L'AMOUR DES MAI­SONS AN­CIENNES

Maisons Normandie - - Sommaire - Textes : Co­rinne Tar­gat Pho­tos : Gilles Tar­gat

Cette très belle mai­son res­tau­rée par un es­thète fé­ru de mai­sons tra­di­tion­nelles trône au mi­lieu des vertes prairies de la baie des Veys à un jet de pierre d'isi­gny. Al­liant la quête ef­fré­née de l'au­then­tique à un art de vivre raf­fi­né et sub­til, les maîtres des lieux ont trans­for­mé cette modeste de­meure ru­rale en un temple du bon goût cos­mo­po­lite.

Lorsque Ben, ci­toyen bri­tan­nique dé­bar­qué en Nor­man­die dé­couvre cette dé­pen­dance de la grande ferme voi­sine, il tombe im­mé­dia­te­ment sous le charme. La de­meure du XIXE siècle a be­soin d'un grand ra­frai­chis­se­ment, mais pour cet es­thète et son épouse grands dé­fen­seurs du pa­tri­moine, il n'est pas ques­tion de dé­fi­gu­rer le bâ­ti au nom du confort. Pour lui, lors­qu'une mai­son a sur­vé­cu deux siècles, il est qua­si­ment cri­mi­nel d'en faire dis­pa­raître les ma­té­riaux d'ori­gine au pro­fit de sub­sti­tuts, qui en rui­ne­raient à ja­mais le charme. La fa­çade ma­jes­tueuse en pierre de Caen capte la lu­mière avec élé­gance. Dis­crète et cha­leu­reuse, elle rompt avec la sy­mé­trie clas­sique lais­sant de­vi­ner de vastes es­paces in­té­rieurs. La porte cen­trale coif­fée d'une mar­quise n'avait pu être res­tau­rée, un me­nui­sier lo­cal a réus­si la ga­geure de la re­pro­duire à l'iden­tique, seule l'im­poste qui la sur­monte a pu être conser­vée.

Ne pas dé­fi­gu­rer le bâ­ti au nom du confort

Les murs avaient be­soin d'être iso­lés, il n'était donc pas ques­tion de plaques de plâtre. C'est la mé­thode an­ces­trale qui se de­vait d'être em­ployée. Avec une pre­mière couche de chaux de cinq cen­ti­mètres et une se­conde couche de fi­ni­tion de chaux et sable de cinq mil­li­mètres les murs sont par­fai­te­ment pro­té­gés et pré­sentent un ma­gni­fique as­pect tout en nuances chaudes. Ce pro­cé­dé offre l'avan­tage d'une iso­la­tion ther­mique op­ti­male et sur­tout une pro­tec­tion contre l'hu­mi­di­té na­tu­relle très ef­fi­cace. Plus pré­oc­cu­pant en­core que les murs, l'état du sol était ca­tas­tro­phique. Ja­dis mal­trai­té et com­blé par un bé­ton fis­su­ré, il ne pou­vait être conser­vé en l'état. Après de studieuses re­cherches le pro­prié­taire op­ta pour du tra­ver­tin, rap­pe­lant la pierre lo­cale. Par un as­tu­cieux dis­po­si­tif, un chauf­fage au sol a été conçu sous ces dalles de 14 mil­li­mètres confé­rant une tem­pé­ra­ture idéale sans sa­cri­fier à l'es­thé­tique. Au sa­lon, dont les poutres en orme sa­blé ont gardé le lien avec l'his­toire, la dé­co­ra­tion rap­pelle les ra­cines bri­tan­niques de Ben. Le goût du par­tage de bons mo­ments au coin du feu dans de con­for­tables ca­na­pés aux tis­sus fleu­ris en­tou­ré de meubles d'époque ré­pond à la dé­fi­ni­tion du style Shab­by chic, fu­rieu­se­ment ten­dance au­jourd'hui. La che­mi­née du sa­lon était gros­sière et mas­sive et se de­vait d'être rem­pla­cée. C'est dans la Creuse que Ben est al­lé dé­ni­cher cet élé­gant âtre en pierre blanche. Par­fai­te­ment conforme au style lo­cal, la che­mi­née dis­tille sa cha­leur et son élé­gance en os­mose avec la mai­son.

Les murs de l'es­ca­lier cen­tral aux marches pa­ti­nées par les pas ont été pa­tiem­ment dé­bar­ras­sés de leur en­duit et les joints re­faits par Ben, qui li­vra alors quelques com­bats aux lois de l'équi­libre ! Plu­sieurs grandes chambres se par­tagent l'es­pace à l'étage, dans la par­tie noble qui de­vait être oc­cu­pée par les maîtres, une an­ti­chambre ser­vant de bu­reau est or­née d'un pa­pier peint Far­row & Ball aux mo­tifs de gly­cines. Une pièce cen­trale à dû être di­vi­sée en deux pour en faire un dres­sing at­te­nant à la chambre prin­ci­pale et pour créer une salle de bain d'autre part. Cette modeste conces­sion à la mo­der­ni­té a alors du être consen­tie par Ben. Lors de son ac­qui­si­tion, la mai­son était do­tée d'un chauf­fage cen­tral, mais était to­ta­le­ment dé­pour­vue de sa­ni­taires ! Des­ti­née à dé­fier le temps la so­lide bâ­tisse pour­ra en­core long­temps veiller sur les prairies qui la bordent et tra­ver­ser les époques et les modes avec mo­des­tie et charme so bri­tish.

Prendre de la hau­teur

Les grands arbres sont les té­moins de l'his­toire an­ces­trale de la ferme.

Ci-contre : la che­mi­née mo­nu­men­tale ac­cueille un su­perbe pia­no La­canche. Ci-des­sous : une cui­sine d'épi­cu­riens pour des re­pas de fête au quo­ti­dien.

Ca­na­pés moel­leux et meubles d'époque. Style de dé­co­ra­tion né dans les an­nées 80, le Shab­by Chic as­so­cie les tis­sus fleu­ris au mo­bi­lier pa­ti­né (de shab­by : fa­ti­gué, usé en an­glais). Les cou­leurs pou­drées et pas­tels y sont mises à l'hon­neur.

Cette épo­pée sculp­tée pro­vient de Zan­zi­bar.

Les marches de l'es­ca­lier cen­tral, po­lies par le temps.

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