L'es­prit de la li­ber­té

Maisons Normandie - - Sommaire - DOS­SIER ES­PRIT DE LA LI­BERTE Re­por­tage : Mi­chel Her­man – Pho­tos : Sa­bi­na Lor­kin.

Spi­rit of 1944 est une mai­son d'hôtes à nulle autre pa­reille. Elle vous re­plonge dans l'at­mo­sphère des an­nées 40 sans pour au­tant s'ap­pa­ren­ter à une mai­son-mu­sée. Bien au contraire, avec tout le confort et les agré­ments du XXIE siècle, elle vous res­ti­tue fi­dè­le­ment, à par­tir de do­cu­ments et ma­té­riels d'ori­gine, les an­nées noires de l'op­pres­sion et le sur­saut ma­gni­fique de l'es­pé­rance et de la vic­toire. Un sé­jour de mé­moire qui exalte la li­ber­té et l'es­prit de ré­sis­tance.

Ba­sée à La Cambe, cette an­cienne ferme est si­tuée entre deux an­ciennes pistes d'avia­tion de L'US Air Force, qui ont ser­vi de base de dé­part pour la li­bé­ra­tion de l'eu­rope. Ses murs sont lar­ge­ment dé­co­rés d'af­fiches, de pho­tos, d'ex­traits de jour­naux, d'uni­formes tan­dis que les meubles ex­posent des ra­dios, des té­lé­phones et autres ac­ces­soires d'époque. Pas­sion­nés par l'his­toire de la Se­conde Guerre mon­diale, ses pro­prié­taires ve­naient très ré­gu­liè­re­ment en Nor­man­die pour vi­si­ter les in­nom­brables mu­sées d'ar­ro­manches - les-bains à Utah Beach et de Sainte Mère Église à Oma­ha Beach… Toute la ré­gion fut un ex­tra­or­di­naire champ de ba­taille qui compte au­jourd'hui quelque cin­quante à soixante lieux de vi­sites ! Pour prendre le temps de tout dé­cou­vrir, il faut comp­ter une se­maine…

Pas une route, pas un vil­lage, pas un pont ne portent les stig­mates des com­bats qui ont eu lieu il y'a plus de soixante-dix ans mais qui ré­sonnent en­core dans toutes les mé­moires. L'his­toire de la Nor­man­die était dé­jà très riche mais elle de­ve­nue mon­diale le 6 juin 1944 l'ors­qu' à l'aube les Amé­ri­cains, les An­glais, les Ca­na­diens et une poi­gnée de Fran­çais se sa­cri­fièrent en pre­nant d'as­saut les plages nor­mandes pour li­bé­rer le con­tinent de la bar­ba­rie na­zie. Lais­sons les pro­prié­taires eux-mêmes nous confier com­ment fut créée cette mai­son d'hôtes : « Lit­té­ra­le­ment im­mer­gés dans l'his­toire toute la jour­née, lors de nos vi­sites, nous ne vou­lions pas quit­ter cette pé­riode pour al­ler di­ner ou dor­mir dans d'autres lieux. Même si les hô­tels et les mai­sons d'hôtes de la ré­gion sont très sou­vent agréables, ils vivent dans le pré­sent…

Nous est alors ve­nue l'idée de re­cons­ti­tuer tout un style de vie avec sa dé­co­ra­tion, son éclai­rage, sa mu­sique, ses cou­leurs d'époque, nous avons vou­lu pro­po­ser un voyage dans le temps, per­mettre à nos hôtes de res­ter toute la du­rée du sé­jour en 1944 à tra­vers les mo­bi­liers, les ac­ces­soires, les ma­tières… » Dans la mai­son ber­cée par la mu­sique du Ma­jor Glenn Miller, tout est an­cien ou d'es­prit an­cien des an­nées 1940. Bien sûr, on trouve de dis­crètes touches de mo­der­ni­té qui amé­liorent le confort et par­ti­cipent au bien-être des hôtes mais l'am­biance d'un temps pas­sé, d'une époque où les va­leurs hu­maines étaient pri­mor­diales, est pré­ser­vée. Chez Spi­rit of 1944, tout porte la marque de cette an­née du Dé­bar­que­ment et de la cam­pagne de Nor­man­die, on y trouve un grand nombre de pièces ori­gi­nales qui au­raient cer­tai­ne­ment leur place dans un mu­sée.

Il faut dire que le lieu s'y prête par­ti­cu­liè­re­ment, la ferme a été construite en 1750 ; entre 1941 et 1944, elle fut oc­cu­pée par l'ar­mée al­le­mande car si­tuée non loin de la Kom­man­dan­tur… jus­qu'au 6 juin, dans la nuit où la 29ème d'in­fan­te­rie amé­ri­caine dé­lo­gea les Al­le­mands du vil­lage et de ses alen­tours. Mais l'his­toire ne s'ar­rê­ta pas là car la mai­son fut en­suite le re­fuge des avia­teurs de L'US Ar­my Air Force dont les P51 Mus­tang ou les P47 Thun­der­bold étaient sta­tion­nés à proxi­mi­té sur deux aé­ro­dromes pro­vi­soires, c'est pour ce­la que les ex­té­rieurs sont ja­lon­nés de ma­té­riel d'époque… Entre deux mis­sions pé­rilleuses, ils ve­naient s'y re­po­ser et trou­ver les bons pro­duits nor­mands, ce qui quelques dé­cen­nies plus loin n'a pas chan­gé… Le grand Père de Ba­rak Oba­ma était mé­ca­ni­cien sur l'aé­ro­port dont on trouve en­core les ves­tiges sur les ter­rains de la ferme.

Au-de­là de ce tou­risme de mé­moire si pré­sent, si émou­vant, les pro­prié­taires sont tom­bés sous le charme de la Nor­man­die, un écrin de ver­dure et de tran­quilli­té où il fait bon vivre entre la cam­pagne et la mer… Ils ont quit­té Pa­ris pour s'y ins­tal­ler il y' a trois ans. La mai­son est en constante évo­lu­tion en fonc­tion de leurs trou­vailles gla­nées dans les vi­des­gre­niers, les bourses, les bro­cantes ou les échanges. Chaque an­née, un ob­jec­tif nou­veau, une ac­ti­vi­té nou­velle sont pro­po­sés aux hôtes : d'une pro­me­nade en Jeep sur les plages à une pa­trouille de nuit avec les pa­ra­chu­tistes de la 101ème. Spi­rit of 1944 n'est pas qu'une mai­son d'hôtes, c'est un style de vie, dont nos amis ne sont que les hé­ri­tiers conscien­cieux, de vrais pas­seurs de mé­moires…

Cette grande ferme du pays d'auge a connu les heures sombres de l'oc­cu­pa­tion et la pé­riode glo­rieuse de la Li­bé­ra­tion. Ses pro­prié­taires l'ont trans­for­mée en un lieu de mé­moire, une des­ti­na­tion in­con­tour­nable pour toutes les gé­né­ra­tions.

Ci-contre : le jer­ri­can de L'US Ar­my en guise de pied de table.

Ci-des­sous : une ra­dio d'époque où l'on pou­vait écou­ter, sur les ondes de la BBC, l'émis­sion la plus

cé­lèbre des an­nées 40 : « Les Fran­çais parlent aux Fran­çais ».

En bas : les stu­dios hol­ly­woo­diens contri­buèrent à leur ma­nière à la lutte grâce à Char­lie Cha­plin :

la dé­ri­sion et le sar­casme bien ci­blés sont tou­jours des armes ef­fi­caces contre la dic­ta­ture

Un dra­peau amé­ri­cain et la Croix de Lor­raine, des ob­jets et des ac­ces­soires en vi­trine, par­tout l'on dé­couvre des signes et des traces de cette époque dans l'at­mo­sphère pai­sible de cette ferme au­ge­ronne.

L'équi­page an­glais du Men­phis Belle, le lé­gen­daire bom­bar­dier B-17, aus­si sur­nom­mé « la for­te­resse vo­lante », dont l'épo­pée fut por­tée à l'écran.

De gauche à droite Ei­sen­ho­wer et Chur­chill avec ces mots : « Al­lons de l'avant tous en­semble. »

Les deux vi­sages de la France : en haut, l'es­pé­rance et le sur­saut ; en bas, la tra­hi­son et l'af­fais­se­ment.

Pour res­ter dans le ton, un dé­cor de pa­que­bots et de ba­teaux à va­peur d'époque, à l'heure de prendre son bain.

Cette de­vise : « Res­tez calme et con­ti­nuez ! » fut im­pri­mée sur une af­fiche par le gou­ver­ne­ment bri­tan­nique. Il s'agis­sait alors de sti­mu­ler le mo­ral de la po­pu­la­tion quand com­men­cèrent les hos­ti­li­tés de la Se­conde Guerre mon­diale.

La chambre Wins­ton Chur­chill, le sym­bole de la ré­sis­tance bri­tan­nique à l'hydre na­zie. Du cô­té pa­ter­nel, à l'époque de Guillaume-le-conqué­rant, l'un de ses an­cêtres fut châ­te­lain de Gi­sors.

La chambre du Gé­né­ral Dwight D. Ei­sen­ho­wer et sa de­vise : « Les hé­ros sont des hommes or­di­naires qui font des choses

ex­tra­or­di­naires dans des mo­ments

ex­tra­or­di­naires »

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