DE­VOIR SUR TABLE AVEC BEN­JA­MIN BIO­LAY

Com­po­si­teur pro­li­fique, mé­lo­mane cu­rieux, chan­teur soyeux… Ben­ja­min Bio­lay – dont le neu­vième al­bum stu­dio, “Vol­ver”, vient de sor­tir – était le can­di­dat idéal pour l’épreuve du blind-test.

L'officiel Hommes - - SOMMAIRE - au­teur Bap­tiste Pié­gay

Vol­ver d’eliades Ochoa

Ben­ja­min Bio­lay : J’écou­tais sou­vent la ver­sion ori­gi­nelle de Car­los Gar­del. Lors­qu’on m’a tra­duit ce texte pour la PRE­MIÈRE FOIS, JE L’AI TROU­VÉ MA­GNI­FIQUE, d’une beau­té et d’une nos­tal­gie ty­piques du tan­go. C’est la quin­tes­sence du chan­teur por­teño, de Bue­nos Aires. Le vers où il évoque son re­tour les tempes blan­chies est su­perbe. Mon père écou­tait beau­coup As­tor Piaz­zol­la, Di­no Sa­luz­zi et Gar­del aus­si. Ma mère met­tait Az­na­vour à fond, et il me fait assez pen­ser aux chan­teurs de tan­go. Le ban­do­néon est un ins­tru­ment de pi­rate, et le tan­go vient de la rue. Ce qui m’émeut le plus, c’est que l’on sent que cette mu­sique est faite par des exi­lés.

Pré­ludes/livre 1. dan­seuses de delphes de de­bus­sy par samson Fran­çois

Je trou­vais ça presque trop simple pour du De­bus­sy, j’aurais plu­tôt dit Ra­vel… Quand j’écoute cette mu­sique, j’ai l’im­pres­sion d’être dans la cour du conser­va­toire à fu­mer une ci­ga­rette et d’en­tendre quel­qu’un ré­pé­ter ce

Pré­lude. J’ai gar­dé des goûts, des cou­leurs, des sou­ve­nirs de sons de mes an­nées d’études. Si j’ai ap­pris à bien jouer du trom­bone à cou­lisses, je n’ai pas ap­pris l’har­mo­nie ou le contre­point. Je suis un au­to­di­dacte, j’ai es­sayé de gar­der cette ap­proche.

Ju­dy is a Punk des ra­mones

Je connais mal les Ra­mones, je connais plus “leurs en­fants”, Wee­zer, les pro­duc­tions si­gnées Ric Oca­sek. Et les dé­lires des Pis­tols me font mar­rer. Mais si l’on consi­dère que les Clash sont punk, alors oui, c’est une ré­fé­rence. Pour leur as­pect contes­ta­taire, mais aus­si le dis­cours po­li­tique qu’ils ont construit. San­di­nis­ta est un chef-d’oeuvre ab­so­lu. Lorsque je com­pose des chan­sons, je n’in­tègre pas di­rec­te­ment la po­li­tique : de temps en temps une phrase passe, mais c’est tout. La forme que j’uti­lise, cou­plet, re­frain, est très com­pli­quée pour être ex­pli­cite. Il fau­drait plu­tôt quelque chose de l’ordre du rap, comme fait 3D dans Mas­sive At­tack. Il n’y a que Dy­lan qui ait vrai­ment réus­si à faire de la chan­son po­li­tique.

lau­ra de Ju­lie lon­don

Quelle lu­mière dans la voix… J’ai tou­jours ai­mé avoir cette chance d’écrire pour des femmes, mais ce n’est pas plus simple que d’écrire pour un homme.

i Want you d’el­vis cos­tel­lo

Pas mon chan­teur de che­vet, mais j’ai une im­mense ad­mi­ra­tion envers lui, pour sa ca­pa­ci­té à être pro­téi­forme, même si je ne suis pas sen­sible à tous ses pro­jets, et que ce n’est sans doute pas le mec le plus sym­pa­thique au monde, no­tam­ment avec ses mu­si­ciens. Vu son talent, il doit avoir une sorte de com­plexe de ne pas être re­con­nu par l’es­ta­blish­ment clas­sique, et ce mal­gré les louanges de Paul Mccartney. Il a fait le tour de la chan­son, je com­prends qu’il ait en­vie d’autre chose. Mais je ne par­tage pas ce com­plexe. C’est comme An­dy Par­tridge, le fon­da­teur du groupe XTC : un ov­ni. J’ai plus de sym­pa­thie pour An­dy.

anyone Who had a heart de dionne War­wick

Peut-être que si Burt Ba­cha­rach [le com­po­si­teur de la chan­son, ndlr] avait aus­si été

au­teur, il au­rait plus chan­té. Quand tu as de la chance d’avoir au­tant de suc­cès, on peut res­ter dans l’ombre. Avec son pa­ro­lier Hal Da­vid, ils for­maient une paire assez unique de gé­nies. Je ne vais pas étu­dier stric­to sen­su les chan­sons des autres, pour ne pas m’en­com­brer de codes ou faire des suc­cé­da­nées. Mais par­fois je me rends compte qu’il y a un élé­ment dans une de mes chan­sons qui peut faire pen­ser à du Ba­cha­rach, et ça me fait plai­sir. Quand je suis en stu­dio, je n’écoute plus rien. Ou alors quelque chose de très loin de ce que je suis en train de faire, du clas­sique ou du Chet Ba­ker chan­tant en ita­lien.

2000 bc DE BASEHEAD

On di­rait G. Love & Spe­cial Sauce. J’aime bien le cô­té un peu foi­reux du chant, qui me fait pen­ser à Ian Brown des Stone Roses. Ça m’a tou­jours pa­ru assez nor­mal d’in­té­grer cer­tains élé­ments de hip-hop dans mes chan­sons, d’es­sayer de dire des choses sans le car­can de la mé­lo­die. J’étais su­per-ja­loux en 1995 lors­qu’akhe­na­ton a sor­ti Mé­tèque

et mat, ce­la res­sem­blait à ce que je vou­lais faire. La chan­son fran­çaise, c’est comme la France : elle est mé­tis­sée ou elle n’est pas. Ba­shung, Tre­net, Gré­co, Az­na­vour aus­si REPRENAIENT DES IN­FLUENCES HÉ­TÉ­RO­CLITES.

Ciao amore, Ciao DE DA­LI­DA

Je n’ai rien contre elle, mais cette chan­son, j’aime assez. Lors­qu’un ar­tiste po­pu­laire me sol­li­cite, j’ai en­vie d’en don­ner ma ver­sion. Je res­pecte leur po­pu­la­ri­té, je n’ai pas en­vie de les abî­mer pour faire le ma­lin.

po­li­ti­cal science DE RANDY new­man

Il maî­trise à la per­fec­tion le cô­té clown triste… Une des chan­sons que je pré­fère de lui, c’est In Ger­ma­ny Be­fore the War. Elle est su­blime et au­da­cieuse dans sa com­po­si­tion. Elle me trans­cende, me happe dans son dé­cor. Il est une som­mi­té, en tout.

HOW in­sen­si­tive DE FRANK SINATRA & an­to­nio CAR­LOS JOBIM

Frank Sinatra a un truc unique, un sens du ti­ming, du swing, du pla­ce­ment. Ce­pen­dant, mon croo­ner pré­fé­ré reste Nat King Cole.

WAY to blue DE NICK DRAKE

C’est au-de­là de la mé­lan­co­lie, c’est mé­di­cal, il me fait pen­ser aux ro­man­tiques al­le­mands… Je trouve ça lu­gubre, je ne peux pas écou­ter. Fran­çoise Har­dy me ra­con­tait qu’elle le re­trou­vait sur son pa­lier, cre­vant à moi­tié de faim. En écri­vant, je mets par­fois un frein sur la ten­ta­tion de l’au­to-api­toie­ment.

Dis-lui que Je L’aime DE Jean Sa­blon

Quelle voix, sur­tout quand tu penses aux mi­cros de l’époque… Jean Sa­blon, Luis Ma­ria­no, j’ai de la ten­dresse pour ce genre de mu­sique.

non È Fran­ces­ca LUCIO BATTISTI

Je suis fan de la mu­sique ita­lienne, de Puc­ci­ni à ça ou Jo­va­not­ti, c’est si sexy ! L’ita­lie est un vrai pays de chan­teurs.

Just Like tom thumb’s blues DE bob DY­LAN

C’est lui, le pa­tron. Dès qu’il chante, on n’en­tend plus que les mu­si­ciens ne sont pas ac­cor­dés ! Au­jourd’hui, c’est im­pos­sible, il y a des ac­cor­deurs élec­tro­niques qui s’al­lu­me­raient dans tous les sens ! Il est au­de­là du punk, il fait ce qu’il veut. Tout est en lui : Pres­ley, Sinatra, Gu­thrie… Co­hen au­rait pu avoir le No­bel, mais per­sonne d’autre que Dy­lan a une telle plume.

Vol­ver (Bar­clay/uni­ver­sal).

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