Tout est bon dans le py­thon

SOFT HAIR, PAR SOFT HAIR (DOMINO)

L'Obs - - Critiques - FA­BRICE PLISKIN

Qu’ils sont mi­gnons, qu’ils sont bi­bliques. La blonde, c’est le Néo-Zé­lan­dais Con­nan Mo­cka­sin, qui a tra­vaillé avec Char­lotte Gains­bourg et James Blake. La brune, c’est Sam Dust, un an­cien du groupe Late Of The Pier qui, en 2015, pu­bliait sous le nom de LA Priest son pre­mier album so­lo « In­ji ». Avec le py­thon al­bi­nos, ils forment le duo Soft Hair.

Ne vous fiez pas à ces de­hors de glam ro­ckers scan­di­naves nour­ris au qui­noa et aux ga­lettes de riz. In­tré­pides et che­ve­lus, ces ex­pé­ri­men­ta­teurs sont les Pierre et Marie Cu­rie d’une pop psy­ché­dé­lique aux so­no­ri­tés élec­tro­niques, où le rou­lis fun­ky de la basse se mêle à la mé­lan­co­lie des nappes syn­thé­tiques. Est-ce parce que, çà et là, ils tra­fiquent et dis­tordent le son de leur voix? Par­fois, on pense au Prince de « Si­gn o’ the Times », comme sur « Re­laxed Li­zard », qui ouvre cet album à l’in­do­lence hyp­na­go­gique. Lé­zard re­laxé, c’est à peu près l’état d’es­prit de l’au­di­teur quand, au risque de se ré­veiller sac à main, il pa­resse au so­leil de cet éco­sys­tème mu­si­cal. Soft Hair ré­con­ci­lie soyeu­se­ment la ri­tour­nelle et le bi­zarre, en­châsse le sau­gre­nu dans l’élé­gie, in­fuse la ci­guë à la fraise Ta­ga­da. Pas­sé l’in­tro­duc­tion, dif­fi­cile de ne pas se lais­ser man­ger l’oreille par un tube comme « Lying Has to Stop », autre som­met de ce disque qui a de quoi dé­coif­fer tous les ama­teurs de sons dé­li­cieu­se­ment ti­rés par les che­veux. « I.V. » res­semble à un hom­mage à la veine ins­tru­men­tale du Bo­wie de « Low » et « He­roes », tan­dis que « Jea­lous Lies » évoque la ma­nière synth pop du Yel­low Magic Or­ches­tra de Ryui­chi Sa­ka­mo­to. On note d’ailleurs que le mor­ceau « In Love » cé­lèbre avec in­sis­tance la « vé­nus­té » des Ja­po­naises et des Chi­noises. Ci­tons en­core « Alive wi­thout Me­di­cine », peut-être le titre le plus hé­roïque par son sa­vant né­gli­gé et son pont ro­cam­bo­les­que­ment tech­no. Ce­la ne s’en­tend pas, mais ces deux membres du Com­mon­wealth ont en­re­gis­tré « Soft Hair », sur cinq an­nées, dans maints stu­dios et chambres d’hô­tel, sur la sur­face de notre vieux globe. Qu’est-ce qu’on est bien dans ces Mo­cka­sin.

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