INA MI­HA­LACHE

L'Obs - - Tendances - par RE­BEC­CA BEN­HA­MOU

Pa­ri­sienne d’adop­tion, cette tren­te­naire qué­bé­coise est la créa­trice de « So­lange te parle », une chaîne YouTube sui­vie par plus de 170 000 per­sonnes. Elle dé­barque aus­si en li­brai­ries et au ci­né­ma —

QUI EST ELLE ?

Ac­trice, vi­déaste, ar­tiste plas­ti­cienne, mon­teuse, réa­li­sa­trice… Son style est re­con­nais­sable entre mille : une fri­mousse bou­clée, une dic­tion de tra­gé­dienne et un sens in­né de l’ab­surde. Via un per­son­nage fic­tif et an­ti­so­cial, bap­ti­sé So­lange, Ina Mi­ha­lache parle de doutes et de ma­laise social, et ex­celle quand elle cause fé­mi­ni­té et sexua­li­té. « Mon art a sa part de mi­li­tan­tisme, mais n’est ja­mais po­li­tique », ré­sume-t-elle. Pour cet ov­ni de la Toile ré­vé­lé sur YouTube en 2011, l’an­née dé­marre sur les cha­peaux de roue. Elle vient de pu­blier « So­lange te parle » (1), une sorte de best of de ses meilleures chro­niques. « Avant, je rê­vais de gla­mour et de ren­contres avec des ci­néastes, ad­met-elle. Mais le monde de l’écrit m’a conquise sans que je m’y at­tende. » Le 30 jan­vier, elle a par ailleurs sor­ti son pre­mier film, in­ti­tu­lé « So­lange et les Vi­vants », où elle donne la ré­plique à Pierre Sian­kows­ki, di­rec­teur des « In­rocks », et à l’ani­ma­trice de ra­dio Char­line Van­hoe­na­cker.

D’OÙ VIENT ELLE ?

Née à Mon­tréal, elle ar­rive à Pa­ris en 2004, dé­pour­vue de son ac­cent qué­bé­cois – « un choix es­thé­tique » , se­lon elle. Ad­mise en classe libre au Cours Florent, elle est en­suite ré­vé­lée par Ma­thieu Amal­ric aux Ta­lents Cannes de l’Ada­mi, en 2007, dans le court­mé­trage « Deux Cages sans oi­seaux ». Pro­blème : son désa­mour des cas­tings et des dik­tats de la pro­fes­sion la pousse à cher­cher des al­ter­na­tives, hors des sen­tiers bat­tus de l’en­ter­tain­ment. « J’ai mon dia­pa­son à moi, le re­gard des autres me pa­ra­site », confiet-elle. Ré­sul­tat : en 2011, elle poste ses pre­mières vi­déos sur YouTube, seule face à sa ca­mé­ra… et le pu­blic est au ren­dez-vous. « YouTube est un mé­dium jeune et plein d’ave­nir. C’est dom­mage qu’il soit en­core bou­dé par les “vrais” ar­tistes », ob­serve-t-elle. Cinq ans plus tard, elle reste fi­dèle à la Toile. Et fait aus­si de la ra­dio. Dans l’émis­sion « So­lange pé­nètre ta vie in­time », sur le Mouv’, elle parle de sexua­li­té à bâ­tons rom­pus…

QUE FAIT ELLE ?

Ecrites, tour­nées et mon­tées dans son ap­par­te­ment, ses pre­mières vi­déos prennent la forme d’un abé­cé­daire. Ins­pi­rée par les films d’Eric Roh­mer et les livres de Ro­land Barthes, Ina Mi­ha­lache y dé­crypte à la fois le dis­cours an­ti­bo­bo, la di culté à dire « je t’aime », les secrets de l’ac­cent qué­bé­cois et… les poils pu­biens. Le tout avec une bonne dose d’au­to­dé­ri­sion. « La po­ly­va­lence et la ro­ta­tion d’ac­ti­vi­té me nour­rissent, pré­ci­set-elle. In­ter­net oblige les ar­tistes à en­tre­te­nir un rap­port très sin­gu­lier à la tem­po­ra­li­té, à être constam­ment en mou­ve­ment. Cer­tains le voient comme une contrainte, d’autres, comme moi, es­timent que ce­la gal­va­nise la créa­ti­vi­té. » Son ob­jec­tif en 2016 ? Tro­quer la web­cam contre les planches… et faire un one-wo­man-show.

(1) Edi­tions Payot, 174 pages, 12 €.

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