24 HEURES MO­TOS

F.C.C. TSR, pre­mier team nip­pon vic­to­rieux au Mans

Moto Journal - - SOMMAIRE - Par Va­len­tin Roussel, pho­tos Da­vid Rey­gon­deau/good Shoot et VR

Le team F.C.C. TSR, spon­so­ri­sé par Hon­da France, a rem­por­té pour la pre­mière fois les 24 Heures du Mans. Un team ja­po­nais sur la plus haute marche du po­dium dans la Sarthe, ce­la n’était en­core ja­mais ar­ri­vé.

Le vent peut vite tour­ner en En­du­rance. Une chute, un pro­blème tech­nique, et la mé­ca­nique s’en­raye. S’il roule sa bosse dans les pad­docks du cham­pion­nat du monde de­puis seule­ment trois sai­sons, Fu­ji San, le pa­tron du team F.C.C. TSR Hon­da, a dé­jà as­si­mi­lé les bases du mé­tier. Son com­por­te­ment à quelques mi­nutes de l’ar­ri­vée est là pour l’at­tes­ter. Iso­lé dans son coin avec un autre Ja­po­nais, Fu­ji scrute avec at­ten­tion les écrans de contrôle. Son vi­sage ne laisse rien tra­hir, au­cun signe pou­vant mon­trer une éven­tuelle émo­tion. Pour­tant, son team est sur le point de rem­por­ter pour la pre­mière fois les 24 Heures du Mans. Ce qui n’est ja­mais ar­ri­vé à une équipe nip­pone.

EX­PLO­SION

À quelques mètres de lui, Alan Te­cher est as­sis sur sa chaise. Fé­brile. Son re­gard est in­tense. Il souffle. « Mais qu’elles sont longues, ces mi­nutes ! », s’ex­clame le Fran­çais. Son co­équi­pier Josh Hook, lui, est plus tran­quille. En tongs, avec des chaus­settes, l’aus­tra­lien touille dans sa tasse de ca­fé. Il sou­rit avant de par­tir dans le fond du stand pour en­fi­ler son cuir en vue des fu­tures cé­lé­bra­tions. L’ar­ri­vée ap­proche en ef­fet à grands pas. Fu­ji San le sait. Il com­mence à se dé­tendre et es­quisse quelques sou­rires à ses com­pa­gnons. Une minute avant le gong de 15 heures, les mé­ca­ni­ciens se pré­ci­pitent sur le mu­ret lon­geant la ligne droite des stands. Il ne met pas long­temps à les re­joindre. Soixante et quelques se­condes plus tard, Fred­dy Fo­ray passe la ligne d’ar­ri­vée en vain­queur. L’ex­plo­sion de joie ne se fait pas at­tendre. Les yeux un peu rouges, Fu­ji em­brasse, congra­tule, câline ses troupes. Le Ja­po­nais sait ce que cette vic­toire re­pré­sente. Elle est his­to­rique. Elle per­met en ef­fet à Hon­da de re­nouer avec le suc­cès au Mans pour la pre­mière fois de­puis 2006 et la vic­toire de Na­tio­nal Mo­tos. « C’est le re­tour en grâce, avance Fabrice Re­coque, le di­rec­teur de la di­vi­sion mo­to de la marque en France, puisque, de­puis le Bol, le team F.C.C. est spon­so­ri­sé par Hon­da France. En plus, nous ne pou­vions pas mieux rê­ver pour le qua­ran­tième an­ni­ver­saire des 24 Heures du Mans. En 1978, c’était en ef­fet une Hon­da qui s’im­po­sait pour la pre­mière édi­tion de la clas­sique man­celle dans sa ver­sion deux-roues, avec Jean-claude Che­ma­rin et Ch­ris­tian Léon. » Ajou­tant un deuxième suc­cès au Mans dans sa be­sace, Fred­dy Fo­ray

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sa­voure. Le na­tif de Sèvres se re­fait aus­si le film de la course. Il pense éga­le­ment au Bol d’or 2017 où la F.C.C. s’était bat­tue pour la vic­toire jus­qu’au pe­tit ma­tin avant la chute d’alan Te­cher. Il se re­mé­more cette er­reur, due à la pres­sion exer­cée par le GMT 94. Il se rap­pelle aus­si son hi­ver où il pres­sen­tait qu’au Mans, il pou­vait se pas­ser quelque chose.

LE GMT 94 PART À LA FAUTE

Sur le cir­cuit Bu­gat­ti, c’était en ef­fet au tour de la for­ma­tion de Ch­ris­tophe Guyot de par­tir à la faute. Ra­pi­de­ment en tête en dé­but de course, la R1 pa­ri­sienne sem­blait fi­ler tout droit vers un deuxième suc­cès cette sai­son. Elle en­gran­geait d’ailleurs en­core des points im­por­tants dans l’op­tique du cham­pion­nat, en pas­sant en tête à la hui­tième et à la sei­zième heure de course. Puis, peu avant 9 h, c’est le coup de froid. Ma­chine sa­le­ment abî­mée après une sor­tie de piste au ni­veau du Che­min aux Boeufs, Da­vid Che­ca pousse. Pen­dant plu­sieurs cen­taines de mètres. Quand il re­joint l’en­trée de la voie des stands, l’es­pa­gnol bé­né­fi­cie du sou­tien de deux de ses mé­ca­ni­ciens ; l’ef­fort a été rude. Ce­lui de l’équipe tech­nique, dans le stand, aus­si. Mais si la mo­to est ra­pi­de­ment re­mise en état pour re­prendre la course, les co­pains, sur la piste, n’ont pas at­ten­du. No­tam­ment la F.C.C., qui s’em­pa­rait là de la tête. Par­ve­nant à re­par­tir, le GMT connaî­tra une nou­velle sor­tie de piste dans la ma­ti­née avec la chute de Mike di Me­glio au Ga­rage Vert. Les es­poirs de vic­toire re­mi­sés au pla­card

jus­qu’à la pro­chaine course, le trio du GMT ter­mine à la dixième place. Une po­si­tion qui pour­rait, à l’ave­nir, être im­por­tante au mo­ment de faire le dé­compte au cham­pion­nat. En at­ten­dant, c’est bien le F.C.C. qui pointe en tête au gé­né­ral avec quatre pe­tits points d’avance sur le GMT. « C’est mar­rant, car, fi­na­le­ment, sur ces deux pre­mières courses, nous nous sommes ren­voyé la balle », constate Fo­ray. Et à l’écou­ter, il se pour­rait bien que la mu­sique conti­nue à être jouée à ce tem­po. Au Mans, la CBR an­cien mo­dèle a ce­pen­dant sans doute li­vré sa der­nière par­ti­tion. Dès la pro­chaine course, en Slo­va­quie, la nou­velle gé­né­ra­tion de la Fi­re­blade de­vrait faire son ap­pa­ri­tion dans le box F.C.C.. Si des es­sais avec ce nou­veau mo­dèle ont dé­jà eu lieu cet hi­ver au Ja­pon, dé­ci­sion a été prise de conser­ver l’an­cienne mon­ture pour cette deuxième en­du­rance de 24 heures. « Le HRC a dé­ve­lop­pé des mo­tos pour huit heures et le team n’a pas eu le temps de plan­cher sur la ver­sion pour les 24 Heures car, l’an der­nier, ils sont res­tés to­ta­le­ment concen­trés sur la 2016. En tout cas, mes pre­miers es­sais avec le der­nier mo­dèle au Ja­pon ont ré­vé­lé une ma­chine très per­for­mante », pro­met Fred­dy. A 34 ans, et après seule­ment deux courses dans cette équipe, le Pa­ri­sien semble avoir en­dos­sé avec fa­ci­li­té le cos­tume de lea­der. Ses deux co­équi­piers, plus jeunes – Alan Te­cher n’a que vingt-trois ans – pro­fitent à plein de ses conseils. Se­rein, dé­ten­du et sûr de lui, Fo­ray se sent bien. Pour ce­la, il n’a pas hé­si­té à al­ler consul­ter un psy­cho­logue du cô­té de chez lui, à Aix-en-pro­vence. Il ra­conte : « Il y a quelque temps, je me suis ren­du compte que, men­ta­le­ment, je me bri­dais. Je me suis donc dit que c’était peut-être le mo­ment pour que quel­qu’un m’ouvre une voie car, per­son­nel­le­ment, je n’ar­ri­vais pas à la trou­ver. C’est quelque chose que je n’ose pas dire à chaque fois, car ça m’a tel­le­ment chan­gé la vie que je n’ai pas en­vie de le dire aux autres ! » Son en­vi­ron­ne­ment, avec son ar­ri­vée chez F.C.C., a peut-être eu aus­si un rôle. Fred­dy ne pré­tend d’ailleurs pas le contraire. Dans cette équipe, il se sent en confiance et s’épa­nouit. Avec ses co­équi­piers, ils ont pour­tant dû s’adap­ter à une nou­velle mé­thode de tra­vail. Bos­ser avec des in­gé­nieurs ja­po­nais est en ef­fet to­ta­le­ment dif­fé­rent de ce qui se pra­tique en Eu­rope ou ailleurs. Presque un autre monde, même. Après un dé­brie­fing, un in­gé­nieur nip­pon hoche la tête et dit que c’est OK. Mais ce­la ne veut pas dire qu’il a com­pris les res­sen­tis et les be­soins de ses pilotes. C’est uni­que­ment de la po­li­tesse. « Il faut donc s’as­su­rer qu’ils com­prennent bien nos be­soins », confirme Fo­ray.

HON­DA, LE RE­TOUR

Au mo­ment de faire le bi­lan des ré­sul­tats spor­tifs du week-end, les pa­trons de Hon­da pour­ront en tout cas se frot­ter les mains. Outre la vic­toire de la F.C.C., la CBR du Hon­da En­du­rance Ra­cing a ter­mi­né à la deuxième place de cette 41e édi­tion des 24 Heures du Mans, as­su­rant ain­si à la marque un dou­blé au­quel elle n’avait

pas pu pré­tendre de­puis bien des an­nées. Gré­go­ry Le­blanc, Sé­bas­tien Gim­bert et Erwan Ni­gon n’ont pour­tant pas eu la par­tie fa­cile. Re­tar­dés en dé­but de course par des pe­tites ava­ries, ils ont ce­pen­dant été en me­sure de rat­tra­per, pe­tit à pe­tit, leur re­tard. Gim­bert ré­sume d’ailleurs très bien ce qu’ils ont vé­cu : « C’était une nuit à la Joe Bar Team ! » Le ré­sul­tat est ce­pen­dant là. Et avec cette deuxième place, con­ju­guée à la troi­sième po­si­tion ac­quise au Bol d’or, le Hon­da En­du­rance Ra­cing est éga­le­ment dans la course au titre puis­qu’il pointe à treize points de la pre­mière place du gé­né­ral. Quelques

mi­nutes après la course, mal­gré la sa­tis­fac­tion du ré­sul­tat, une pe­tite dé­cep­tion se fai­sait tout de même sentir. « Par rap­port à la F.C.C., nous avons pas­sé dix mi­nutes de plus dans la voie des stands, ex­plique Gré­go­ry Le­blanc. Et nous fi­nis­sons à un tour. C’est sûr, ils n’ont pas pous­sé en fin de course, mais la course au­rait pu être dif­fé­rente. Mais quand nous ne pou­vons pas ga­gner, il faut être en me­sure de se conten­ter d’une deuxième place. » La Hon­da n’est pas la seule ma­chine de pointe à avoir ren­con­tré des pro­blèmes. La Ya­ma­ha du Yart a, par exemple, dû se ré­soudre à l’aban­don après une chute im­pres­sion­nante de Mar­vin Fritz dans la courbe Dun­lop. La BMW NRT 48, vic­time de pro­blèmes au ni­veau de l’élec­tro­nique, a elle aus­si dû aban­don­ner. La Ka­wa­sa­ki SRC a li­mi­té la casse. Par­tis à la faute dans la deuxième heure de course, les Verts n’ont pas lâ­ché le mor­ceau. Le cou­teau entre les dents, Ran­dy de Pu­niet, Jé­ré­my Guar­no­ni et Ma­thieu Gi­nès ont re­dou­blé d’ef­forts. Ce­la a payé, puisque la for­ma­tion de Gilles Sta­fler ter­mine à la cin­quième place au gé­né­ral. Et puis il y a le Suzuki En­du­rance Ra­cing Team. Dans le pre­mier ga­rage de la voie des stands, les pro­ta­go­nistes et les amou­reux de l’en­du­rance ont re­trou­vé une tête bien con­nue, celle de Dominique Mé­liand. La com­bi­nai­son ig­ni­fu­gée un peu ou­verte sur le haut, le Chef, comme tout le monde le sur­nomme, a tou­jours l’oeil af­fû­té. Après un an loin des cir­cuits consé­cu­tif à un pro­blème aux ar­tères, Dominique a ra­pi­de­ment re­trou­vé ses ha­bi­tudes. Comme si, fi­na­le­ment, il n’avait ja­mais vrai­ment quit­té ses par­te­naires de jeu. « C’est le bon­heur de re­ve­nir, quand même, as­sure le Man­ceau. Le plai­sir de re­trem­per

dans la chose, c’est quand même dif­fi­cile à dé­fi­nir. Que c’est bon de re­ve­nir au coeur de la dis­ci­pline, au coeur du stand. » En dé­but de se­maine, Dominique confiait qu’il n’était pas en­core cer­tain d’être en me­sure de pou­voir te­nir les rênes de son vais­seau pen­dant toute la du­rée de la course. À quelques heures de l’ar­ri­vée, son bras doit, ce­lui qui l’a rem­pla­cé pen­dant son ab­sence la sai­son der­nière, Dominique Hé­brard, don­nait la ré­ponse : oui, le chef a veillé et est res­té sur le qui-vive tout au long de la course. Et il au­ra en­core des choses à dis­sé­quer dans les pro­chains jours.

LE SERT 24E

Tout n’a en ef­fet pas été rose pour le Sert. Peu après mi­nuit, des sou­cis de freins sont ve­nus per­tur­ber ses plans. Dans les der­nières mi­nutes, c’est une pé­dale de sé­lec­teur qui a po­sé pro­blème. A peine la mo­to sor­tie du stand, l’ana­lyse com­men­çait avec l’in­gé­nieur ja­po­nais dé­pê­ché sur place. « C’est un pro­blème de jeu­nesse, ra­conte Hé­brard. Après, pour les freins, nous de­vons faire le point. C’est quand même un or­gane de sé­cu­ri­té es­sen­tiel. On sa­vait ici que, con­trai­re­ment au Bol, les freins se­raient plus mis en contrainte. Main­te­nant, il va fal­loir être ré­ac­tif pour la Slo­va­quie. » Deux choix sont pour le mo­ment étu­diés par les tech­ni­ciens du Sert pour la pro­chaine manche du cham­pion­nat : soit par­tir avec de nou­velles pièces, soit mo­di­fier les items exis­tants en chan­geant cer­taines choses comme le mon­tage ou les ren­forts. Avec ces pro­blèmes, Etienne Mas­son, Vincent Phi­lippe et Gregg Black ont donc dû se conten­ter de la 24e place. La GSX-R se­ra-t-elle en me­sure de se re­trou­ver à la lutte pour la vic­toire en Slo­va­quie ? L’an­née der­nière, l’an­cien mo­dèle avait si­gné son seul po­dium en 2017 en pre­nant la troi­sième place. Pour es­sayer de se glis­ser sur la plus haute marche, il de­vra éga­le­ment se dé­pa­touiller de la Fi­re­blade du F.C.C.. Mais, pour le mo­ment, l’équi­page vic­to­rieux des 24 Heures du Mans pré­fère pro­fi­ter. Et réa­li­ser. « Peut-être que je com­men­ce­rai à y croire ce soir, dans mon lit », se marre Alan Te­cher. Il de­vrait en tout cas bien dor­mir…

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1 [1] BAS­TON Nou­velle course so­lide pour la BMW du team Penz13. Deuxième lors de la pre­mière manche du cham­pion­nat 2017-2018 au Bol d’or, la for­ma­tion al­le­mande ter­mine à la troi­sième place de ces 24 Heures du Mans. [2] FORCE TRAN­QUILLE Mine de rien,...

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[3] BAS­TON La ba­garre entre Ran­dy de Pu­niet (11) et Ken­ny Fo­ray (8) a ani­mé la pre­mière heure de course. [3] CRASH La Yam du GMT 94 su­bi­ra de gros dégâts peu avant 9 h dans une chute de Da­vid Che­ca (ici sou­te­nu par ses mé­ca­nos). Il ne fau­dra pas plus...

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[1] START La course pour al­ler jus­qu’aux ma­chines. Unique et ma­gique. Sur­tout avec cette vue en hau­teur ! [2] SMILE Dominique Mé­liand est content d’être de re­tour sur les cir­cuits. Et ce­la se voit ! 2

[3] JOIE Fred­dy Fo­ray peut exul­ter. Il vient de s’of­frir sa deuxième vic­toire au Mans, la pre­mière pour le team F.C.C.. 3 4

[4] PO­DIUM La Hon­da n° 5 F.C.C. TSR fi­nit de­vant la Hon­da n° 111 et la BMW n° 13.

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