LA FACE CA­CHÉE DU FN

L'Obs - - Sommaire - MAT­THIEU ARON

Em­plois fic­tifs, ré­seaux oc­cultes, pro­messes éco­no­miques ir­réa­li­sables… Le Front na­tio­nal avance mas­qué. Quel est le vrai vi­sage de la for­ma­tion fron­tiste? Quels sont ses sou­tiens dans la haute fonc­tion pu­blique? Comment le FN a-t-il dé­tour­né l’argent de l’Eu­rope? « L’Obs » a conduit une vaste enquête de 30 pages au coeur du par­ti de­ve­nu le pre­mier de France

Comment par­ler du FN? La ques­tion, aus­si vieille que la pous­sée des Le Pen en France, os­cille au rythme d’un mou­ve­ment de ba­lan­cier. On a d’abord dé­non­cé, aler­té, dia­bo­li­sé. Trop? L’in­di­gna­tion en tout cas a été vaine. Alors, on a cher­ché à com­prendre. Pour­quoi une par­tie de l’élec­to­rat avait bas­cu­lé à l’extrême droite, pour­quoi les classes po­pu­laires, les ou­vriers, les Fran­çais les plus vul­né­rables avaient tour­né le dos à la gauche, et pour­quoi les par­tis tra­di­tion­nels étaient de­ve­nus in­au­dibles… Il fal­lait com­prendre. Il faut conti­nuer à le faire. Mais, dans le même temps, le FN a réus­si à s’ins­tal­ler dans le pay­sage. Et à force de ne plus je­ter l’op­probre (puis­qu’elle se­rait in­ef­fi­cace), on a fi­ni par sup­por­ter de ce par­ti ce que l’on n’ac­cep­te­rait d’au­cun autre : un de­gré de mal­ver­sa­tion ra­re­ment at­teint dans l’his­toire po­li­tique !

Cette mal­hon­nê­te­té est une réa­li­té avé­rée, un fait éta­bli mais cette réa­li­té et ces faits glissent sur le FN comme l’eau sur les plumes d’un ca­nard. Dans notre monde ul­tra­mé­dia­ti­sé et sur­in­for­mé, cer­taines vé­ri­tés et faits n’« im­priment » pas (et ce n’est sans doute pas un ha­sard si ce dé­ni est aus­si àl’ oeuvre de l’ autre cô­té de l’ At­lan­tique, pour le plus grand pro­fit de Do­nald Trump). Ain­si, en dé­pit de mul­tiples pro­cé­dures ju­di­ciaires ou par­le­men­taires di­li­gen­tées contre lui, le par­ti fron­tiste conserve l’image d’une for­ma­tion po­li­tique mi­ra­cu­leu­se­ment épar­gnée par les af­faires. Si cette ar­naque, cette in­croyable dis­tor­sion du réel per­dure, c’est parce que l’adhé­sion aux thèses le­pé­nistes re­lève de la pas­sion et du déses­poir, plus que de la rai­son. Doit-on pour au­tant re­non­cer? Cer­tai­ne­ment pas. Alors, osons! Oui, le FN est un par­ti mouillé jus­qu’au cou dans des scan­dales mul­tiples. Et, oui, en pro­por­tion de son pe­tit nombre d’élus, il bat tous les re­cords de la Ré­pu­blique. Le par­ti an­ti­sys­tème se nour­rit du sys­tème. Au­jourd’hui, le Par­le­ment eu­ro­péen lui ré­clame, comme le dé­voile Ca­ro­line Mi­chel (voir pages sui­vantes), plus d’un mil­lion d’eu­ros d’argent pu­blic! L’argent de nos im­pôts. Des sommes en­glou­ties par une bri­gade d’as­sis­tants par­le­men­taires fic­tifs. Dans un autre dos­sier – le fi­nan­ce­ment de la cam­pagne pré­si­den­tielle de 2012 –, le par­ti lui-même, son vice-pré­sident et son tré­so­rier sont pour­sui­vis pour des dé­tour­ne­ments consé­quents. Ma­rine Le Pen, est, elle, em­pê­trée dans une enquête par­le­men­taire après avoir sous-es­ti­mé sa dé­cla­ra­tion de pa­tri­moine au­près des Fran­çais. Quant à son père, il est mis en cause pour avoir dis­si­mu­lé une par­tie de son pac­tole en Suisse! Pour un peu, Fran­çois Fillon, son épouse Pe­ne­lope et Jé­rôme Ca­hu­zac fe­raient fi­gure d’en­fants de choeur. Voi­là donc le vrai vi­sage du FN, par­ti de la triche de­ve­nu le pre­mier par­ti de France, et dont l’in­fluence croît à chaque scru­tin.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.