Les lun­dis de Del­feil de Ton

Où l’on voit les sol­dats de l’ar­mée fran­çaise, sui­vis d’une fa­mille fran­çaise et d’un sul­tan étran­ger

L'Obs - - Sommaire -

C’est un de ces Hauts Co­mi­tés. Ce­lui-ci a été nom­mé par le pré­cé­dent pré­sident de la Ré­pu­blique. Char­gé d’éva­luer la condi­tion mi­li­taire, il a re­mis un rap­port au nou­veau pré­sident, le­quel rap­port vient d’être ren­du pu­blic. En gros, avec toutes ces guerres que la France mène de front, le mi­li­taire, qui de­vrait se sen­tir choyé, se sent dé­lais­sé, mal com­pris, mal en­traî­né, mal ré­com­pen­sé. Il ne rem­pile guère. Le Haut Co­mi­té sug­gère que les choses iraient mieux si les cadres et les di­ri­geants de l’Etat connais­saient les choses de l’ar­mée. Aus­si, pour les élèves de l’Ecole na­tio­nale d’Ad­mi­nis­tra­tion par exemple, la fa­meuse ENA qui donne les énarques, le Haut Co­mi­té sug­gère-t-il « une obli­ga­tion mi­li­taire d’une du­rée si­gni­fi­ca­tive ». En clair, avant de don­ner des ordres aux ar­mées, de les en­voyer au casse-pipe, sa­voir qui sont ces gens à qui on or­donne, ce qu’ils font et comment ils le font. Voi­là qui ré­jouit votre chro­ni­queur. Et il se dit qu’en plus des énarques, il se­rait bon que maints chro­ni­queurs ses confrères, maints édi­to­ria­listes va-ten-guerre y soient te­nus aus­si, à « une obli­ga­tion mi­li­taire d’une du­rée si­gni­fi­ca­tive ». On li­rait moins de conne­ries.

C’est une de ces fa­milles. Les fa­milles, il y a des gens pour, il y a des gens contre. Une mère de fa­mille est ar­rê­tée, qui avait si­gna­lé la dis­pa­ri­tion de son ma­ri il y a 18mois. C’est qu’on vient de le re­trou­ver à l’état de ca­davre et on la soup­çonne d’être pour quelque chose dans sa ré­duc­tion à cet état. Ima­gi­nez. De­puis de longues an­nées, chau eur-rou­tier, il la contrai­gnait à la pros­ti­tu­tion. Elle est âgée de 37 ans, il en avait 63. Quand elle était jeu­nette, alors sa belle-fille, il avait abu­sé d’elle et avait d’ailleurs été condam­né pour cette re­la­tion avec une mi­neure. Plus tard, donc, dé­bar­ras­sée de son épouse, il l’avait épou­sée et lui avait fait quatre en­fants. Quatre en­fants à s’oc­cu­per, plus cette pros­ti­tu­tion, c’était contra­dic­toire, pas un bon exemple non plus. Puis, leur unique fille gran­dis­sant, il s’était mis à s’y in­té­res­ser de trop près, à sa fille. Toutes bonnes rai­sons, pour une mère, de cra­quer. Les gen­darmes soup­çonnent que c’est elle qui lui a ti­ré la balle dans la tête. Le juge d’ins­truc­tion, quant à lui, a mis en exa­men deux des fils pour re­cel de ca­davre. Ça se passe près de Pa­ray-le-Mo­nial (sa ba­si­lique chef-d’oeuvre de l’art ro­man, ses quatre fleurs de Ville fleu­rie), à La Clayette, dans le Cha­ro­lais (les poules et les mou­tons y sont dits cha­rol­lais, avec deux l, bo­vins et fro­mages cha­ro­lais, avec un seul l, Wi­ki­pé­dia vous ex­pli­que­ra pour­quoi et n’omet­tez pas de ver­ser votre contri­bu­tion, même mo­deste, à cette en­cy­clo­pé­die uni­ver­selle vous avez be­soin d’elle, elle a be­soin de vous).

C’est un de ces sul­tans. Pour lui, comme on dit vul­gai­re­ment, mais on n’est pas sul­tan, tout baigne. Un des hommes les plus riches du monde, Has­sa­nal Bol­kiah a trois épouses qui lui ont don­né cinq princes et sept prin­cesses. Il règne sur Bru­nei, son pé­trole, son gaz na­tu­rel, sa cha­ria, de­puis 50 ans. C’est un ju­bi­lé, 50 ans. Un ju­bi­lé se fête. La fête s’est ou­verte, sous les yeux de son peuple agi­tant des dra­peaux, par le dé­fi­lé du sul­tan dans les rues de sa ca­pi­tale, sur un cha­riot ti­ré par 50 de ses su­jets. S’il leur avait mis des bou­gies al­lu­mées sur la tête, il au­rait pu sou er les 50 bou­gies, mais il les a pas mises. D. D. T. Post-scrip­tum qui n’a rien à voir. 14 oc­tobre 1967, Mar­cel Ay­mé mou­rait. Une pe­tite troupe, ce sa­me­di 14 oc­tobre 2017, se re­trou­ve­ra de­vant le 45 de la rue Po­li­veau, à 4h30 du ma­tin, quand les rues dans la nuit sont dé­sertes, et elle en­tre­pren­dra à pied sa « tra­ver­sée de Pa­ris » sur les pas de Grand­gil et Mar­tin. Se vê­tir an­nées 40, va­lises d’époque où se trou­ve­ront co­chon­nailles qu’à Mont­martre on se par­ta­ge­ra fra­ter­nel­le­ment à la gloire du grand Mar­cel.

Bru­nei, son pé­trole, son gaz na­tu­rel, sa cha­ria.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.