La ma­la­die de Sachs

SAINT-SA­LO­PARD, PAR BAR­BA­RA IS­RAËL, FLAM­MA­RION, 220 P., 18 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - CLAIRE JUL­LIARD

Par ses pa­ra­doxes et ses ombres, Mau­rice Sachs (pho­to), qui a pro­fon­dé­ment mar­qué Mo­dia­no, a de quoi fas­ci­ner un écri­vain. Juif col­la­bo, ho­mo­sexuel ma­rié, au­teur long­temps sec, sa vie consti­tue sans doute son oeuvre la plus ro­ma­nesque. « Elle fut dé­cou­sue, tra­gique, à re­bon­dis­se­ments, po­li­cière, de guerre et d’es­pion­nage, sexuelle, mys­tique », confie-t-il dans cette cor­res­pon­dance d’outre-tombe ima­gi­née par Bar­ba­ra Is­raël. Mau­rice Sachs l’amo­ral y converse avec ses proches, Coc­teau, Co­co Cha­nel, Gide, Max Ja­cob, Vio­lette Le­duc. Cer­tains lui gar­dèrent une ami­tié sin­cère mal­gré ses es­cro­que­ries et ses traî­trises. C’est que ce no­ceur let­tré pos­sé­dait une fa­cul­té hors du com­mun à sé­duire, à convaincre et à mentir. Une du­pli­ci­té dont on dé­couvre l’ori­gine dans ses lettres à sa mère (« Toi et moi, on se fai­sait hor­reur »). Mais la froi­deur d’une femme égoïste et fri­vole jus­ti­fie-t-elle toutes les bas­sesses? Sachs semble avoir re­pro­duit et dé­cu­plé les dé­fauts de cette gé­ni­trice haïe. Son exis­tence, qui s’ache­va le 14 avril 1945, lors­qu’un SS l’abat­tit d’une balle dans la nuque, fut brève et mal me­née. Le per­son­nage conserve une au­ra sul­fu­reuse et un mys­tère que ce livre in­tense en­tre­tient à mer­veille.

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