10 CHOSES À SA­VOIR SUR…

Au­ré­lie Du­pont

L'Obs - - Le Sommaire - RA­PHAËL DE GUBERNATIS

1 TEM­PÉ­RA­MENT En 1983, à 10 ans, Au­ré­lie Du­pont entre à l’Ecole de Danse de l’Opé­ra, sise à Nan­terre et di­ri­gée par Claude Bes­sy. Elle en sor­ti­ra en 1989 pour être en­ga­gée dans le corps de bal­let de l’Opé­ra. Elle se­ra pra­ti­que­ment la seule à avoir le cran de dé­non­cer « la mé­chan­ce­té des adultes », cou­plée à la du­re­té du ré­gime im­po­sé aux élèves, au mo­ment du scan­dale qui éclate en 2002 à pro­pos des ac­cu­sa­tions de mal­trai­tance d’en­fants lan­cées contre l’Ecole. 2 PRÉ­CO­CI­TÉ Même si elle a été sim­pli­fiée, la hié­rar­chie du Bal­let de l’Opé­ra, que Ben­ja­min Mille­pied ju­geait désuète et étou ante, compte tou­jours cinq ni­veaux. Au­ré­lie Du­pont les a gra­vis à une vi­tesse sou­te­nue. Pro­mue co­ry­phée en 1991, su­jet en 1992, pre­mière dan­seuse en 1996, elle n’a pas en­core 26 ans lors­qu’elle est nom­mée étoile fin 1998. Une as­cen­sion ful­gu­rante dans le cur­sus ho­no­rum cho­ré­gra­phique. 3 TECH­NIQUE Elle fait par­tie d’une gé­né­ra­tion à la tech­nique re­mar­quable, si­non par­faite, mais à la­quelle les grands tem­pé­ra­ments dra­ma­tiques, sur scène du moins, font dé­faut. Ma­gni­fique dan­seuse, Au­ré­lie Du­pont en­dosse un nombre ver­ti­gi­neux de rôles en vingt-six ans de car­rière. Elle y est im­pec­cable, ra­re­ment bou­le­ver­sante. 4 ÉCLEC­TISME Ar­ché­type de la bal­le­rine clas­sique, elle a ce­pen­dant tra­vaillé avec de grands cho­ré­graphes contem­po­rains, grâce à la po­li­tique mise en place pour le Bal­let par Bri­gitte Le­fèvre, l’ex­di­rec­trice de l’Opé­ra. Dans « le Sacre du prin­temps » de Pi­na Bausch, elle as­sume su­per­be­ment le rôle de l’Elue. Elle danse la « Gi­selle » de Mats Ek, « O Zlo­zo­ny… » de Tri­sha Brown, des pièces de For­sythe, Te­shi­ga­wa­ra. De quoi ga­ran­tir une ou­ver­ture d’es­prit, à prou­ver dans son nou­veau poste. 5 PAS­SION De l’Opé­ra de Pa­ris, elle a ap­pris à connaître les usages, les tares, les coins et re­coins. « Au-de­là de ma pas­sion pour l’Opé­ra, j’ai celle des dan­seurs et connais cha­cun d’eux. Et ils sont bons, les dan­seurs de l’Opé­ra. C’est à eux que je vais me consa­crer. Il faut du temps pour faire évo­luer les choses dans une ins­ti­tu­tion sé­cu­laire. Et, au contraire de Ben­ja­min [Mille­pied], je suis pa­tiente. » 6 RÉ­COM­PENSES Au­ré­lie Du­pont a re­çu une mé­daille d’or au Concours de Var­na, les prix de l’Arop, du Cercle Car­peaux et Be­nois de la Danse. On lui a épin­glé l’in­signe des Arts et des Lettres, puis ce­lui de la Lé­gion d’hon­neur. 7 VIE PRI­VÉE Sa pas­sion pour le Bal­let de l’Opé­ra est si dé­vo­rante qu’elle a épou­sé un autre dan­seur étoile de l’Opé­ra, et pas le plus in­si­gni­fiant. Jé­ré­mie Bé­lin­gard (pho­to) est l’une des rares fortes per­son­na­li­tés, par­mi les dan­seurs mas­cu­lins. Les deux étoiles ont don­né le jour à de jeunes constel­la­tions de huit et cinq ans au­jourd’hui. 8 SUC­CES­SION Mille­pied l’avait choi­sie pour in­ter­prète quand il vint créer « Amo­veo », puis « Daph­nis et Ch­loé » à l’Opé­ra. Di­rec­teur de la danse, il sol­li­ci­te­ra Au­ré­lie Du­pont pour le se­con­der et en faire qua­si­ment une reine con­sort du Bal­let. Elle dé­cli­ne­ra l’o re. Pour re­ve­nir en sou­ve­raine. Sans ran­cune, Mille­pied dit se ré­jouir de sa nomination. 9 CONTI­NUI­TÉ Au­ré­lie Du­pont dit vou­loir oeu­vrer dans la conti­nui­té de son pré­dé­ces­seur. Sauf qu’elle an­nonce dé­jà qu’elle va ren­ver­ser la va­peur, et pri­vi­lé­gier le ré­per­toire au dé­tri­ment de la créa­tion. Elle a rai­son ce­pen­dant d’a rmer que le Bal­let de l’Opé­ra est avant tout une com­pa­gnie clas­sique qui se doit de main­te­nir les ou­vrages du pa­tri­moine, ne se­rait-ce que pour faire dan­ser les 154 ar­tistes de la troupe, tout en s’ou­vrant sur la créa­tion contem­po­raine. 10 FRAN­CHISE Aux ques­tions ineptes qui ont fu­sé le jour de son in­tro­ni­sa­tion, Au­ré­lie Du­pont ré­pond du tac au tac. « Si vous de­ve­nez di­rec­trice du Bal­let, pour­quoi ne cho­ré­gra­phiez-vous pas ? – Parce que je n’ai au­cun ta­lent pour ce­la. » « Après avoir cent fois dé­cla­ré que vous ne se­riez rien d’autre que maî­tresse de Bal­let, com­ment ex­pli­quer avoir ac­cep­té ce poste de di­rec­trice de la danse ? – Sans doute parce que je suis as­sez in­tel­li­gente pour évo­luer et sa­voir chan­ger d’avis. »

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