Bloy le fu­rieux

LÉON BLOY. ÉCRI­VAIN LÉ­GEN­DAIRE, PAR EM­MA­NUEL GODO, ÉDI­TIONS DU CERF, 352 P., 24 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - JACQUES NERSON

Pour­quoi Léon Bloy (1846-1917) [photo] ne fi­gure-t-il pas en bonne place dans le ré­ci­tal de Lu­chi­ni, « Des écri­vains parlent d’ar­gent » ? Sa conduite à cet égard fut pour­tant sin­gu­lière : il a tout fait pour en être ré­duit à men­dier son pain en dé­pit de son im­mense ta­lent. En pu­bliant des brû­lots dé­plai­sants avec les­quels il se met­tait tout le monde à dos, croyants et in­croyants. En se fâ­chant avec ses seuls sou­tiens. « J’ai tra­vaillé toute ma vie pour être pauvre avec la même éner­gie que d’autres ont tra­vaillé pour être riches. En ce sens, je suis un par­ve­nu. » Deux de ses en­fants sont morts de ce sui­cide so­cial. Ce fu­rieux n’a pas re­non­cé pour si peu à ful­mi­ner contre les tièdes. Tout chré­tien sans hé­roïsme était un porc à ses yeux. Et « sub­sis­ter, sans groin, dans une so­cié­té sans Dieu », une dis­grâce in­fer­nale. Comme Fran­çois Mau­riac, nous sommes à pré­sent plus sen­sibles à son gé­nie co­mique qu’à l’as­pect apo­ca­lyp­tique de son oeuvre. Ne pas ou­blier qu’il a col­la­bo­ré quelque temps au jour­nal sa­ti­rique « le Chat noir ». On s’étonne qu’Em­ma­nuel Godo, l’au­teur de cet es­sai pas­sion­nant, ne se montre pas plus cri­tique vis-à-vis de son jus­qu’au­bou­tisme. Le mé­tier de dé­cou­ra­geur n’est-il pas in­ter­dit au chré­tien ?

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