AU SOM­MET EN COU­RANT

Plus haut, plus vite. Et pour­quoi pas ? L’alpinisme reste un ter­rain d’ex­pres­sion ou­vert. Sous ré­serve d’un bon ba­gage al­pin et d’une bonne en­du­rance, le mont Blanc se prête à ce genre de dé­fi per­son­nel : mon­ter vite et re­des­cendre dans la jour­née. Pour l

Montagnes - - SOMMAIRE - Texte & pho­tos : Lio­nel Tas­san

L’as­cen­sion du point culmi­nant des Alpes est à la por­tée de tout ran­don­neur en­traî­né et sen­si­bi­li­sé a mi­ni­ma aux pre­mières courses d’alpinisme. Le dé­ni­ve­lé de l’en­semble, com­bi­né à un sac sou­vent lourd font gé­né­ra­le­ment de son as­cen­sion une en­tre­prise sur deux jours avec nuit au Goû­ter ou Tête Rousse. Ce­pen­dant, de plus en plus de ran­don­neurs s’y lancent à la jour­née de­puis le Nid d’Aigle avec nuit en re­fuge après avoir fait le som­met d’une traite. Il n’y a fi­na­le­ment « que » 2 500 m de dé­ni­ve­lé. Alors pour­quoi ne pas es­sayer de par­tir 1 000 mètres plus bas et de réa­li­ser l’in­té­grale ? Et tant qu’on y est, en par­tant tôt le ma­tin, en re­des­cendre dans la fou­lée ? C’est le choix fait par de plus en plus de trai­leurs. Ré­cit d’une ex­pé­rience per­son­nelle par Lio­nel Tas­san, qui a re­vê­tu pour nous l’ha­bit lé­ger du « fast clim­ber », le temps d’une as­cen­sion à la jour­née. Top chro­no.

5 h 15. Dé­part de La Cro­zat 1 400 m. Il fait en­core nuit. La mon­tée se fait à la lu­mière de la pe­tite fron­tale em­por­tée pour à peine une heure de marche. Le sen­tier est bon et, mal­gré une sec­tion un peu plate, dé­ni­velle as­sez ef­fi­ca­ce­ment. En temps nor­mal je mets une heure (sans être en mode com­pé­ti­tion) pour ga­gner le Nid d’Aigle mais cette fois-ci, il vaut mieux se chauf­fer tran­quille­ment et en gar­der sous le pied.

La course

Le dé­part de Cha­mo­nix (église) est obli­ga­toire pour les pré­ten­dants au re­cord dé­te­nu par Ki­lian Jornet. Il em­prunte ce­pen­dant la voie des Grands Mu­lets très cre­vas­sée et ex­po­sée aux chutes de sé­racs. Pour notre dé­fi per­son­nel, on par­ti­ra des Houches (1 100 m) ou de La Cro­zat (1 400 m mais avec une pe­tite lon­gueur qui fait que ce­la ne fe­ra ga­gner qu’une grosse de­mi-heure al­ler-re­tour). Per­son­nel­le­ment, j’ai­me­rais y re­tour­ner de­puis le fond de la val­lée, sym­bo­li­que­ment de­puis la gare in­fé­rieure du TMB au Fayet (al­ti­tude 580 m).

Dé­ni­ve­lé - de Cha­mo­nix : 3 780 m / des Houches : 3 750 m / de La Cro­zat : 3 470 m / du Fayet : 4 340 m

6 h 40. Nid d’Aigle, 2 380 m. Mi­ni pause afin de ran­ger la lampe dans le sac et de man­ger une pre­mière barre. On est en­core loin du but mais ça fait du bien d’ar­ri­ver au point de dé­part nor­mal de la course sur deux jours.

7 h 45. Tête Rousse, 3 200 m. Une mon­tée au mi­lieu des bou­que­tins et des pre­miers ran­don­neurs qui des­cendent du mont Blanc après leur nuit en re­fuge. La moi­tié du dé­ni­ve­lé a été ava­lée en 2 heures 30. Mais la ma­jo­ra­tion de­vrait être im­por­tante avec l’al­ti­tude sur la der­nière par­tie, sans comp­ter une ou deux pauses (on n’est pas en train d’éta­blir un re­cord – je n’en ai de toute fa­çon pas les moyens) ré­pa­ra­trices et tech­niques (s’ha­biller, mettre les cram­pons…). Cette fois, on se re­trouve au pied du « mur ». J’ob­serve un groupe un peu plus haut qui s’ap­prête à tra­ver­ser le fa­meux « cou­loir de la Mort ».

8 h 50. Re­fuge du Goû­ter, 3 830 m. La mon­tée s’est pas­sée sans en­combre. Le cou­loir de la Mort se tra­verse en cou­rant en vingt se­condes après avoir fait un état des lieux et n’en­ten­du au­cune pierre. Sèche, l’as­cen­sion du Goû­ter ne pré­sente pas de réelle dif­fi­cul­té mais il faut res­ter en éveil. Je dé­passe pas mal de pré­ten­dants au som­met, sou­vent lour­de­ment char­gés et bien han­di­ca­pés par leur sac à dos. Je m’oc­troie une pre­mière vraie pause. J’avale une bonne par­tie de mes vivres, je mets de la crème so­laire, un coupe-vent, les lu­nettes et, bien sûr, les cram­pons aux pieds.

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