Midi Olympique

CAMILLE CHAT EST-IL INTOUCHABL­E ?

- Par Marc DUZAN marc.duzan@midi-olympique.fr

Ce fut, finalement, toute la bizarrerie du dernier Mondial. Qu’on le veuille ou non, le meilleur des deux talonneurs du XV de France fut en effet cantonné à un rôle d’« impact player » par le staff des Bleus, entrant en jeu lorsque le capitaine tricolore (Guilhem Guirado) baissait de pied. De ce que l’on sait aujourd’hui, Guirado fut donc protégé jusqu’au bout par le sélectionn­eur Jacques Brunel, lequel lui avait accordé sa confiance quelques mois plus tôt. Mais si les « simples observateu­rs » qu’étaient au Japon Fabien Galthié et Laurent Labit avaient alors dû faire un choix, ils auraient probableme­nt laissé Guilhem Guirado à dispositio­n de son club, en France, offrant à Camille Chat une voie royale…

Trois mois plus tard, l’ombre de Guirado a disparu du panorama, Chat est dans une forme éblouissan­te et devrait débuter le Tournoi des 6 Nations dans la peau d’un titulaire indiscutab­le. « Cela fait quatre ans que j’attends ça et comptez sur moi pour l’obtenir », nous confiait-il il y a peu. Surpuissan­t balle en mains, très fort en mêlée fermée et précieux en défense, le Racingman a surtout beaucoup progressé dans l’exercice du lancer en touche, terminant la majorité de ses matchs avec un ratio de 90 % de réussite dans ce domaine. « Il y a quelques années, expliquait-il au fil de cette même interview, j’avais l’impression que je n’y arriverai jamais. J’étais découragé. J’en avais d’ailleurs beaucoup parlé avec Dimitri (Szarzewski, N.D.L.R.) qui était aussi passé par là. Le pire, c’est que je voyais bien que mon geste était bon ; mais je crois que la touche, c’est essentiell­ement une donnée psychologi­que pour le lanceur. »

MARCHAND EN EMBUSCADE

À l’époque où le moral de Camille Chat connut son plus bas niveau, le directeur sportif du Racing 92 Yannick Nyanga proposa alors au joueur de rencontrer Yann Le Meur, un ancien deuxième ligne de Bègles-Bordeaux aujourd’hui reconverti dans la préparatio­n mentale des athlètes. « Avec lui, poursuit Chat, ça a tout de suite matché : j’ai appris à ressentir les choses, à appréhende­r mon ballon, éprouver mon geste. En parallèle, il y a eu aussi un travail technique à la vidéo sur mes appuis, sur mon geste pour savoir avec quelle partie de mon corps je forçais le lancer. Durant plusieurs mois, après chaque match, nous avons donc décortiqué à la vidéo chacun de mes lancers. Il m’a fait travailler sur moi-même et au final, j’ai appris à mieux gérer mes émotions, à mieux gérer ma respiratio­n, mon souffle. Aujourd’hui, j’ai moins de stress aujourd’hui quand je lance. » Aussi complet soit-il devenu à l’hiver 2020, Camille Chat n’est pas pour autant intouchabl­e. En embuscade, le Toulousain Julien Marchand - bien que moins puissant- a pour lui un leader ship dont est aujourd’hui dépourvu son principal concurrent. Au poste, les profils de Peato Mauvaka et Teddy Baubigny - celui-ci est l’une des révélation­s du début de saison du Racing 92 - plaisent également beaucoup au staff des Bleus. En clair, Camille Chat ferait mieux de ne pas griller son joker face au XV de la Rose… ■

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