La mé­gère ap­pri­voi­sée

RA­VIE, PAR SYL­VIE OHAYON, FAYARD, 414 P., 19 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - CLAIRE JULLIARD

Ra­phaëlle a tout dans la vie, mais rien pour plaire. C’est une bour­geoise ca­pri­cieuse et mé­chante, épouse vo­lage, mère in­digne ob­sé­dée par sa ligne. Lorsque Oli­vier, son ma­ri, lui an­nonce qu’il la quitte pour sa se­cré­taire, la blonde Cin­dy, elle en de­vient folle de rage. Et forme le pro­jet dé­li­rant d’en­le­ver et de sé­ques­trer sa ri­vale. Mais celle-ci ne se laisse pas faire, et c’est elle qui en­ferme Ra­phaëlle dans une cave. La tor­ture ne s’ar­rête pas là. Cin­dy, dont l’« hé­roïne » mé­prise le cô­té pro­lo, l’oblige à se nour­rir de Big Mac et à lire les dix­huit tomes des Rou­gon-Mac­quart… La sa­tire so­ciale, le choc des mondes forment le socle de ce cin­quième ro­man de Syl­vie Ohayon (pho­to) (« Pa­pa Was Not a Rol­ling Stone »). Drôle, fé­roce, ba­roque, le livre évo­lue de ma­nière in­so­lite. En ef­fet, cette in­trigue aux faux airs de Ste­phen King vire à la ro­mance. Dans sa ré­clu­sion, la mé­gère s’ap­pri­voise, se ré­con­ci­lie avec son être pro­fond. Elle trouve le bon­heur, la dé­li­vrance, l’amour même sous les traits de Ste­ven, le mau­vais gar­çon, frère de Cin­dy. C’est fi­na­le­ment l’his­toire d’une ré­demp­tion qui nous est contée. Avec tout ce que cette dé­cou­verte de l’autre com­porte de risque. Entre co­mé­die de moeurs et drame, dou­ceur et vio­lence, le ré­cit to­ta­le­ment ori­gi­nal d’un au­teur qui ne res­semble à per­sonne.

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