­MILLE LAURENS, GAL­LI­MARD, 192 P., 17,50 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - JACQUES DRILLON

Ce­la com­mence très bien : une femme fait à son psy­chiatre le ré­cit de ce qui l’a (sans doute) ame­née dans cet hô­pi­tal : Claire a 48 ans, elle était amou­reuse, son jeune amant la né­gli­geait ; elle a donc ima­gi­né d’en­trer en con­tact avec lui par le tru­che­ment d’un autre, ami proche du jeune homme. Compte Fa­ce­book, fausse iden­ti­té ( jeune brune de 24 ans). La « confes­sion » de Claire à son mé­de­cin est âpre, pré­cise, cruelle. Elle ne le mé­nage pas, ni les hommes en gé­né­ral, qui dé­lais­se­raient les femmes une fois pas­sée la « date de pé­remp­tion » – ce qui reste à dé­mon­trer. Elle a le sens de la formule, joue avec les mots tout en dé­jouant les pièges du lan­gage. Les hommes « ap­prennent la mort aux femmes » . Que les femmes ap­prennent la mort aux hommes, les en­fants aux pa­rents, les ma­lades aux bien-por­tants, que tout le monde ap­prenne la mort à tout le monde ne semble pas e eu­rer la conscience de cette femme uni­que­ment pré­oc­cu­pée de soi, au fé­mi­nisme un peu pe­sant, re­ven­di­ca­tif et har­gneux – que le lec­teur mas­cu­lin to­lère pour ce qu’il ré­vèle de sou rance. Et puis, pas­sé le brillant exer­cice, ce­la se gâte : chan­ge­ment de nar­ra­teur. C’est le mé­de­cin qui parle. Puis nou­veau chan­ge­ment : une autre pa­tiente, qui porte le pré­nom de Claire, prend la plume dans un ate­lier d’écri­ture or­ga­ni­sé dans l’hô­pi­tal par une cer­taine Ca­mille, dont le mé­tier est d’écrire des livres… Et puis en­core un chan­ge­ment : Ca­mille écrit à son édi­teur. Et en­core un der­nier : l’ex­ma­ri de Claire prend la pa­role. « Celle que vous croyez » au­rait pu s’in­ti­tu­ler « la Re­vanche des pou­pées russes ». En­core qu’on ne sache pas très bien dans quel sens les em­boî­ter, tant ce mal­adroit pro­cé­dé tech­nique place le lec­teur dans la po­si­tion in­con­for­table de ce­lui qui de­vrait com­prendre et ne com­prend pas, l’im­bé­cile. Comme fait la nar­ra­trice avec les hommes, que leur sexe semble condam­ner au­to­ma­ti­que­ment à une sorte d’éter­nelle jeu­nesse, in­juste, étour­die, stu­pide. Quoi qu’ils fassent, ils sont faits comme des rats. La culpa­bi­li­sa­tion de l’homme est une arme qui a le même âge que la guerre des sexes, à la­quelle « Celle que vous croyez » contri­bue ac­ti­ve­ment.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.