La Mon­tagne de Reims

Entre Reims et Éper­nay se dé­ploie un pay­sage de co­teaux cou­verts de vignes, cou­ron­nés de fo­rêts, ponc­tué çà et là de vil­lages ra­mas­sés. De ces vignes naît le cham­pagne, une manne ex­cep­tion­nelle qui a dé­ter­mi­né l’oc­cu­pa­tion de ses sols, les ca­rac­té­ris­tique

Maison et Travaux - - Sommaire - Textes : So­phie Gia­gno­ni. Pho­tos : An­to­nio Duarte.

Un océan de vignes

Les co­teaux plan­tés de vignes ne consti­tuent pas la to­ta­li­té des pay­sages de la Mon­tagne de Reims. Celle- ci abrite aus­si, en son centre, un grand pla­teau ar­gi­leux cou­vert de fo­rêts, et sur ses marges mé­ri­dio­nales quelques plaines et val­lées al­lu­viales où se sont dé­ve­lop­pés agri­cul­ture et éle­vages. Mais si les co­teaux ne consti­tuent pas la to­ta­li­té de ses pay­sages, leurs longues pentes cou­vertes de vignes n’en de­meurent pas moins em­blé­ma­tiques. Ce sont eux que l’Unes­co a ins­crits sur la liste du pa­tri­moine mon­dial, aux cô­tés des mai­sons et des caves de Cham­pagne. Car c’est ici que s’est dé­ve­lop­pée la mé­thode d’éla­bo­ra­tion des fa­meux vins ef­fer­ves­cents au dé­but du XVIIe siècle,

sous la forme d’une ac­ti­vi­té ar­ti­sa­nale de­ve­nue au­jourd’hui agro-in­dus­trielle. Le vi­gnoble forme ici un pay­sage tra­vaillé, or­don­né et on­du­lant, que n’in­ter­rompent que quelques îlots boi­sés. Pour son ex­ploi­ta­tion, les hommes ont construit dans la vigne elle-même des loges, petites ca­banes dans les­quelles ils en­tre­po­saient leurs ou­tils, et sur ses bor­dures, au con­tact des vil­lages, de pres­soirs, des cu­ve­ries, des ven­dan­geoirs... bâ­ti­ments agri­coles do­tés de grands vo­lumes, mais aus­si par­fois de riches mo­dé­na­tures, sur­tout lors­qu’ils ap­par­tiennent à de grandes mai­sons de cham­pagne. Un ha­bi­tat grou­pé Ces bâ­ti­ments agri­coles, lors­qu’ils sont ou­vra­gés, dé­tonnent avec la sim­pli­ci­té des mai­sons de vil­lage : formes simples, gé­né­ra­le­ment rec­tan­gu­laires, coif­fées de toi­tures deux pans in­cli­nées entre 30° et 45°. Dans les coeurs de vil­lage, le bâ­ti est dense. Les pro­prié­tés s’or­ga­nisent en U, au­tour de cours fer­mées, flan­qués de bâ­ti­ments construits en li­mites de par­celles, mi­toyens ain­si de ceux des voi­sins. Ces bâ­ti­ments or­ga­nisent et en­serrent des es­paces in­té­rieurs : cours et jar­dins,

sur les­quels de petites construc­tions viennent par­fois em­pié­ter. Ce tis­su dense est d’au­tant plus dif­fi­cile à per­ce­voir qu’il se cache sou­vent der­rière les fa­çades que re­laient de hauts murs de clô­ture.

Pa­lette de beiges

En fonc­tion de la ré­par­ti­tion des ma­té­riaux lo­caux, ces mai­sons ont été construites en meu­lières, en roches cal­caires ou en car­reaux de terre. Leurs fa­çades s’ins­crivent dans une riche pa­lette des beiges. La meu­lière se trouve pré­sente sur­tout sur le pla­teau de la Mon­tagne de Reims. Pierre dure in­sen­sible aux re­mon­tées ca­pil­laires, elle est fré­quem­ment mise en oeuvre dans les sou­bas­se­ments. Ex­traite dans les en­vi­rons de Reims, la craie est au contraire une roche tendre et fra­gile. Sen­sible aux écra­se­ments, elle trouve sa place dans les élé­va­tions, les bâ­ti­ments peu éle­vés. Grès et cal­caires do­minent quant à eux dans le sec­teur ouest de la Mon­tagne de Reims. Em­ployés en moel­lons, gé­né­ra­le­ment en­duits à pierre vue, ils servent aus­si bien aux sou­bas­se­ments qu’aux élé­va­tions. À ces pierres s’ajoutent les car­reaux de terre, briques d’ar­gile crue

La brique cuite donne le ton

mises le plus sou­vent en oeuvre dans les élé­va­tions et re­cou­vertes d’en­duits étanches. Au­tant de ma­té­riaux dis­tincts qui se re­trouvent ré­gu­liè­re­ment com­bi­nés dans les construc­tions. Détails es­thé­tiques La so­brié­té des vo­lumes et le ca­rac­tère lo­cal des ma­té­riaux n’in­ter­disent pas la re­cherche es­thé­tique. Cor­niches, ban­deaux, en­ca­dre­ments ou­vra­gés, élé­ments de ser­ru­re­rie, or­ne­ments de toi­ture, em­mar­che­ments des pierres, sy­mé­trie des ou­ver­tures, im­poste de porte des­sinent ici des fa­çades bien com­po­sées, que rythment touches de cou­leur et élé­ments de fan­tai­sie. La brique cuite consti­tue un élé­ment im­por­tant de dé­co­ra­tion. On la trouve mise en oeuvre dans les dif­fé­rents élé­ments de mo­dé­na­ture ci-des­sus ci­tés. De ma­nière gé­né­rale, les as­so­cia­tions de ma­té­riaux offrent dans cette ré­gion au­tant d’oc­ca­sions de com­po­si­tions élé­gantes

Cha­me­ry est im­plan­té au pied d’un co­teau de la Mon­tagne de Reims, dans la par­tie sep­ten­trio­nale du parc na­tu­rel. Il in­carne le vil­lage cham­pe­nois : mas­sées au­tour de son clo­cher haut de 56 mètres, vé­ri­table phare vi­sible de loin dans l’océan des vignes, ses mai­sons de vi­gne­rons règnent sur un vi­gnoble de 200 hec­tares.

2

3

1

3

3.

Nombre de char­tils pos­sèdent de beaux en­ca­dre­ments en anse de pa­nier. Ces porches per­mettent le pas­sage de vé­hi­cules agri­coles, et offrent un es­pace où tra­vailler à l’abri.

2

2.

Les détails ar­chi­tec­tu­raux abondent : lam­bre­quins, ban­deaux d’or­ne­ment, im­postes vi­trées, garde-corps en mé­tal ou heur­toir, tel ce­lui-ci vi­sible au porche d’une mai­son d’Ay.

1.

À Haut­vil­lers, cette cave de cham­pagne ins­crite au Pa­tri­moine mon­dial de l’Unes­co ap­pa­raît sur­mon­tée d’une très belle voûte ap­pa­reillée en craie et brique. 1

2.

Éper­nay, avec son ave­nue de Cham­pagne bor­dée des mai­sons de com­merce, dé­ploie une ar­chi­tec­ture de pres­tige ma­gni­fique. 2

3

3.

Des de­meures qui in­carnent l’image du cham­pagne et sont le sym­bole de l’art de vivre à la fran­çaise...

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.