EM­MA­NUEL MA­CRON PRÉ­SIDENT : QUELLES PERS­PEC­TIVES FIS­CALES EN 2018 ?

Exo­né­ra­tion de taxe d'ha­bi­ta­tion, aug­men­ta­tion de la contri­bu­tion so­ciale gé­né­ra­li­sée (CSG) sur les re­traites, in­di­vi­dua­li­sa­tion de l'im­pôt sur le re­ve­nu, allègement de l’im­pôt sur la for­tune (ISF), re­port ou abro­ga­tion du pré­lè­ve­ment de l'im­pôt à la sour

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Exo­né­ra­tion de taxe d'ha­bi­ta­tion, aug­men­ta­tion de la contri­bu­tion so­ciale gé­né­ra­li­sée (CSG) sur les re­traites, in­di­vi­dua­li­sa­tion de l'im­pôt sur le re­ve­nu, allègement de l’im­pôt sur la for­tune (ISF), re­port ou abro­ga­tion du pré­lè­ve­ment de l'im­pôt à la source... A quoi res­sem­ble­ra le pay­sage fis­cal pour les mé­nages en 2018 ?

Sur le plan fis­cal, l’exé­cu­tif se met­tra à l’oeuvre à par­tir de cet été en vue de pré­sen­ter une loi plu­ri­an­nuelle et un pro­jet de loi de fi­nances pour 2018 à l’au­tomne. A ce stade, le sort ré­ser­vé aux me­sures fis­cales is­sues du pro­gramme pré­si­den­tiel d'em­ma­nuel Ma­cron est sou­mis à plu­sieurs aléas : l’ob­ten­tion d'une ma­jo­ri­té de dé­pu­tés La Ré­pu­blique en Marche (LRM) à l'as­sem­blée na­tio­nale à l'is­sue des élec­tions lé­gis­la­tives, la né­ces­si­té d'éven­tuelles al­liances avec d'autres groupes par­le­men­taires, des ar­bi­trages dé­fi­ni­tifs dans le pro­jet de loi de fi­nances sus­cep­tibles d'évo­luer ou en­core le vote d'amen­de­ments par le Par­le­ment, qui est sou­ve­rain en ma­tière fis­cale.

ALLÈGEMENT DE LA TAXE D'HA­BI­TA­TION DE 2018 À 2020

Plus de 30 mil­lions de foyers sont sou­mis à la taxe d'ha­bi­ta­tion pour 22 mil­liards d'eu­ros de re­cettes au pro­fit des col­lec­ti­vi­tés lo­cales, soit un mon­tant moyen de 734 eu­ros. Em­ma­nuel Ma­cron en­tend sup­pri­mer la taxe d'ha­bi­ta­tion pour 80% des Fran­çais, à l'ex­cep­tion des plus ai­sés. Du­rant les deux der­niers mois de sa cam­pagne, le Pré­sident élu n'a ces­sé de dé­cla­rer que cet im­pôt lo­cal était « le plus in­juste des im­pôts ». L'exo­né­ra­tion de­vrait en­trer en ap­pli­ca­tion par étapes, de 2018 à 2020. Il n'y au­ra donc au­cun chan­ge­ment cette an­née : la taxe d'ha­bi­ta­tion se­ra payable nor­ma­le­ment en 2017.

AUG­MEN­TA­TION DE LA CSG SUR LES RE­TRAITES

Ac­tuel­le­ment, en­vi­ron 40% des re­trai­tés bé­né­fi­cient d'un taux ré­duit de CSG (contri­bu­tion so­ciale gé­né­ra­li­sée) ou d'une exo­né­ra­tion sur la pen­sion que leur verse leur or­ga­nisme de re­traite. Pour ces re­trai­tés mo­destes exo­né­rés de CSG ou sou­mis au taux de 3,8%, la si­tua­tion se­ra in­chan­gée en 2018. En re­vanche, les autres, as­su­jet­tis au taux plein (6,6%) su­bi­ront une ma­jo­ra­tion de 1,7 point à 8,3%. Cette aug­men­ta­tion de la CSG sur les re­traites est pré­sen­tée par Em­ma­nuel Ma­cron comme une me­sure de so­li­da­ri­té à consen­tir par les se­niors les plus ai­sés en fa­veur des plus jeunes qui tra­vaillent, en vue de fi­nan­cer l'allègement des co­ti­sa­tions so­ciales sa­la­riales pour aug­men­ter les sa­laires nets. Les sa­la­riés se­ront aus­si sou­mis à cette ma­jo­ra­tion de 1,7 point du taux de CSG mais pas à leur dé­tri­ment : ils se­ront ga­gnants grâce à une di­mi­nu­tion plus im­por­tante en­core des co­ti­sa­tions (-3,15 points).

IN­DI­VI­DUA­LI­SA­TION DE L'IM­PÔT SUR LE RE­VE­NU

Pour le cal­cul de l'im­pôt sur le re­ve­nu, les per­sonnes unies par un Pacs ou un ma­riage mettent ac­tuel­le­ment leurs re­ve­nus en com­mun, c'est ce que l'on ap­pelle la conju­ga­li­sa­tion de l'im­pôt. Un prin­cipe ac­cu­sé d'en­tre­te­nir l'in­ac­ti­vi­té des femmes et les in­éga­li­tés de sa­laires entre les sexes puisque les femmes, qui tra­vaillent plus sou­vent à temps par­tiel que les hommes, sont dé­cou­ra­gées à tra­vailler da­van­tage. « Ce­la pèse par­ti­cu­liè­re­ment sur le conjoint qui a le re­ve­nu le plus faible - sou­vent une femme - pour la­quelle une hausse du re­ve­nu d'ac­ti­vi­té (sa­laire ou tra­vail in­dé­pen­dant) donne lieu à un sup­plé­ment d'im­pôt plus im­por­tant que si elle était seule », a re­le­vé l'équipe de cam­pagne d'em­ma­nuel Ma­cron pen­dant la pé­riode pré-élec­to­rale. C'est la rai­son pour la­quelle dans son pro­gramme fis­cal, le hui­tième pré­sident de la Vème Ré­pu­blique pro­pose la créa­tion d'une op­tion d'in­di­vi­dua­li­sa­tion de l'im­pôt sur le re­ve­nu au mo­ment de la dé­cla­ra­tion de re­ve­nus, dans le cadre d'une po­li­tique fa­mi­liale et fis­cale qui se veut plus « in­ci­ta­tive pour les femmes qui sou­haitent tra­vailler ».

PRÉ­LÈ­VE­MENT DE L'IM­PÔT À LA SOURCE : IN­CER­TI­TUDE

Une loi de fi­nances vo­tée sous Fran­çois Hol­lande pré­voit l'ins­tau­ra­tion du pré­lè­ve­ment de l'im­pôt sur le re­ve­nu à la source au 1er jan­vier 2018. Les em­ployeurs et les caisses de re­traite au­raient ain­si le rôle de tiers col­lec­teur de l'im­pôt au mois le mois pour le compte de l'ad­mi­nis­tra­tion fis­cale, ce qui au­ra pour ef­fet de di­mi­nuer le sa­laire net ou la pen­sion de re­traite ver­sés sur le compte ban­caire pour les foyers im­po­sables. D'ac­cord sur le prin­cipe avec l'ins­tau­ra­tion du pré­lè­ve­ment de l'im­pôt sur le re­ve­nu à la source, Em­ma­nuel Ma­cron a ce­pen­dant fait part sur RTL le 5 mai 2017 de sa vo­lon­té de ne pas le mettre en place à la date pré­vue. Il pense « en toute hy­po­thèse », pro­cé­der à un re­port. Son porte-pa­role Ben­ja­min Gri­veaux, can­di­dat aux

élec­tions lé­gis­la­tives à Pa­ris, a pré­ci­sé quelques jours plus tard (le 11 mai 2017) sur LCI qu'un « au­dit va être ren­du au mois de juin puis une ex­pé­ri­men­ta­tion lan­cée dé­but juillet ». « Vous dire que tout ce­la va être gé­né­ra­li­sé avant d'avoir les ré­sul­tats de l'au­dit et de l'ex­pé­ri­men­ta­tion, c'est mettre la char­rue avant les boeufs. On va re­gar­der cet au­dit, si l'ex­pé­ri­men­ta­tion peut être lan­cée dans de bonnes condi­tions, elle se­ra lan­cée et si ce n'est pas le cas, il y au­ra un re­port », a-t-il pour­sui­vi. « Je veux être sûr de la charge que ce­la re­pré­sente pour les chefs d'en­tre­prises (...). Il faut aus­si com­prendre l'im­pact que ça au­ra pour nos conci­toyens psy­cho­lo­gi­que­ment. Vous al­lez re­ce­voir une feuille de paye où, op­ti­que­ment, votre sa­laire au­ra bais­sé. (...) Ce sont des choses qui s'ex­pliquent », a jus­ti­fié le fu­tur pré­sident de la Ré­pu­blique sur RTL. Sur son blog, Ch­ris­tian Eckert, se­cré­taire d'etat au Bud­get qui a pi­lo­té la ré­forme, donne une autre ex­pli­ca­tion : la mise en place du pré­lè­ve­ment à la source « au­rait en­le­vé de la li­si­bi­li­té » au gain de pou­voir d'achat lié à la sup­pres­sion des co­ti­sa­tions sa­la­riales pré­vue par le nou­veau lo­ca­taire de l'ely­sée. Et si le pré­lè­ve­ment à la source était pu­re­ment et sim­ple­ment abro­gé ? C’est ce qu’a lais­sé en­tendre Gé­rald Dar­ma­nin, nou­veau mi­nistre en charge des ques­tions bud­gé­taires, sur CNEWS, le 18 mai der­nier.

PRÉ­LÈ­VE­MENT UNIQUE SUR LES PLA­CE­MENTS FI­NAN­CIERS

De­puis 2013, les gains ti­rés des pla­ce­ments fi­nan­ciers (in­té­rêts, di­vi­dendes, plus­va­lues) sont sou­mis au ba­rème de l'im­pôt sur le re­ve­nu. Ain­si, plus les re­ve­nus du foyer sont im­por­tants, plus l'im­pôt est éle­vé, avec une taxa­tion glo­bale qui peut dé­pas­ser 60% (sauf ex­cep­tions pour les di­vi­dendes qui bé­né­fi­cient d'un abat­te­ment de 40% et les plus-va­lues qui font l'ob­jet d'un abat­te­ment pour du­rée de dé­ten­tion). Pour évi­ter que l'im­pôt n'in­flue sur les dé­ci­sions d'in­ves­tis­se­ment et le rendre plus simple, Em­ma­nuel Ma­cron a choi­si de re­ve­nir sur cette ré­forme adop­tée au dé­but du quin­quen­nat de Fran­çois Hol­lande en pro­po­sant d'ins­tau­rer un pré­lè­ve­ment for­fai­taire unique au taux glo­bal de 30% (in­cluant im­pôt sur le re­ve­nu et pré­lè­ve­ments so­ciaux). Le Li­vret A en se­rait exo­né­ré et l'as­su­rance vie sou­mise à un ré­gime dé­ro­ga­toire, jus­qu'à un cer­tain seuil et sous condi­tions.

RE­VE­NUS FONCIERS : L'IM­PACT DE LA HAUSSE DE LA CSG

Les loyers per­çus par les pro­prié­taires bailleurs sont ac­tuel­le­ment sou­mis, après abat­te­ment éven­tuel, au ba­rème de l'im­pôt sur le re­ve­nu et aux pré­lè­ve­ments so­ciaux au taux glo­bal de 15,5%. Un prin­cipe qu'em­ma­nuel Ma­cron n'a pas l'in­ten­tion de re­mettre en cause. Ce­pen­dant, et même si le fu­tur chef de l'etat a as­su­ré sur RTL le 5 mai qu'il n'y au­ra « au­cune aug­men­ta­tion de la fis­ca­li­té im­mo­bi­lière » sous son quin­quen­nat, les re­ve­nus fonciers de­vraient su­bir les ef­fets du re­lè­ve­ment du taux de CSG de 1,7 point, por­tant ain­si le taux glo­bal des pré­lè­ve­ments so­ciaux à 17,2%.

IM­PÔT SUR LA FOR­TUNE IM­MO­BI­LIÈRE À LA PLACE DE L'ISF EN 2018

De­puis sa créa­tion en 1982 sous le nom D'IGF (im­pôt sur les grandes for­tunes), un im­pôt sur la for­tune frappe le pa­tri­moine im­mo­bi­lier et fi­nan­cier des Fran­çais les plus ai­sés, à l'ex­cep­tion no­table des oeuvres d'art et des biens pro­fes­sion­nels qui bé­né­fi­cient d'exo­né­ra­tions. La ré­forme de la fis­ca­li­té du pa­tri­moine pré­vue au pro­gramme d'em­ma­nuel Ma­cron s'ins­crit en rup­ture avec ces prin­cipes en pré­voyant de trans­for­mer L'ISF en im­pôt sur la for­tune im­mo­bi­lière (IFI), dont tous les avoirs fi­nan­ciers se­raient exo­né­rés. Les autres règles en vi­gueur (seuil, abat­te­ment de 30% sur la ré­si­dence prin­ci­pale no­tam­ment) se­raient main­te­nues.

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