Des ma­quettes hy­per­réa­listes

Quel meilleur moyen de se té­lé­por­ter en en­fance qu’une vi­site au Vil­lage, l’un des plus grands ate­liers au monde pour la réa­li­sa­tion de ma­quettes ? Il se trouve à Ta­na­na­rive, alors sui­vez le guide !

Moteur Boat Magazine - - SOMMAIRE - TEXTE ET PHO­TOS : ÉDOUARD DESGREZ.

La Ca­lyp­so, le Be­lem, le France, Pen Duick... tous ces ba­teaux de rêve sont construits en­tiè­re­ment à la main au Vil­lage à Ma­da­gas­car. Fa­bri­cant de ma­quettes de­puis 1993, cette so­cié­té ar­ti­sa­nale est si­tuée dans la ca­pi­tale. Il suf­fit de pous­ser le por­tail pour ar­ri­ver dans une ruelle pa­vée au mi­lieu des arbres, bor­dée d’une en­fi­lade de mai­son­nettes en briques et bois qui ren­ferment un ate­lier où cha­cun a sa spé­cia­li­té : ac­cas­tillage, sculp­ture, fer­rures en cuivre… C’est à peine croyable ; on a l’im­pres­sion d’être un Gul­li­ver vi­si­tant un monde mi­nia­ture. Tout, ici, est pro­duit en bois, sou­vent pré­cieux, comme le pa­lis­sandre et l’ébène is­sus « d’ex­ploi­ta­tions fo­res­tières contrô­lées ». Il n’y a ni plas­tique ni ré­sine, ce qui ex­plique que Le Vil­lage soit spé­cia­li­sé plu­tôt dans les ba­teaux an­ciens. Ils conçoivent éga­le­ment des mul­ti­coques ou des ba­teaux à mo­teur mo­dernes, mais le ren­du est moins sa­tis­fai­sant qu’avec de la fibre de verre ou du plas­tique, dixit Oli­vier Vex­lard, le di­rec­teur com­mer­cial.

Ils n’uti­lisent sur­tout pas de ver­nis

Une grande par­tie des ma­quettes est pro­duite à l’échelle 1/50 ou 1/75, mais les ate­liers peuvent faire plus grand, sur de­mande. Le plus gros mo­dèle au­jourd’hui au ca­ta­logue est l’im­po­sant Soleil Royal, de Louis XIV. Il me­sure 1,67 mètre de long, exige 1 500 heures de tra­vail et se vend 10 000 €. Dans les ate­liers, der­rière chaque ar­ti­san, un plan ori­gi­nal in­dique les pro­por­tions et l’em­pla­ce­ment des pièces, afin d’être le plus fi­dèle pos­sible à la réa­li­té. Les coques sont construites latte par latte, sur mem­brures. En bois, elles sont cin­trées sur la flamme d’une bou­gie, à l’an­cienne. Un tra­vail beau, émou­vant, de pas­sion­nés. Sur les éta­blis, ci­seau à bois, pin­ceaux et toile éme­ri sont les ou­tils de base, mais quelques conces­sions sont tout de même faites à la mo­der­ni­té avec, çà et là, une pe­tite per­ceuse ou une meu­leuse élec­trique. Sur les ga­lions pi­rates, les ar­ti­sans sculptent les moindres pe­tits ac­ces­soires, ca­nons, bar­riques, pou­lies, barre à roue, pièces de quelques mil­li­mètres à peine. La par­tie la plus spec­ta­cu­laire est sans doute le château ar­rière de ces ga­lions, où les dé­tails re­lèvent d’une ex­trême mi­nu­tie. C’est dans cette par­tie du na­vire que le capitaine avait gé­né­ra­le­ment ses quar­tiers. Les ar­ti­sans du Vil­lage font ap­pel à cer­tains ma­té­riaux re­cy­clés ; les voiles sont te­nues par des fils de pêche par exemple. Elles sont tein­tées avec du thé, et le grée­ment est fonc­tion­nel. Pour la fi­ni­tion, les ate­liers re­fusent d’uti­li­ser du ver­nis, qui d’après eux « vieilli­rait moins bien et né­ces­si­te­rait plus d’en­tre­tien ». À la place, ils uti­lisent de l’huile de lin et de la cire d’abeille li­quide. Un coup de pin­ceau suf­fit alors pour re­don­ner à la ma­quette tout son lustre. Le Vil­lage compte trente em­ployés, cha­cun ayant sa spé­cia­li­té, mais res­tant tout de même po­ly­va­lent. Le ca­ta­logue compte une cen­taine de réa­li­sa­tions et chaque ma­quette né­ces­site entre six mois et un an pour être construite. La pro­duc­tion tourne au­tour de trois cents

mo­dèles par an. Dans le plus grand des ate­liers, des ar­ti­sans, le plus sou­vent des femmes, créent le grée­ment de l’Her­mione, la fré­gate de La Fayette (1779), une tâche d’ex­trême pré­ci­sion. À cô­té, chan­ge­ment d’époque, on s’af­faire sur une ré­plique du Charles de Gaulle longue de 1,20 mètre (le vrai me­sure 262 m !). Notre oeil s’ar­rête aus­si sur l’Abeille Li­ber­té, sai­sis­sante de réa­lisme. À cô­té, sa grande soeur l’Abeille Flandre est prête à être ex­pé­diée vers la France. La ré­plique de 60 cen­ti­mètres est ven­due 760 € au dé­part de l’ate­lier. Le Po­nant est là aus­si, toutes voiles de­hors, à cô­té d’une ma­chine à coudre plu­tôt vin­tage. Le Vil­lage se vante d’être l’un des meilleurs ate­liers de ma­quettes his­to­riques de ba­teaux. « Ja­dis, une concur­rence de haut ni­veau ve­nait de l’île Mau­rice mais, der­niè­re­ment, la pro­duc­tion de masse a pris le des­sus sur la qua­li­té », af­firme Cy­ril Sa­la­bert, le chef d’ate­lier. Le Vil­lage n’a pas de site mar­chand à pro­pre­ment par­ler. Il vend es­sen­tiel­le­ment aux par­ti­cu­liers, les­quels écrivent au site in­ter­net ma­quet­te­de­ba­teaux.com pour se faire en­voyer un de­vis. En marge des ba­teaux, la so­cié­té pro­duit aus­si des ré­pliques de châ­teaux, des avions, des ob­jets de dé­co­ra­tion réa­li­sés à par­tir de pho­tos ou de plans. L’équipe du Vil­lage se­ra au pro­chain Grand Pa­vois de La Ro­chelle, du 26 sep­tembre au 1er oc­tobre sur le stand Ma­da­gas­car puisque, rap­pe­lons-le, l’île est cette an­née l’in­vi­tée d’hon­neur du sa­lon. ■

La Confiance, le Be­lem, En­dea­vour… La salle d’ex­po­si­tion donne un bon aper­çu des ba­teaux his­to­riques pro­duits au Vil­lage.

Le Po­nant, na­vire de croi­sière fran­çais de 1990 est long de 89 mètres, il est re­con­nais­sable à ses trois mâts.

In­at­ten­due, cette su­perbe pi­nasse d’Ar­ca­chon de 60 cm est ven­due en­vi­ron 440 € sur place.

Au moyen d’un tour élec­trique, l’ar­ti­san sculpte une mi­nus­cule pièce en bois.

Ce na­vire de guerre à l’ac­cas­tillage four­ni est pon­cé au pa­pier de verre dans les moindres re­coins.

Oli­vier Vex­lard (à gauche) di­rec­teur com­mer­cial aux cô­tés de Ro­my He­nint­soa, l’as­sis­tante de di­rec­tion, et de Cy­ril Sa­la­bert, le chef d’ate­lier.

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