RIEN NE VA PLUS

Mar­quez qui casse le mo­teur de sa Hon­da of­fi­cielle, Do­vi qui gagne quatre des sept der­niers GP, et les cinq lea­ders qui se tiennent en 35 points après 12 courses. La sai­son de­vient folle.

Moto Journal - - NEWS - PAR NOTRE EN­VOYÉ SPÉ­CIAL Thomas Bau­jard PHO­TOS Gold and Goose et DR

Quand Mar­quez a ex­plo­sé son mo­teur, j'ai tout pris dans la tronche, et j'ai vrai­ment eu très peur », s’ex­clame Ma­ve­rick Viñales après l’ar­ri­vée. Un vrai nuage de fog lon­do­nien en pleine après-mi­di ra­dieuse et sans vent à Sil­vers­tone, ce­la a de quoi sur­prendre, en ef­fet. Sur­tout nez dans la bulle, en pleine as­pi à 320 km/h chro­no. « Je ne sa­vais pas si c'était de l'eau ou de l'huile, mais j'ai quand même frei­né 20 à 30 mètres plus tôt. Du coup, Va­len­ti­no et Do­vi en ont pro­fi­té pour créer un écart. Mais du­rant les cinq der­niers tours, j'ai tout don­né et j'ai pu les ra­mar­rer. » Ques­tion aux trois pi­lotes Mo­togp lors d’une nou­velle confé­rence de presse d’après-course pas­sion­nante : est-ce le plus beau cham­pion­nat au­quel vous ayez ja­mais par­ti­ci­pé ? Do­vi : « Sans au­cun doute. » Ma­ve­rick : « Oui ! » Ros­si : « Oui. C'est as­sez spé­cial, cette an­née. D'ha­bi­tude, tu te bats contre un seul ad­ver­saire. Là, en course, on est quatre, et lors des séances d'es­sais, on est dix ! » Et com­ment tout ce­ci va-t-il se ter­mi­ner ? « Ce qui se­rait bien, c'est que les cinq pre­miers du cham­pion­nat ar­rivent à éga­li­té de points à Va­lence, en­chaîne Vale. Qu'il fasse un temps su­perbe ven­dre­di et sa­me­di, et que di­manche ma­tin, il se mette à tom­ber des cordes. Ce se­rait bien que le cham­pion­nat se ter­mine comme ça ! »

LE SANC­TUAIRE

Du haut de la tri­bune qui do­mine les vi­rages 2 à 6 de Sil­vers­tone, l’aus­tra­lien Wayne Gard­ner scrute les top­pi­lotes dans cette en­fi­lade ra­pide qui rap­pelle les por­tions couillues d’as­sen ou de Phil­lip Is­land. L’air est vif en ce sa­me­di ma­tin, la lu­mière ra­sante, on pour­rait presque se croire en mer, avec, tout au­tour, ces im­menses prai­ries qui on­dulent, ba­layées par les vents. En connais­seur, le cham­pion du monde 500 1987 ad­mire : « Heu­reu­se­ment pour Hon­da qu'ils ont Mar­quez. Comme le châs­sis de la Hon­da est moins bon que ce­lui de la Yam, il compense en at­ta­quant da­van­tage. Re­garde : au­cun pi­lote ne ba­lance la moto avec une telle ra­pi­di­té entre les vi­rages 4 et 5. Pe­dro­sa est un ex­cellent pi­lote, mais il est clai­re­ment sur­clas­sé en at­taque par Mar­quez à cet en­droit. Mal­gré ça, si tu re­gardes l'en­trée de l'en­fi­lade [vi­rages 2 et 3], tu vois que les Hon­da Rep­sol pompent un peu sur leurs sus­pen­sions en en­trée, ce que ne font pas les Yam. Ça per­met à Ros­si de ga­gner du temps sur les Hon­da à cet en­droit-là. Cette su­pé­rio­ri­té de Yam en châs­sis n'a rien de nou­veau : j'ai ga­gné la course 500 ici en 1986, mais j'étais obli­gé de sur­pi­lo­ter ma NSR pour battre les Yam. Je peux te dire qu'à l'époque, sur le mouillé, cette piste était par­ti­cu­liè­re­ment glis­sante, et qu'avec la 500 2-temps, je me suis fait un pa­quet de cha­leurs avant de voir le dra­peau à da­mier ! » Il y a 15 jours, le cham­pion­nat du monde fai­sait étape dans les Alpes au­tri­chiennes avec un cir­cuit do­té de

63,5 mètres de dé­ni­ve­lé. Contre 11,3 mètres ici, en plein Nor­thamp­ton­shire, au som­met d’un pla­teau qui ser­vit d’aé­ro­drome mi­li­taire du­rant la Se­conde Guerre mon­diale. Comme si un géant avait écra­sé tout re­lief en­vi­ron­nant avec une masse. Un élé­ment re­lie tou­te­fois ces deux tra­cés : leur im­pres­sion­nante vi­tesse. 177 km/h de moyenne pour la pole de Mar­quez, contre 186,7 km/h en Au­triche, soit presque dix bornes de moins. Mais dans les grandes courbes bos­se­lées comme Ab­bey (V11) et Wood­cote (V18) né­go­ciées à 200 km/h en tra­vers,

Zarco une nou­velle fois de­vant les pi­lotes d'usine Rins, Ian­none, Es­par­ga­ro, Lowes et Pe­dro­sa. Si Ros­si reste chez Yam, Jo­hann de­vrait trou­ver du tra­vail…

la prise de risque des pi­lotes est tout aus­si ef­frayante. Et comme té­moigne Va­len­ti­no Ros­si : « Sil­vers­tone en Mo­togp lors­qu'il fait grand beau temps, on ne fait pas beau­coup mieux. »

DU­CA­TI MET LA PRES­SION

« Si on est aus­si per­for­mants de­puis le dé­but de la sai­son, ce n'est pas seule­ment de mon fait, c'est le tra­vail de tout un groupe de per­sonnes », ex­pli­quait mo­des­te­ment jeu­di Do­vi­zio­so en confé­rence. Lors­qu’on lui re­pose la ques­tion sur sa part per­son­nelle di­manche après sa 4e vic­toire, Do­vi ré­pond : « 60 % Do­vi et 40 % Du­ca­ti », tout en ex­pli­quant que l’usine l’aide à tous les ni­veaux. « Le tra­vail me­né par mon équipe tech­nique fait la dif­fé­rence par rap­port à l'an der­nier. Il y a aus­si les in­for­ma­tions ra­me­nées par Jorge Lo­ren­zo, qui per­mettent de faire avan­cer la mise au point de la moto, même si, de­puis le dé­but de la sai­son, elle n'a que peu évo­lué. Mais, au­jourd'hui, on a mon­tré à nos concur­rents qu'on avait une chance de lut­ter pour le titre. Neuf points d'avance avec six GP à dis­pu­ter, c'est maigre comme marge, mais on a été ca­pables de ga­gner quatre GP à chaque fois lors de cir­cons­tances dif­fé­rentes. Ce qui prouve que nous avons une bonne base. Que nous tra­vaillons de ma­nière in­tel­li­gente chaque week-end. Comme au­jourd'hui : même lorsque nous ne sommes pas les plus ra­pides aux es­sais, on reste calmes et on bosse pour ex­traire le meilleur du po­ten­tiel des pneus, ce qui est ca­pi­tal en course. » A ce su­jet, le jour­na­liste bri­tan­nique Mat Ox­ley ex­pli­quait ce week-end dans son blog sur le site Mo­tor­sport que Du­ca­ti pour­rait avoir un atout dans sa manche pour l’ex­ploi­ta­tion des pneu­ma­tiques. Il s’agit de son contrat ex­clu­sif avec la firme ita­lienne Me­ga­ride, qui mo­dé­lise le com­por­te­ment des vé­hi­cules grâce à l’in­for­ma­tique. Et qui est ca­pable de dé­duire avec pré­ci­sion les contraintes que su­bissent les dif­fé­rents or­ganes, dont les pneus. Car dans les quatre cas de fi­gure où la Du­ca­ti a ga­gné cette an­née, son avan­tage au ni­veau de la mo­tri­ci­té était clair. A Sil­vers­tone, il était chif­frable même en ligne droite : 326 km/h chro­no pour Do­vi dans Han­gar Straight contre 316 km/h pour Mar­quez. A condi­tion de se pas­ser du ca­ré­nage avec ap­pui aé­ro qui freine la Des­mo­se­di­ci. Comme l’ex­plique Ros­si : « Au­jourd'hui, les trois pneus ar­rière que nous four­nit Mi­che­lin fonc­tionnent en course. Et mettre le doigt sur la com­bi­nai­son qui va marcher le mieux est très com­pli­qué. » Si Du­ca­ti a réus­si à se mé­na­ger une lon­gueur d’avance dans la com­pré­hen­sion des pneu­ma­tiques four­nis par Mi­che­lin, ils dis­posent ef­fec­ti­ve­ment d’un atout dans la conquête du titre. Mais leur atout maître est l’in­tel­li­gence de course de Do­vi, qui s’est mon­tré à chaque fois le meilleur pour gé­rer ses pneus, alors que l’élec­tro­nique unique aide sen­si­ble­ment moins les pi­lotes dans ce do­maine de­puis deux ans. Est-ce que ce se­ra suf­fi­sant pour triom­pher du ta­lent de Mar­quez et Viñales comme de l’ex­pé­rience de Ros­si et de Pe­dro­sa ? Rien n’est moins sûr. Pro­chain GP le 10 sep­tembre à Mi­sa­no.

1 2 [1] Pas don­né A 12,5 mil­lions d'eu­ros l'an­née, Lo­ren­zo est cher du ki­lo­mètre par rap­port à Do­vi, qui touche un mil­lion pour ses ef­forts. Jorge a en­core du mal à ou­vrir les gaz aus­si pro­gres­si­ve­ment que l'ita­lien, et becte en­core trop de pneu ar­rière…

[2] Pud­ding Scott Red­ding peut re­prendre du des­sert : il a si­gné une belle hui­tième place à la mai­son. L'an pro­chain, il de­vien­dra pi­lote d'usine chez Apri­lia, mais ne se­ra pas for­cé­ment mieux ser­vi ques­tion ma­tos…

3 [3] Ben mon co­chon ! Quatre vic­toires, c'est mar­qué sur la tête de fourche, et ce n'était pas dans le script de la sai­son 2017 pour Do­vi. Mais l'ita­lien prouve son ta­lent et sa science de la course. Il fe­rait un su­perbe cham­pion du monde. MO­TOGP

[4] Sai­son mo­dèle Jo­hann Zarco ca­ra­cole en tête du clas­se­ment des dé­bu­tants, et c'est mé­ri­té. Il aligne perf sur perf sans se dé­par­tir de son flegme. A Sil­vers­tone, il rou­lait pour la pre­mière fois en pneus durs avant-ar­rière. 4

1 [1] Cal os­seux Crut­chlow avait pré­ve­nu : « Au­jourd'hui, soit je gagne, soit je tombe ! » Comme d'ha­bi­tude, il n'a pas fait ce qu'il a dit, in­cri­mi­nant les pneus pour sa qua­trième place. De­vant Lo­ren­zo, Zarco et Pe­dro­sa, tout de même.

Belle uti­li­sa­tion de la piste pour Ros­si, comme lors­qu'il était en 250 et qu'il ex­ploi­tait chaque mil­li­mètre du tra­cé. L'idole re­trouve du poil de la bête pile au bon mo­ment : ce­lui d'al­ler rou­ler à la mai­son. MOT

[2] Gol­dens Marc Mar­quez peut se les mordre : il avait éco­no­mi­sé ses gom­mards comme un cham­pion du monde et était sur le point de pas­ser à l'abor­dage quand son V4 a fait pouf. S'il loupe le titre de cinq points à Va­lence, ça va pi­quer ! 2

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