Al­ler simple Retour à Gdańsk, la perle de la Bal­tique

La “perle de la Bal­tique” a der­rière elle une his­toire longue, co­lo­rée et pas­sion­nante

L'Obs - - Sommaire - Par FRAN­ÇOIS REYNAERT

Rien n’est plus agréable, dans le tou­risme, que les pré­ju­gés. Il n’y a pas de plus grand plai­sir pour un voya­geur que de les faire ex­plo­ser en vol. Pre­nez Gdańsk. Pour la plu­part des Oc­ci­den­taux, la ville, fi­gée à ja­mais dans le gris des an­nées com­mu­nistes, se ré­sume à la mous­tache de Wa­le­sa et aux grues rouillées de chan­tiers na­vals en grève. En­voyez les mêmes se pro­me­ner entre les fa­çades peintes d’un cen­tre­ville riant et em­pli de ba­dauds, et vous ver­rez le ré­sul­tat. Non, Gdańsk ne se li­mite pas aux luttes des an­nées de gri­saille.

Ne re­monte-t-elle pas à l’An­ti­qui­té ? C’est ce qu’on dé­couvre en com­men­çant la ba­lade au Mu­sée de l’Ambre, que l’on trouve der­rière la belle porte do­rée, qui ferme la vieille ville. Il y a plus de deux mil­lé­naires, l’en­droit ti­rait sa ri­chesse du tra­fic de la pré­cieuse ré­sine fos­sile ré­col­tée sur les plages de la Bal­tique, et que l’on ven­dait aux Grecs et aux Ro­mains. En avan­çant de 100 mètres vers Uli­ca Dlu­ga (la « rue longue »), l’ar­tère prin­ci­pale aux mai­sons mul­ti­co­lores, nous nous re­trou­vons quelque part entre le xve et le xviie siècles, à l’âge d’or. Peu­plée d’Al­le­mands de­puis le temps des che­va­liers Teu­to­niques, la ville, pla­cée à l’em­bou­chure de la Vis­tule, doit sa pros­pé­ri­té au com­merce des cé­réales que l’on dé­charge sur les quais par une grue, que l’on ad­mire tou­jours. Quelques somp­tueux pa­lais, l’hô­tel de ville et la cour Ar­tus, où ve­naient se re­trou­ver les confré­ries de mar­chands, té­moignent de cette gran­deur pas­sée.

A la fin du xviiie siècle, les temps se gâtent pour la Po­logne. Par­ta­gé entre ses puis­sants voi­sins, le pays dis­pa­raît de la carte. Gdańsk de­vient Dant­zig, une ville prus­sienne puis, quand la Po­logne re­naît, en 1918, elle hé­rite d’un sta­tut dé­li­cat : les vain­queurs en font une « ville libre », gé­rée par la So­cié­té des Na­tions. Les Po­lo­nais qui, grâce au cou­loir de Dant­zig – une bande de terre qui coupe la Prusse –, ont ac­cès à la mer, sont obli­gés de bâ­tir à cô­té un port ri­val, Gdy­nia, qu’on ira voir. Si le temps est beau, on ira aus­si à So­pot, mu­ni de son maillot de bain. La troi­sième des ci­tés de ce trio ur­bain ap­pe­lée la « tri­ville » est la sta­tion bal­néaire. Son im­mense je­tée­pro­me­nade et son frin­gant Grand Hô­tel lui donnent un charme prous­tien.

Au retour, on pas­se­ra se re­cueillir sur le Wes­ter­platte. La pres­qu’île ser­vait de dé­pôt mi­li­taire aux Po­lo­nais. En or­don­nant son bom­bar­de­ment, à l’aube du 1er sep­tembre 1939, Hit­ler dé­clen­cha la Se­conde Guerre mon­diale. Une hor­reur pour le pays, une tra­gé­die pour la ville, dont il ne reste, en 1945, que ruines et cendres. Il fau­dra des an­nées pour la re­cons­truire, pierre après pierre. Nous re­voi­ci de retour à l’époque com­mu­niste. C’est aus­si celle de la lutte contre le to­ta­li­ta­risme. Elle com­men­ça ici, par des grèves fa­meuses et se pour­sui­vit avec l’épo­pée de So­li­dar­ność. Le Centre eu­ro­péen de So­li­da­ri­té, un mu­sée construit à l’en­droit même des chan­tiers na­vals où eurent lieu ces com­bats, les ra­conte avec pédagogie. On n’en ra­te­ra pas la vi­site.

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