Le vieil homme et l’ou­bli

AVANT DE S’EN­VO­LER, DE FLO­RIAN ZELLER. JUS­QU’AU 15 JANVIER, 21 HEURES, THÉÂTRE DE L’OEUVRE, PARIS-9E, RENS. : 01-44-53-88-88.

L'Obs - - Critiques - JACQUES NERSON

Voyant ses dents le quit­ter une à une, Vol­taire sou­pire : « Je meurs en dé­tail. » Qui­conque touche au grand âge connaît ce genre de désa­gré­ment. Le tra­vail de sape sour­de­ment me­né par les ans fas­cine tel­le­ment le jeune Flo­rian Zeller qu’il y re­vient bien qu’il ait dé­jà trai­té le su­jet. Il est vrai que « le Père » comme « Avant de s’en­vo­ler » ont été taillés sur me­sure pour Ro­bert Hirsch à qui l’on ne peut confier le rôle d’un jou­ven­ceau. Les deux pièces pa­raissent d’au­tant plus ju­melles qu’on l’y re­trouve en vieillard à la mé­moire dé­faillante, trem­blant de fai­blesse, in­ca­pable de dé­mê­ler ses cau­che­mars d’avec la réa­li­té. En quoi il nous re­fait le coup du « Bel Air de Londres » : don­ner l’im­pres­sion que sa vie ne tient plus qu’à un fil pour mieux nous at­tra­per en­suite. Face à ce pauvre homme éga­ré dans un uni­vers qui lui de­vient tout à fait in­cer­tain, à la mer­ci du pre­mier ve­nu, on se re­trouve les yeux em­bués de larmes. Outre l’im­mense co­mé­dien, le spec­tacle ré­glé avec beau­coup de doig­té par La­dis­las Chol­lat com­porte d’autres grands ac­teurs. En pre­mier lieu, l’ado­rable Isabelle Sa­doyan qui s’est pour la pre­mière fois de sa vie échap­pée des scènes sub­ven­tion­nées pour cam­per cette épouse dont on ne sait si elle est ou non en­core de ce monde. Flo­rian Zeller se montre as­sez vir­tuose pour nous plon­ger dans le même brouillard que le hé­ros sans ja­mais nous lâ­cher la main. C’est dé­chi­rant.

Isabelle Sa­doyan et Ro­bert Hirsch.

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