On en parle L’hô­tel 10 bis, du bor­del au 4-étoiles

Adresse sul­fu­reuse du Tout-Paris, le 10 Bis, an­cienne mai­son close, a rou­vert ses portes et s’est mé­ta­mor­pho­sé en hô­tel chic et contem­po­rain. Mais les murs parlent tou­jours

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Bon­jour, c’est vous qui vous oc­cu­pez do­ré­na­vant de cet hô­tel? Heu… Vous ne se­riez pas li­ber­tine, par ha­sard ? » Pa­tri­cia s’amuse en­core du qui­pro­quo en re­la­tant l’épi­sode de cet « ha­bi­tué » ve­nu pas­ser la porte du 10 Bis, rue du Dé­bar­ca­dère, le nou­vel hô­tel 4 étoiles dont elle est la di­rec­trice. C’est que le nu­mé­ro dis­cret pla­qué sur la fa­çade de cet im­meuble bourgeois, près de la porte Maillot, ne laisse rien pré­sa­ger des des­tins qui se sont croi­sés ici à tous les étages : hommes po­li­tiques, flics, pros­ti­tuées, co­quines, es­crocs. Le 10 Bis, an­cienne « mai­son de ga­lan­te­rie », fut te­nu du­rant cin­quante ans par Lu­cienne Gold­farb, alias Lu­cienne Tell, alias « Ka­tia la Rou­quine », plu­sieurs iden­ti­tés pour la plus cé­lèbre des te­nan­cières de bor­del du ToutPa­ris. «Si Ma­dame Claude était la plus connue, Ka­tia la Rou­quine fut as­su­ré­ment la plus puis­sante », ex­plique Ka­rim Mas­soud, l’ac­tuel pro­prié­taire. Ka­tia l’en­tre­met­teuse, Ka­tia l’in­dic du 36, quai des Or­fèvres, Ka­tia l’amie des puis­sants, tels Ro­land Du­mas (elle fut ci­tée dans l’af­faire Elf ) ou Pla­ci­do Do­min­go, avec qui elle par­ta­geait une pas­sion dé­vo­rante pour l’opé­ra, sau­tant d’un jet pri­vé à un autre pour al­ler écou­ter les meilleurs té­nors aux quatre coins du monde.

KA­TIA LES BONS TUYAUX

Re­dou­table femme d’af­faires en ju­pons, elle put me­ner ses ac­ti­vi­tés sans être en­nuyée par la po­lice jus­qu’au dé­but des an­nées 1980. Mais, avec la loi d’in­ter­dic­tion des mai­sons closes, les temps changent et le 10 Bis se mue en club échan­giste : « Pas de spec­ta­teurs, il faut que tout le monde par­ti­cipe. » Ins­tal­lée dans son ap­par­te­ment, au 6e étage, « Ma­dame Lu­cienne » ne quit­te­ra les lieux qu’en 2014, à 90 ans, suite à une mau­vaise chute. Elle vit au­jourd’hui en mai­son de re­pos et n’a rien per­du de sa gouaille. En 2015, quand Ka­rim Mas­soud dé­couvre le 10 Bis, il est à mille lieues de sa­voir où il met les pieds. Pour ce mul­ti-en­tre­pre­neur qui a ra­che­té Go Voyages et co­fon­dé NG Tra­vel, il s’agit avant tout d’une belle op­por­tu­ni­té im­mo­bi­lière. Et c’est seule­ment en le vi­si­tant, en dé­cou­vrant les ta­bou­rets léo­pard, les nains de jar­din, les ban­quettes rouges et les lits avec pla­fond mi­roir, qu’il ap­prend le pas­sé sul­fu­reux du lieu. « J’ai vi­si­té un ven­dre­di soir, j’ai si­gné le len­de­main à 10 heures ! Je sa­vais que je te­nais là un mor­ceau de notre pa­tri­moine pa­ri­sien », ra­conte-t-il. Nou­veau dé­cor, nou­velle clien­tèle. Au­jourd’hui, l’hô­tel 4 étoiles si­gné des ar­chi­tectes El­sa Jo­seph et Bru­no Le Steun (du ca­bi­net 100ème Etage) pro­pose 23 chambres chics et contem­po­raines. Seuls clins d’oeil du pas­sé dans les étages, les mi­roirs so­leil, des ap­pliques des an­nées 1960 et les cé­lèbres feux tri­co­lores (in­di­quant l’état de dis­po­ni­bi­li­té des chambres), do­ré­na­vant trans­for­més en lu­mi­naires. Quant au bar du rez-de­chaus­sée, son am­biance sobre et raf­fi­née n’ac­cueille plus les mêmes confi­dences… DORANE VIGNANDO 10 Bis, rue du Dé­bar­ca­dère, Paris-17e. 01-55-37-10-10. Chambre à par­tir de 189 € la nuit. www.le10bi­sho­tel-paris.com

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