La mode pour tous par Sophie Fon­ta­nel

LES TEN­DANCES DE L’OBS

L'Obs - - Sommaire - Par SOPHIE FON­TA­NEL

« Co­ol »… Dans le mi­lieu de votre ser­vi­teuse, on n’uti­li­sait plus trop ce mot. C’était trop de­ve­nu un ad­jec­tif pou­belle. Trop de « pa­pa co­ol », de « bé­bé co­ol » à l’ar­rière des voi­tures avaient sa­li le con­cept, et nous avaient dé­cou­ra­gés. Ce qui res­tait co­ol : le surf, les sur­fers, le skate, le hip-hop… et deux trois autres trucs. Mais on n’em­ployait plus ce terme en mode. Et puis, il y a quelques an­nées, le ma­ga­zine « les In­rocks » a com­men­cé de faire des nu­mé­ros spé­ciaux ain­si ti­trés : « Où est le co­ol ? » Ils ne le cher­chaient pas, ils le trou­vaient. Y com­pris dans les ha­bits. Alors, on s’est ré­ha­bi­tués. Dans le même temps, tous les mots dé­si­gnant les hap­py few sa­chant vrai­ment se don­ner une al­lure ves­ti­men­taire se sont usés les uns après les autres : avoir le swag, être loo­ké, avoir un pur look… Un nou­veau mot est ar­ri­vé : « sty­lé ». Ceux d’entre vous qui ont des ados savent qu’au­jourd’hui, si c’est pas « sty­lé », c’est « à chier ». Est « sty­lé » ce qui a une bonne al­lure, qui n’est pas trop for­cé, qui fait de l’ef­fet sans en avoir l’air, bref ce qui est co­ol ! Sauf que. Quand le beau vo­cable de « co­ol » ra­mène à une culture élar­gie, al­lant aus­si bien de la mu­sique à l’at­ti­tude d’un Ba­rack Oba­ma, le mot « sty­lé », lui, ne dé­signe que les frusques. Un mot de rem­pla­ce­ment, en quelque sorte. Votre ser­vi­teuse pré­fé­re­ra tou­jours dire « co­ol » parce qu’il y a dans le co­ol l’idée que la ma­nière dont tu tiens ton corps, ton livre, ton té­lé­phone, ton amou­reux, ton amou­reuse, ton en­tre­tien an­nuel, ton pan­ta­lon, ta place… ça forme un en­semble, une to­lé­rance. Quand Pierre Rabhi dit qu’il faut « gar­der un état re­laxé par rap­port à la vie », pile dans cette conjonc­ture de cris­pa­tion gé­né­rale où cha­cun s’in­surge et se for­ma­lise, il est bien plus que « sty­lé », même si fran­che­ment c’est « grand style » de par­ler comme il parle : il est l’es­sence du co­ol. Le co­ol per­mis par les ha­bits « ré­ir­rigue » par ca­pil­la­ri­té d’autres do­maines. Alors, oui, il y a eu « In­di­gnez­vous ! », et on a ado­ré. Mais ça y est, on est bien in­di­gnés, là, non ? Et si main­te­nant, pour notre sur­vie à tous, il ne va­lait pas mieux cette pro­po­si­tion : « En­coo­lez-vous ! » ?

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