A quels titres ?

L'Obs - - Critiques -

Ayant elle-même long­temps tra­vaillé dans des ma­ga­zines fé­mi­nins (par vo­ca­tion, je le pré­cise), votre ser­vi­teuse sait com­bien il est dif­fi­cile de « faire les titres » d’une couv. Des études mar­ke­ting tendent à prou­ver que plus les titres sont écu­lés, plus la lectrice va pen­ser : « Faut trop que j’achète ce ma­ga­zine, il a l’air trop bien. » Ça pa­raît fou, je sais. Et le sys­tème a long­temps mar­ché comme ça. Main­te­nant, comme cha­cun sait, ce sec­teur voit plu­tôt ses ventes bais­ser. A part pour quelques rares « coups » gé­niaux (Bri­gitte Ma­cron en cou­ver­ture du « Elle », no­tam­ment), la mar­tin­gale de la ti­traille a du plomb dans l’aile. Est-ce une ca­tas­trophe ? Je ne le crois pas. C’est peu­têtre même une chance pour ces jour­naux. Je m’ex­plique. Il y a en­core quelques an­nées, le ma­ga­zine de­vait ac­cro­cher le re­gard en kiosque en quelques se­condes. Au­jourd’hui, l’im­mense es­pace des ré­seaux so­ciaux per­met d’ex­pri­mer une mul­ti­tude de choses en cou­ver­ture. Au lieu d’ins­ta­gram­mer leur couv of­fi­cielle, comme une bou­teille à la mer, les ma­ga­zines de mode de­vraient pos­ter pour chaque nu­mé­ro toutes sortes de cou­ver­tures, mon­trant tous les as­pects de leur conte­nu. Il pour­rait y avoir la cou­ver­ture hi­la­rante, celle à la­quelle vous avez échap­pé, celle avec un mo­dèle qui grif­fonne sa propre image, celle avec un écri­vain qui ra­joute des notes de bas de page, celle aus­si de lec­teurs qui s’amusent… On pour­rait même avoir des cou­ver­tures en vi­déos, des in­édits, Vir­gi­nie Des­pentes qui lit un ex­trait de son ro­man, un dan­seur qui fait la ca­briole. Rien n’oblige le ma­ga­zine à être ré­duit à une seule image. Comment ça se fait ? Je veux dire : comment ça se fait que ce soit en­core si plom­bé ? Trop souvent, ré­dac­tions print et numérique sont deux en­ti­tés dif­fé­rentes. Rien dans le sys­tème ac­tuel n’est pré­pa­ré à ce dé­lire ima­gi­na­tif et sans filtre qui est la clé de la vi­ra­li­té. Mais ça va ve­nir. Bé­bés jour­na­listes qui ar­ri­vez sur le mar­ché : oui, les places sont prises, mais celles à in­ven­ter vous tendent les bras.

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