HU­MEUR

L'Obs - - CRITIQUES - Par JÉ­RÔME GAR­CIN

Elle est née l’an­née où « le Ma­tin de Pa­ris » est mort. En 1987. Li­sa Vi­gno­li n’a donc pas connu le quo­ti­dien so­cia­liste où Jean-Mi­chel Gra­vier, cet at­ten­dris­sant, ce mé­di­sant nyc­ta­lope, te­nait une chro­nique snob et ca­naille, « Elle court elle court la nuit », dont cer­taines vic­times té­lé­vi­suelles, res­ca­pées de ce temps loin­tain, se sou­viennent en­core. Li­sa était au bi­be­ron lors de la pa­ru­tion du pre­mier livre de JMG, « Les hé­ros du peuple sont im­mor­tels », re­cueil de lettres adres­sées, mais pas en­voyées, aux chan­teuses et co­mé­diennes qui illu­mi­nèrent son ado­les­cence. Li­sa était une fillette lorsque, dans « Bonnes Nou­velles des étoiles », sur O’FM, l’en­fant na­tu­rel de Jacques Cha­zot et de Ma­cha Bé­ran­ger conver­sait en di­rect, jus­qu’à 1 heure du ma­tin, avec ses amis Isa­belle Ad­ja­ni ou Etienne Da­ho. Et une pe­tite éco­lière lors­qu’il par­ti­ci­pait, sur Pa­ris Pre­mière, à « Sor­ties de se­cours », une émis­sion de ci­né­ma où il mixait, avec la verve can­ca­nière qui était sa marque, ses goûts et ses dé­goûts. En 1994, Li­sa avait 7 ans quand il est mort, à 45 ans, du si­da, après avoir confié à un ami : « J’ai dé­ci­dé de par­tir en femme sou­liote. C’étaient les Grecques d’un vil­lage per­ché. Quand l’ar­mée de l’Em­pire ot­to­man a en­va­hi leur vil­lage, elles ont pré­fé­ré se je­ter de la fa­laise que de se lais­ser tuer par l’en­ne­mi. » Rien de plus tou­chant que l’évo­ca­tion, par une jour­na­liste de 29 ans, d’un Fre­go­li qu’elle n’a pas croi­sé, que tout le monde a ou­blié, mais que ses amis pleurent tou­jours – par­mi les­quels, Bruce Tous­saint, qui, un ma­tin, sur un pla­teau de té­lé, a souf­flé à Li­sa Vi­gno­li : « Tu l’au­rais ado­ré. » Elle l’adore, en ef­fet. Ecrit dans la langue aci­du­lée et pi­quante qu’af­fec­tion­nait son mo­dèle, « Par­lez-moi en­core de lui » (Stock, 19,50 eu­ros) n’est pas une bio­gra­phie, c’est un chant d’amour. Au ra­pa­trié d’Al­gé­rie gre­no­blois « mon­té » à Pa­ris pour cô­toyer les stars. Au night-club­ber, qui était la ver­sion Fruit of the Loom du très cuir et très noir Alain Pa­ca­dis. Au fê­tard du Fes­ti­val de Cannes qui ju­geait Alain De­lon « has been » et Gilles Ja­cob, « lu­thé­rien ». Au thu­ri­fé­raire de Bei­neix, d’Ad­ja­ni, de Bar­ba­ra et d’Anouk Ai­mée. Au chro­ni­queur du « Ma­tin », tom­bé en 1981 pour avoir raillé Ro­ger Ha­nin, le beau-frère du nou­veau pré­sident. Au feu fol­let. Au pa­pillon de nuit. De Jean-Mi­chel Gra­vier, Li­sa Vi­gno­li écrit qu’il est dé­sor­mais « dans (ses) tis­sus », qu’elle doit « vivre avec lui », et qu’il ne « la lâ­che­ra pas ». Ils forment vrai­ment un jo­li couple mo­derne.

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