Le R’n’B sai­si par la loi tra­vail

WORK FROM HOME, PAR FIFTH HARMONY (EPIC).

L'Obs - - Critiques - FA­BRICE PLISKIN

« La meilleure fa­çon de se payer un cos­tard, c’est de tra­vailler », dit Ma­cron. Mon­sieur le mi­nistre, l’on ne fait que gla­ner après les an­ciens. Avant vous, Brit­ney Spears le di­sait dé­jà : « You want a Ma­se­ra­ti ? You bet­ter work, bitch. » Comme sai­si par la loi tra­vail, le R’n’B se lance dans une sur­en­chère li­bé­rale. Dans « Work », la tra­vailleuse Ri­han­na ré­pète le mot « tra­vail » 88 fois. Dans « 6 Inch », hymne au tur­bin, Beyon­cé exalte la pro­duc­ti­vi­té d’une in­fa­ti­gable strip-tea­seuse aux ta­lons de 15 cen­ti­mètres. Par­faite mé­ta­phore et mo­dèle in­dé­pas­sable, se­lon elle, de l’en­tre­pre­neuse et de la fé­mi­niste. Le capitalisme dans sa nu­di­té ? « Elle tra­vaille pour l’ar­gent/Elle mé­rite chaque dol­lar qu’elle gagne », chante l’idéo­logue Beyon­cé. Pierre Gat­taz, sors de ce corps mar­chan­dise. Dans sa fu­reur de dé­ré­gle­men­ta­tion, Beyon­cé ne pré­cise même pas l’âge de dé­part à la re­traite pour nos ca­ma­rades e euilleuses ou e euilleurs. Un autre monde se­rait-il pos­sible avec « Work from Home », le nou­veau tube du girl band Fifth Harmony ? La vi­déo nous trans­porte sur un chan­tier où des ou­vriers éphèbes et mus­cu­leux jouent du mar­teau pi­queur, de la bé­ton­neuse et de la brouette. La nar­ra­trice de la chan­son en veut à son homme de « tra­vailler » dans l’équipe de nuit pour son pa­tron alors qu’il pour­rait la « tra­vailler », elle. Elle le jure : « A la mai­son, le boss, c’est toi. » C’est ce que les no­taires di­saient dé­jà à leur épouse, en Cor­rèze, sous Re­né Co­ty. Pour ga­gner son homme à son bu­si­ness mo­del, elle ima­gine même une ca­res­sante sy­ner­gie : « Let my bo­dy do the work, work, work. » Des pro­messes, tou­jours des pro­messes.

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