«Je ne suis pas un ar­tiste »

A 80 ans, le ci­néaste de “Ca­fé So­cie­ty”, qui fait l’ou­ver­ture du Fes­ti­val de Cannes, as­sure ne pas être un ar­tiste – “j’ai échoué” – et an­nonce que, s’il a fait jouer Trump dans un de ses films, il ne vo­te­ra pas pour lui…

L'Obs - - La Une - DE NOTRE EN­VOYÉ SPÉ­CIAL À NEW YORK, FRAN­ÇOIS FO­RES­TIER PAS­CAL PERICH

“Je suis tou­jours dé­çu. J’ai même es­sayé de ra­che­ter ‘Man­hat­tan’, pour en em­pê­cher la sor­tie. Je dé­tes­tais le ré­sul­tat. ”

Woody Al­len, as­sis dans son éter­nel fau­teuil, dans une salle de pro­jec­tion du Film Cen­ter à Man­hat­tan, a faim. C’est donc en man­geant un sand­wich à la dinde, épais comme un Bot­tin, avec des cor­ni­chons ma­los­sol, qu’il fe­ra son in­ter­view, en s’ex­cu­sant de cette in­con­grui­té. Son nou­veau film, « Ca­fé So­cie­ty », est choi­si pour l’ou­ver­ture du Fes­ti­val de Cannes, il en est ra­vi. Voi­là qui lui don­ne­ra l’oc­ca­sion de re­pas­ser par Pa­ris, où son épouse « fe­ra fondre la carte de cré­dit », et où, se­lon lui, le mot « dis­count » n’existe pas : « C’est quoi, le contraire ? Sur­count ? Am­pli­count? » Le film, drôle et tendre, re­noue avec la veine douce-amère de Woody Al­len. A 80 ans, le ci­néaste est loin de prendre sa re­traite : il vient de ter­mi­ner une sé­rie pour Ama­zon et « il faut que je me mette au tra­vail », car « on tourne un autre film dans deux mois ». Il brosse son pan­ta­lon de ve­lours, et évoque notre pre­mière ren­contre, pour « Man­hat­tan », en 1979: « Je n’ai­mais pas ce film », confie-t-il avec un sou­rire un peu las. Mais « Ca­fé So­cie­ty » ? « Oui, ce­lui-ci, je l’aime bien. » D’ha­bi­tude, vous êtes peu sa­tis­fait de vos tour­nages. Pour « Ca­fé So­cie­ty », êtes-vous content ? Oui, j’ai pris beau­coup de plai­sir à le faire. J’ai eu des ac­teurs ex­cep­tion­nels, dont Jesse Ei­sen­berg et Kris­ten Ste­wart, et j’ai eu la chance de pou­voir tra­vailler avec Vit­to­rio Sto­ra­ro, l’un des plus grands di­rec­teurs pho­to du monde. Je lui ai en­voyé le scé­na­rio, je m’at­ten­dais à ce qu’il me le ren­voie en me re­mer­ciant, et, en fait, il m’a fait par­ve­nir un pe­tit mot : « J’ai­me­rais le faire. » Simple. Tout le monde veut tra­vailler avec vous, même Dieu. Lui, c’est dif­fé­rent. On a un ac­cord de co­pro­duc­tion. Pour­tant, l’un de vos per­son­nages, dans le film, dit que la vie, pleine de bruit et de fu­reur, a été écrite par « un au­teur sa­dique ». Pour la plu­part des gens sur cette Terre, la vie n’est pas drôle : il y a la pau­vre­té, la ma­la­die, la guerre, les im­pôts, les em­poi­son­ne­ments ali­men­taires, les ca­tas­trophes mé­téo, les four­mis. Moi, j’ai eu de la chance: ma vie a été agréable. Mais, main­te­nant que j’ai 80 ans, c’est quoi mon ave­nir ?

La vie dans l’au-de­là ? Oui, sauf que je ne sais pas où al­ler man­ger, dans l’au­de­là. Pour­quoi conti­nuez-vous à tra­vailler à ce rythme ? J’aime bien. Ce n’est pas une vie af­freuse : j’ar­rive sur le pla­teau à 7 heures du ma­tin, je vois Kris­ten Ste­wart et Blake Li­ve­ly, deux femmes su­blimes, il y a des gens qui s’oc­cupent des cos­tumes, des dé­cors, du ca­fé… C’est une fa­çon sym­pa­thique de ga­gner sa vie.

Vous n’avez pas l’in­ten­tion de ra­len­tir ? Non. Mais, un jour, quelque chose va se pro­duire qui me for­ce­ra à ra­len­tir. Une crise car­diaque, la sé­ni­li­té, et on di­ra : « Vous avez vu Woody Al­len à la té­lé l’autre jour ? Il a pris un sa­cré coup de vieux… » Avez-vous le sen­ti­ment d’avoir ac­com­pli quelque chose, en 46 films ? Je ne m’ar­rête ja­mais pour re­gar­der en ar­rière, pour sou­pe­ser ce que j’ai fait. Je ter­mine un film, je le vi­sionne une fois, puis plus ja­mais, je passe au sui­vant. Je ne m’at­tarde pas, je n’y pense plus. Je ne ma­rine pas dans l’au­to­cri­tique, en me di­sant: « J’au­rais pu faire mieux, je suis bête, c’est ra­té… »

Avez-vous ja­mais ra­té un film ? Je suis tou­jours dé­çu. J’ai même es­sayé de ra­che­ter « Man­hat­tan », pour en em­pê­cher la sor­tie. Je dé­tes­tais le ré­sul­tat. J’ai été voir Ar­thur Krim, le pa­tron de Uni­ted Ar­tists, pour lui dire : « Si vous ne sor­tez pas ce film, j’en fe­rai un autre gra­tui­te­ment pour vous. » Il m’a ré­pon­du : « Vous êtes fou. C’est un ex­cellent film. On va le sor­tir. » Ce qu’il a fait. Et­ça a été un grand suc­cès par­tout: Ja­pon, Bré­sil, Is­raël, Canada… C’est là que j’ai réa­li­sé que je ne pou­vais pas ju­ger mes films. Je laisse ce soin aux autres.

Vous êtes un éter­nel in­sa­tis­fait ? Je sais main­te­nant que je n’ob­tien­drai ja­mais la per­fec­tion. Entre le mo­ment où on écrit, à la mai­son

–elle entre, elle pend son man­teau, elle voit l’homme– et ce qui se passe sur le pla­teau, tout change. Il fait froid, le vent se lève, elle n’ar­rive pas à mar­cher avec ces ta­lons hauts, la lu­mière est mau­vaise, l’homme ne connaît pas ses ré­pliques… C’est frus­trant. Mais, à la vé­ri­té, la frus­tra­tion est pré­sente dans toute forme d’art. Je suis sûr que Bee­tho­ven et Rem­brandt se di­saient : « Oh, zut ! J’au­rais pu faire mieux ! » L’ar­tiste cherche la per­fec­tion et la rate tou­jours. Du coup, il es­saie en­core et en­core. Léo­nard de Vin­ci, de­vant sa toile, a râ­lé : « Bon sang, je ne vou­lais pas que Mo­na Li­sa sou­rie ! On m’a mis la pres­sion pour fi­nir, et voi­là le ré­sul­tat ! » Même Dieu doit avoir des doutes, de­vant son oeuvre. Il est sû­re­ment très dé­çu. Il a re­gar­dé l’Homme, et s’est dit : « Là, j’ai ra­té mon coup. » La fa­mille juive, que l’on re­trouve dans « Ca­fé So­cie­ty », est un de vos thèmes ré­cur­rents. Les per­son­nages se dis­putent, s’aiment, vivent dans un état de sur­vol­tage per­ma­nent… Dans la fa­mille juive tra­di­tion­nelle, tout ce qui em­piète sur la re­li­gion est pé­ché. Dans le film, il y a un gang­ster – pe­tit pé­ché – qui se conver­tit au ca­tho­li­cisme –im­mense pé­ché! Le type de­vrait al­ler en en­fer. Sauf qu’il n’y a pas d’en­fer, chez les juifs. Ils com­pensent: l’en­fer, c’est les pa­rents.

Votre fa­mille était in­fer­nale ? Mes pa­rents s’ado­raient, mais n’ont ja­mais ces­sé de se dis­pu­ter. Je n’ai ja­mais en­ten­du un mot de ten­dresse entre eux. C’est comme ça que je m’en sou­viens, mais c’est peut-être ma propre vi­sion un peu folle…

Vous vi­vez dans un monde un peu fou ? Non. Dans un monde ba­nal. Je suis un bour­geois pro­duc­tif, c’est tout. Un psy m’a dit, une fois: « Je pen­sais qu’avec vous, ce se­rait pas­sion­nant, mais vous êtes comme un comp­table ! » J’ai une vie nor­male, pas du tout comme Gau­guin. Rien d’ex­cen­trique, rien de fié­vreux. Middle class… Je ne me saoule pas, je ne me drogue pas. Je ne suis donc pas un ar­tiste. Oui, j’ai échoué. Mes films sont trop ar­tis­tiques pour at­teindre le grand pu­blic, et pas as­sez ar­tis­tiques pour être de l’Art. Vos pa­rents sou­hai­taient un mé­tier « sé­rieux » pour vous ? Tous mes co­pains vou­laient être ban­quiers, mé­de­cins, avo­cats. Moi, je ne sa­vais pas quoi faire. Quel­qu’un a re­mar­qué que je fai­sais tout le temps des blagues. On m’a conseillé de les cou­cher sur le pa­pier. Ce que j’ai fait, et j’ai en­voyé ça à des jour­naux. Ça a été pu­blié, à ma grande sur­prise. Quand j’ai vu mon nom im­pri­mé, je suis res­té en état de choc. Puis j’ai conti­nué… Un im­pré­sa­rio a té­lé­pho­né : « C’est qui ? – C’est un ga­min, il va à l’école à Brook­lyn. » On m’a en­ga­gé, pour 40 dol­lars la se­maine. A 16ans, c’était une for­tune ! C’était deux tiers du sa­laire de mon père, qui était taxi à l’époque! Ma mère, au dé­but, était ré­cal­ci­trante. Puis, quand elle a vu les chèques, elle a chan­gé d’avis. Mais elle était per­sua­dée que ça n’al­lait pas du­rer. Elle vou­lait que je de­vienne phar­ma­cien. Pour elle, je n’étais pas as­sez in­tel­li­gent pour être doc­teur. Mais phar­ma­cien, oui. « Il pour­ra vendre des as­pi­rines aux mé­de­cins », di­sait-elle.

Dans votre fa­mille, il y avait des ar­tistes ? Pas du tout. Mon grand-père ma­ter­nel, ori­gi­naire de Hon­grie, ven­dait des fruits et lé­gumes, et mon grand­père pa­ter­nel, ve­nu de Rus­sie, tra­vaillait pour une so­cié­té amé­ri­caine de ca­fé. Il a tout per­du lors de la Grande Dé­pres­sion. Les deux grands-pères m’ont gâ­té. Ils me glis­saient tout le temps des pièces de mon­naie… Per­sonne, dans ma fa­mille n’a ja­mais ma­ni­fes­té un quel­conque sens ar­tis­tique. Je suis le mou­ton noir. Il y a un im­pré­sa­rio, dans « Ca­fé So­cie­ty », as­sez dé­tes­table. Vous avez connu de tels per­son­nages? Oui. Vous êtes as­sis de­vant lui, vous avez 19 ans, il vous parle, s’in­ter­rompt, dé­croche le té­lé­phone et parle à Fred As­taire. Dur. Per­sonne ne me pre­nait au sé­rieux. J’al­lais de bu­reau en bu­reau, per­sua­dé que per­sonne n’al­lait ja­mais me rap­pe­ler. Et fi­na­le­ment, on m’a rap­pe­lé. Par er­reur, sans doute. Quel a été le mo­ment où vous avez sen­ti que la chance vous sou­riait en­fin ? Quand j’ai été en­ga­gé pour écrire des blagues pour le « Sid Cae­sar Show », à la té­lé, au dé­but des an­nées 1950. C’était l’émis­sion la plus populaire, à l’époque. Dans l’équipe de gag­men, il y avait Mel Brooks, Neil Si­mon, Lar­ry Gel­bart, et moi. J’avais 19 ans! Le roi n’était pas mon cou­sin ! Per­sonne ne m’a bi­zu­té. C’était très cha­leu­reux.

“Je ne me saoule pas, je ne me drogue pas. Je ne suis donc pas un ar­tiste.”

En re­vanche, vos pre­miers scé­na­rios de ci­né­ma ont été très dé­layés… Au théâtre et à la té­lé, il y avait une forme de res­pect pour les au­teurs. A Hol­ly­wood, l’au­teur est la der­nière roue du car­rosse. C’est un job im­pos­sible. Même si on est Scott Fitz­ge­rald ou Faulk­ner. Mal­heu­reu­se­ment, pour dé­bu­ter, il faut en pas­ser par l’hu­mi­lia­tion. Ce n’est qu’au sep­tième film, « An­nie Hall », que j’ai pu ob­te­nir le contrôle com­plet. On m’a fait confiance : je ne dé­pen­sais pas l’ar­gent n’im­porte comment, le pu­blic m’ai­mait bien, et je n’ai ja­mais fait un film in­com­pré­hen­sible. J’au­rais ai­mé faire des films comme les Fran­çais, alors : avec des mou­ve­ments de ca­mé­ra bi­zarres, des scènes mys­té­rieuses, des trucs to­ta­le­ment dingues. C’était pas­sion­nant à re­gar­der. Mais les Amé­ri­cains trou­vaient que c’était bon pour la pou­belle. Nous, les jeunes, nous pen­sions que c’était fas­ci­nant, très avant-garde… Vous êtes de­ve­nu réa­li­sa­teur par vo­lon­té de contrô­ler votre tra­vail. Y a-t-il eu des mo­ments de dé­cou­ra­ge­ment ? Non. Ja­mais. Une fois qu’on a ap­pris les tech­niques de base, c’est fa­cile. C’est comme le vé­lo. Une fois qu’on sait pé­da­ler, on sait. L’ins­pi­ra­tion suit. Ce­la dit, au fil des ans, ma mise en scène est de­ve­nue plus libre, moins cor­se­tée. Même quand j’écris, je sais ce que je peux ob­te­nir. Je fais moins d’er­reurs qu’au dé­but. Cer­tains de­viennent cinéastes par goût des belles filles. C’est cer­tai­ne­ment l’une de mes prin­ci­pales mo­ti­va­tions. Je vou­lais un job qui me mette en pré­sence de belles femmes, ce qui n’est pas for­cé­ment le cas quand on de­vient phar­ma­cien. Ou comp­table. Ci­néaste? J’avais des chances. Dans le show­biz, on ren­contre des ac­trices, des top mo­dels… Et c’est ce qui s’est pro­duit. Je ne re­grette pas d’avoir aban­don­né ma car­rière de mar­chand d’as­pi­rines.

Que pen­sez-vous du ci­né­ma ac­tuel ? Je ne suis pas en­chan­té. Au­jourd’hui, qui fi­nan­ce­rait un film d’An­to­nio­ni ? C’est comme James Joyce : vous êtes sur sa lon­gueur d’ondes ou pas. Dans ma jeu­nesse, il y a avait les fans de Fel­li­ni et les fans d’An­to­nio­ni. Deux clans, qui se dis­pu­taient. J’étais pour les deux, un clan à moi tout seul. Ce qui était plus fa­cile pour les séances de vote. Quels ont été vos films les plus réus­sis, à vos yeux? « Ma­ris et femmes », en 1992, et « Match Point », en 2005. J’avais be­soin de so­leil, le so­leil était là. Des nuages ? Ils ar­ri­vaient. J’ai eu les ac­teurs que je dé­si­rais. Je ne pou­vais rien ra­ter, quoi que je fasse. Tout s’ar­ran­geait mi­ra­cu­leu­se­ment. Il y a eu aus­si « An­nie Hall ». Pour moi, c’était un film qui n’avait rien de spé­cial mais, mys­té­rieu­se­ment, tout le monde l’a ai­mé, et il a eu un grand suc­cès. Plein de gens l’ont vu…

Même Do­nald Trump ? Il a joué dans l’un de mes films : « Ce­le­bri­ty », en 1998. Il était très bien: calme, ponc­tuel, il connais­sait son rôle. Ce qui ne veut pas dire qu’il a vu mes films…

Que pen­sez-vous de sa can­di­da­ture ? Je me trompe peut-être, mais il n’y a au­cune chance qu’il de­vienne pré­sident des Etats-Unis. Il va avoir du mal à ob­te­nir la no­mi­na­tion, et si ja­mais il l’ob­tient, je pense que Hilla­ry Clin­ton se­ra élue avec un raz de ma­rée élec­to­ral. Quel que soit le can­di­dat des ré­pu­bli­cains, il se­ra bat­tu sé­vè­re­ment. Hilla­ry Clin­ton est in­tel­li­gente, elle a de l’ex­pé­rience, et Trump est peut-être un homme d’a aires ac­com­pli, mais ce n’est pas un po­li­ti­cien. Ce­ci dit, c’est ça, la dé­mo­cra­tie : cha­cun peut ten­ter sa chance. Je ne vo­te­rai pas pour lui, c’est sûr.

Vous ve­nez de fi­nir une sé­rie ? Oui. Ama­zon m’a pro­po­sé de réa­li­ser une sé­rie de six épi­sodes, et je me suis dit que ce se­rait une ba­lade, entre deux films. De la té­lé ? Fa­cile. Deux temps, trois mou­ve­ments. Fi­na­le­ment, c’était pas si fa­cile. Il a fal­lu écrire, faire le cas­ting, faire les re­pé­rages, tout ça. Ça se passe dans les an­nées 1990, je joue de­dans avec Elaine May et Mi­ley Cy­rus. C’est l’his­toire d’un couple qui voit ar­ri­ver un troi­sième per­son­nage, dans le genre de « De­vine qui vient dî­ner ? » Après ça, je vais tour­ner un film cet été, un drame.

En France ? Non. J’ai tour­né plu­sieurs fois en France, « Mi­nuit à Pa­ris », « Ma­gic in the Moon­light ». Et « Guerre et Amour », en 1975. Je jouais un sper­ma­to­zoïde et un bou on là-de­dans. Per­sonne ne m’égale, comme bou on. « Ca­fé So­cie­ty », par Woody Al­len, à Cannes et en salles le 11 mai.

“Je me trompe peu­têtre, mais il n’y a au­cune chance que Trump de­vienne pré­sident des Etats-Unis.”

Le réa­li­sa­teur, sur le tour­nage de «Ca­fé So­cie­ty ». A l’af­fiche de son nou­veau film : Jesse Ei­sen­berg et Kris­ten Ste­wart.

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