LA FON­TAINE

LE FABULISTE ÉPI­CU­RIEN

L'Obs - - En Couverture - * « La Fon­taine, une école buis­son­nière », par Erik Or­sen­na, aux édi­tions Stock, en li­brai­rie le 16 août.

Si l’au­teur Erik Or­sen­na était un ani­mal de fable, ce se­rait un pa­pillon bu­ti­neur, goû­tant avec une joie com­mu­ni­ca­tive au nec­tar des per­son­nages qu’il ra­conte. Après ses bio­gra­phies de Louis Pas­teur et d’An­dré Le Nôtre, le voi­là qui nous in­té­resse au plus fa­meux des fa­bu­listes *. Qu’on n’at­tende pas de l’aca­dé­mi­cien une somme sur la vie et l’oeuvre de Jean de La Fon­taine. Le temps lui presse et Erik Or­sen­na en est dé­jà à sa deuxième pu­bli­ca­tion cette an­née, après la « Géo­po­li­tique du mous­tique ». Ecri­vain éco­nome, il lui suf­fit de cro­quer La Fon­taine en quelques scènes pi­ca­resques pour don­ner de la chair à cet au­teur mé­con­nu, écra­sé par l’im­mense po­pu­la­ri­té de ses fables. Jean de La Fon­taine, né en 1621 à Châ­teau-Thier­ry au sein d’une fa­mille de la pe­tite bour­geoi­sie com­mer­çante, est une per­son­na­li­té com­plexe. Cou­reur de ju­pons in­vé­té­ré, il a com­men­cé sa car­rière au… sé­mi­naire. Chro­ni­queur iro­nique de la cour, il a pour­tant peu fré­quen­té celle de Louis XIV, le roi tout-puis­sant ne lui ayant pas par­don­né sa fi­dé­li­té à Ni­co­las Fou­quet, l’in­ten­dant dé­chu. Hé­do­niste re­ven­di­qué, Jean de La Fon­taine, au­teur pro­lixe, n’en peau­fi­nait pas moins ses fables jus­qu’à n’en plus lais­ser qu’un ou deux vers d’ori­gine. Dans cette pro­me­nade en cha­pitres courts, pro­lon­ge­ment des chro­niques lues sur France-In­ter tout l’été, on sent qu’Erik Or­sen­na s’est par­ti­cu­liè­re­ment dé­lec­té de nous faire dé­cou­vrir les contes co­quins, bi­joux d’hu­mour et de fri­vo­li­té, que Jean de La Fon­taine re­nia à l’ar­ticle de la mort. Ain­si écri­vait-il : « Nous nous trou­vâmes seuls : la pu­deur et la crainte De roses et de lis à l’en­vi l’avaient peinte. Je triom­phai des lis et du coeur dès l’abord, Le reste ne te­nait qu’à quelque rose en­cor. Sur le point que j’al­lais sur­mon­ter cette honte, On me vint in­ter­rompre au plus beau de mon conte. » Et le mé­rite est grand de nous don­ner en­vie de conti­nuer la lec­ture.

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