Chan­tons avec Cha­zelle

LA LA LAND, PAR DA­MIEN CHA­ZELLE. CO­MÉ­DIE MU­SI­CALE AMÉ­RI­CAINE, AVEC EM­MA STONE, RYAN GOS­LING, JOHN LE­GEND, J. K. SIM­MONS, RO­SEMA­RIE DEWITT (2H08).

L'Obs - - Critiques - NI­CO­LAS SCHALLER

« Ci­ty of stars, are you shi­ning just for me? » A quand re­monte la der­nière fois où vous vous êtes sur­pris à sif­flo­ter la mu­sique du film et à es­quis­ser quelques pas de danse en sor­tant du ci­né­ma, les yeux hu­mides et le sou­rire aux lèvres ? Tel est le mi­racle « La La Land », qui ra­vive une émo­tion de spec­ta­teur qu’on croyait en­ter­rée avec l’âge d’or des co­mé­dies mu­si­cales. On sa­vait Da­mien Cha­zelle très doué de­puis « Whi­plash », on le dé­couvre ca­pable, dans un film tour­né avec l’équi­valent du bud­get coif­fure d’un block­bus­ter Mar­vel, de re­dis­tri­buer les cartes du spec­tacle hol­ly­woo­dien. A l’image du Ta­ran­ti­no de « Pulp Fic­tion », qui est l’in­fluence secrète de « La La Land ». Em­ma Stone (pho­to) s’y pré­nomme Mia – comme Uma Thur­man dans le Ta­ran­ti­no – tan­dis que le car­ton « pre­sen­ted in Ci­ne­ma­scope » ou­vrant le gé­né­rique té­moigne d’un fé­ti­chisme ci­né­phile digne du réa­li­sa­teur de « Kill Bill ». Mia tra­vaille comme ser­veuse et écume les au­di­tions dans l’es­poir de dé­cro­cher le rôle qui fe­ra dé­col­ler sa car­rière d’ac­trice. Se­bas­tian (Ryan Gos­ling) pia­note dans un boui­boui en rê­vant du jour où il ou­vri­ra son club de jazz. Ils se croisent, se sé­duisent, s’aiment mais leurs car­rières n’évo­luent pas au même rythme. Leur couple y sur­vi­vrat­il ? Le su­jet n’est pas neuf, il vient tout droit de « New York New York ». C’est l’autre mi­racle de « La La Land », nour­ri d’ins­pi­ra­tions écra­santes – des clas­siques MGM de Vin­cente Min­nel­li ou Stan­ley Do­nen à leurs cou­sins fran­çais si­gnés Jacques De­my – que Cha­zelle ré­in­vente en les ac­com­mo­dant à son couple d’amou­reux contem­po­rains et à ses in­ter­ro­ga­tions d’ar­tiste au goût vin­tage. Mis au ser­vice d’un genre aus­si ar­ti­fi­ciel que le mu­si­cal, son sou­ci d’au­then­ti­ci­té et son sens du dé­tail font des étin­celles : quand ce n’est pas le pouls de la ville, c’est le fré­mis­se­ment in­time des per­son­nages qui semble dic­ter le tem­po de chaque nu­mé­ro. « La La Land » est un des sur­noms de Hol­ly­wood. C’est aus­si une pro­messe de chant, de joie et d’éva­sion. Or L.A. se ré­vèle être une pri­son pour Mia et Se­bas­tian, mais une pri­son à ciel ou­vert, le­quel, une fois par jour, à l’heure ma­gique, vire au Tech­ni­co­lor. « La La Land » existe pour ces fu­gaces mo­ments de grâce dans l’océan de dés­illu­sions qu’est cette vi(ll)e. Et pour faire une star d’Em­ma Stone, l Bird­man » et « Ma­gic in the Moon­light », ici pro­di­gieuse. En re­vanche, le jeu mo­no­li­thique de Ryan Gos­ling em­pêche le film à plu­sieurs re­prises, no­tam­ment lors d’une scène de dî­ner, im­pro­vi­sée et sans mu­sique, qui scelle l’ave­nir des deux amants. Seul bé­mol à cette ir­ré­sis­tible mé­lo­die.

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