Re­por­tage : hô­tel Yoo­ma, re­fuge mil­len­nial.

OV­NI BLEU PRO­FOND PO­SÉ SUR LE FRONT DE SEINE, À PA­RIS, CETTE NOU­VELLE AU­BERGE DU FU­TUR PEN­SÉE PAR ORA-ÏTO CASSE LES CODES. CHAMBRES ULTRACONNECTÉES POUR TRI­BUS MO­DERNES, PO­TA­GER BIO SUR L’IM­MENSE TOIT, GA­LE­RIE D’ART DI­GI­TALE…, LE NOU­VEAU LODGE UR­BAIN INVE

Madame Figaro - - Sommaire/Madame Figaro - PAR MA­RIE-CA­THE­RINE DE LA ROCHE / PHO­TOS ÉRIC GARAULT ET BERNHARD WIN­KEL­MANN / RÉA­LI­SA­TION MI­CHÈLE CARLES ET EM­MA­NUELLE EYMERY

LE COMMANDITAIRE, LE DE­SI­GNER, L’AR­TISTE ET LE CUI­SI­NIER : ce pour­rait être un titre à la Pe­ter Gree­na­way, tant ce lieu dé­gage un en­cy­clo­pé­disme sin­gu­lier. Son cube, po­sé sur la dalle du quai de Gre­nelle – Front de Seine fu­tu­riste et ci­né­tique de bé­ton et de mé­tal, ar­chi­tec­tu­ré dans les an­nées 1970, où Wen­ders, Gon­dry, Ver­neuil, Le­louch ont po­sé leur ca­mé­ra –, est une vraie boîte à ma­lice. Né de la vo­lon­té de l’en­tre­pre­nant et ico­no­claste Pierre Be­cke­rich et de l’ima­gi­na­tion d’Ora-ïto, gé­nie vi­brion­nant du de­si­gn, avec la com­pli­ci­té bien ca­den­cée de Da­niel Bu­ren, Yoo­ma n’est dé­fi­ni­ti­ve­ment pas un hô­tel comme les autres. Éco­sys­tème tout à la fois ur­bain-ma­lin, éco­lo-connec­té, ar­ty-dé­com­plexé, on y vient à deux, à six, en fa­mille, en tri­bu, y po­ser ses va­lises et y dor­mir à bud­get rai­son­né. Mais aus­si, en toute Yoo­ma-ni­té (jeu de mots avec le terme an­glais « hu­ma­ni­ty »), pour y boire un fla­con à la bonne fran­quette, y par­ta­ger des nour­ri­tures cé­lestes cueillies sur le toit, y voir et y chi­ner du de­si­gn… Vi­site gui­dée.

BLEU… BU­REN. Au bâ­ti : Da­niel Bu­ren, l’homme des co­lonnes du Pa­lais-Royal, des « Ca­banes im­bri­qués écla­tées », des sites dans les sites, des lieux dans les lieux, qui frag­mente et zèbre l’es­pace de ses cou­leurs franches et de ses bandes pas­santes pour mieux mul­ti­plier les points de vue. « Le bleu in­di­go, pour faire contre­point à la gamme de l’es­pla­nade (les buil­dings en­vi­ron­nants sont rouges, orange…), s’est tout de suite im­po­sé », ra­conte-t-il. Sur cette trame viennent cou­rir ses fa­meuses bandes noires et blanches le long des murs, des cou­loirs… en un al­ler-re­tour conti­nu entre l’ex­té­rieur et l’in­té­rieur. Un de­dans-de­hors qui rythme l’es­pace, fil conduc­teur de la quête ar­chi­tec­tu­rale de l’ar­tiste. De­puis le Pa­lais-Royal, c’est sa pre­mière oeuvre pé­renne ! Et Ora-ïto de s’en­thou­sias­mer : « Seul Da­niel pou­vait faire de ce bâ­ti­ment ra­té et aban­don­né de­puis des di­zaines d’an­nées une oeuvre d’in­té­rêt. C’est de­ve­nu un ob­jet com­mun, un Bu­ren-ïto. »

UR­BAN LODGE. L’idée : ré­pondre au be­soin de la gé­né­ra­tion Y. Une gé­né­ra­tion hé­do­niste et connec­tée, qui voyage en tri­bu, en fa­mille, en bande d’amis. Et à qui l’hô­tel­le­rie clas­sique, pas plus que le sans-ser­vice du Airbnb, n’offre de ré­ponse. Un ter­rain de jeu sur me­sure pour Ora-ïto, dont l’es­prit gra­phique et lu­dique n’aime rien tant qu’em­boî­ter formes et usages. Sur les cent six chambres de l’hô­tel, 80 % peuvent ac­cueillir de quatre à six per­sonnes. Les lits ban­nettes re­cèlent la même li­te­rie que celle du Pla­za Athé­née. À por­tée de char­geur, prises USB et Wi­Fi pour tous. Bai­gnoire en­fant à dis­po­si­tion pour les pe­tits et vi­sio­phone pour pou­voir dî­ner ou boire un verre en gar­dant un oeil sur la cham­brée. La­ve­rie pour faire tour­ner une ma­chine, salles de jeux, de sport,

UN RO­BOT MAJORDOME. Il vous ac­cueille dans le hall d’en­trée. Et peut, si vous le dé­si­rez, faire votre check-in. De son pe­tit ventre bleu sort alors la carte ma­gné­tique d’ac­cès à votre chambre. Le code-barres de cette der­nière peut même être en­tré dans votre té­lé­phone, qui de­vien­dra sé­same. LE PO­TA­GER AU SOM­MET. Herbes aro­ma­tiques, lé­gumes, baies, fleurs… Vingt mille plants oc­cupent les mille mètres car­rés du toit. C’est à ce spec­ta­cu­laire po­ta­ger plan­té en cais­sons que le chef Di­mi­tri Szy­dy­war s’ap­pro­vi­sionne au quo­ti­dien. Ain­si que quelques Pa­ri­siens chan­ceux, à qui sont concé­dés, le­çon de jar­di­nage à l’ap­pui, quelques ar­pents de cette ex­ploi­ta­tion ma­raî­chère à ciel ou­vert.

LE GOÛT DU PAR­TAGE. Le res­tau­rant peut ac­cueillir cent trente cou­verts. Il est ou­vert à tous mi­di et soir. Au me­nu, bio et dé­mo­cra­tique (30 € en­vi­ron) : des as­siettes qui font la part belle à la manne po­ta­gère du toit et des plats à par­ta­ger pour les tri­bus. Cô­té vins : de grandes éti­quettes, mais aus­si 70 % de pe­tits pro­duc­teurs. Au verre, on paie au pro­ra­ta du prix de la bou­teille. Et si l’on dé­cide d’em­por­ter cette der­nière, elle est pro­po­sée au ta­rif ca­viste. DES AS­SISES DE­SI­GN. De styles va­riés et d’époques dif­fé­rentes, toutes les chaises du res­tau­rant sont uniques et si­gnées par un de­si­gner. Cha­cune porte une éti­quette in­di­quant l’an­née et le nom de l’ar­tiste qui l’a conçue. Et aus­si un code QR grâce au­quel on peut sa­voir où la trou­ver, à quel prix, dé­cou­vrir son his­toire… RE­CETTES

CONNEC­TÉES. Un plat vous plaît au res­tau­rant ? Avec le Fla­sh­code qui s’af­fiche sur l’ad­di­tion, il est pos­sible d’en ré­cu­pé­rer la fiche re­cette sur In­ter­net. Mieux : on peut la re­faire avec le chef, qui donne des cours six jours sur sept à l’ate­lier de cui­sine.

UNE FE­NÊTRE SUR L’ART. Un écran géant in­ter­ac­tif, ins­tal­lé dans le lob­by, per­met de faire dé­rou­ler deux cents oeuvres d’ar­tistes : comme une sorte de ba­lade ar­ty dans les ga­le­ries de Pa­ris où l’on va et vient avec une ta­blette. Et, là en­core, si une oeuvre d’art sé­duit, on peut être mis en re­la­tion di­rec­te­ment avec la ga­le­rie où elle se trouve. Et, au sein même de l’hô­tel, trois ate­liers ac­cueillent des ar­tistes en ré­si­dence pour une pé­riode de trois à six mois. Leur tra­vail est en­suite ex­po­sé in si­tu. Bref, Yoo­ma in­carne l’au­berge es­pa­gnole de de­main, un mel­ting-pot joyeux, de­si­gn, high-tech, qui cultive son po­ta­ger, mul­ti­plie les lits par six, et vous fait voir la vie par le prisme de ses bandes. Celles de Bu­ren et de ses néo­no­mades en quête de ser­vices bien com­pris et éco-de­man­deurs. Le monde change, l’en­vie du monde aus­si. Bien­ve­nue dans cet ur­ban lodge dont Ora-ïto est le ta­len­tueux et fa­cé­tieux thau­ma­turge.

Ci-des­sus, la fa­çade de l’hô­tel Yoo­ma, gan­sée de mé­tal po­li et tra­ver­sée par le bleu Bu­ren, quai de Gre­nelle, à Pa­ris. À droite, Yoo­ma, c’est aus­si le nom du ro­bot de l’hô­tel, qui vous ac­cueille avec son smi­ley, fait votre check-in ou vous guide vers la ré­cep­tion.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.