GRAND PRIX DE FRANCE AU MANS

Jo­hann Zar­co, un rêve de vic­toire envolé

Moto Journal - - SOMMAIRE - Par Ber­trand Thié­bault, avec Tho­mas Bau­jard, pho­tos Da­vid Rey­gon­deau / Good-shoot, Gold and Goose, Pierre Or­luc et Ju­lien Lan­deau

Du­rant sept tours et de­mi, toute une Na­tion y a cru. Cru en la pos­sible vic­toire de son cham­pion, Jo­hann Zar­co, pous­sé par 105 203 spec­ta­teurs. Et puis…

C’était peut-être trop. Trop d’at­tentes, trop de pres­sion, trop d’em­pres­se­ment. La fête a du­rée deux jours et de­mi. Su­perbe, in­tense, ma­gique, por­tée par plus de 100 000 spec­ta­teurs ve­nus gar­nir les tri­bunes du Grand Prix de France. Puis elle s’est ar­rê­tée bru­ta­le­ment, di­manche à 14 h 12 pré­ci­sé­ment dans le double droite du Ga­rage Vert. L’ac­teur de cette dra­ma­tur­gie en trois actes, c’est bien évi­dem­ment Jo­hann Zar­co, hé­ro de la Na­tion lorsque les tri­bunes re­prennent en coeur la Mar­seillaise, juste avant le dé­part de la course. Un week-end pour­tant construit comme l’on monte un mur, brique par brique, en sui­vant le plan.

ACTE 1 : CONSTRUIRE

Com­ment on construit une vic­toire ? « Y’a pas de re­cette mi­racle, juste du tra­vail… et le talent du pi­lote », lâche Guy Cou­lon dès le jeu­di avant la course, au cul des camions noirs du team Tech3. Le che­ve­lu res­pon­sable tech­nique de Jo­hann Zar­co, gé­nial au­to­di­dacte de la mécanique et co­pro­prié­taire de l’écu­rie fran­çaise, prend des tonnes de notes à chaque séance d’es­sais, à chaque course, et s’en res­sert d’une an­née sur l’autre. « On ne com­mence pas un week-end de GP à l’aveugle, on part sur des bases connues. On note tout, la tem­pé­ra­ture, les spé­ci­fi­ca­tions, les ré­glages, que ce soit l’élec­tro­nique, les pneus, les sus­pen­sions. J’uti­lise des codes pour chaque par­tiel afin d’in­di­quer les pro­grès, ça me per­met fa­ci­le­ment de voir ce qui a fonc­tion­né — ou pas — dans tel ou tel sec­teur et pour­quoi. Avec ces notes, je peux dé­jà dé­gros­sir les ré­glages de la mo­to lors­qu’on re­vient sur un cir­cuit connu. C’est im­por­tant de ne pas prendre de re­tard à la pre­mière séance, si­non, tu le traînes tout le week-end. » Jo­hann, lui, ne s’est pas traî­né : cin­quième aux deux pre­mières séances libres, fi­dèle à son nu­mé­ro de course, qua­trième lors des deux séances sui­vantes et, sur­tout, en pole po­si­tion lors de la qua­li­fi­ca­tion. Zar­co a le sens du spec­tacle, ce­lui de la fête aus­si. Pour te­nir son pu­blic en ha­leine, il a at­ten­du les toutes der­nières mi­nutes de la séance qua­lif’ avant de si­gner cette pole au Mans, la qua­trième de sa car­rière en Mo­togp. Pas tout à fait le tour par­fait, puis­qu’il s’est lé­gè­re­ment ra­té au Rac­cor­de­ment, mais avec suf­fi­sam­ment d’at­taque et de pa­nache pour éta­blir un nou­veau re­cord sur le cir­cuit Bu­gat­ti : 1’31’’185 ! « Je ne pen­sais pas avoir une telle émo­tion ci en qua­lif’. Quand j’ai vu mon chro­no s’af­fi­cher sur le ta­bleau de bord, je n’y croyais pas moi-même ! »« C’est fa­bu­leux, s’ex­clame à chaud Her­vé Pon­cha­ral, le di­rec­teur de l’écu­rie. J’es­père que tout le monde réa­lise bien ce que fait Jo­hann en ce mo­ment, parce que c’est ex­traor­di­naire. » Ce qu’il fait

au nez et à la barbe des deux pi­lotes of­fi­ciels Ya­ma­ha, Viñales et Ros­si, hui­tième et neu­vième en qua­lif’, en dé­li­ca­tesse avec l’élec­tro­nique de leurs M1 d’usine, re­lé­gués à plus d’une de­mi-se­conde du Fran­çais… « Zar­co roule vrai­ment très bien, il est très ra­pide. D’ailleurs, on ne com­prend pas bien com­ment il fait pour rou­ler si vite… », s’amu­sait à de­mi-mot Va­len­ti­no Ros­si lors de son point presse, sa­me­di après-midi. Marc Mar­quez a, comme à son habitude, tout don­né lui aus­si pour ten­ter de ra­vir la pole au Fran­çais dans son ul­time run, mais avec trop d’er­reurs pour es­pé­rer s’im­po­ser sur la grille. « Marc est le plus fort en ce mo­ment, mais, course après course, j’em­ma­ga­sine de l’ex­pé­rience et je vois de plus en plus de chances de ga­gner », ajoute Zar­co. Voi­là trente ans pile qu’un Fran­çais n’avait pas dé­cro­ché une pole po­si­tion d’un Grand Prix na­tio­nal en ca­té­go­rie reine ; c’était Ch­ris­tian Lar­ron, en 1988 au Cas­tel­let, lui aus­si sur une Ya­ma­ha. « Il est ve­nu di­rec­te­ment me ser­rer la main », dit Jo­hann. Comme une pas­sa­tion de pou­voir. L’éner­gie du pu­blic ? « Sin­cè­re­ment, je n’ai pas le temps de voir ça, mais j’ima­gine que ça porte. Rou­ler aus­si vite, c’est as­sez ex­cep­tion­nel et comme par ha­sard, ça ar­rive ici au Grand Prix de France... » Pour­tant, les es­sais et les qua­li­fi­ca­tions ne sont que les fon­da­tions, les pierres de sou­bas­se­ment, au mieux les murs de sou­tien avant de po­ser la char­pente. Et là, il y a cette pres­sion, sour­noise, même si tout est fait pour la ca­na­li­ser, la trans­for­mer en éner­gie po­si­tive. Ce sont toutes ces sol­li­ci­ta­tions sur un GP na­tio­nal, ces ren­dez­vous avec les fans, les spon­sors, les amis. Sans ou­blier la presse, ra­re­ment aus­si nom­breuse à sur­fer sur la vague de la Zar­co­ma­nia, à suivre les évo­lu­tions de la nou­velle idole du sport mo­to. « La pres­sion, c’est vous qui la met­tez. Nous, on la gère », as­sène Zar­co. Da­ni­lo Pe­truc­ci, su­perbe deuxième du GP, cham­brait pour­tant gen­ti­ment le Fran­çais lors de la confé­rence de presse of­fi­cielle, sa­me­di soir après les qua­li­fi­ca­tions : « Pe­truc­ci a dit qu’il n’ai­me­rait pas être à ma place pour dor­mir cette nuit [la veille de la course, ndr]. Mais il a tort, il ne sait pas à cô­té de qui je dors, une jo­lie fille qui est ma ché­rie. Il ne la connaît peut-être pas en­core, si­non il au­rait sans doute vou­lu être à ma place ! » Pe­trux n’avait peut-être pas si tort, après tout. En­core qu’on ne soit pas dans l’in­ti­mi­té des pi­lotes, pas plus dans leur tête que dans leur lit. Vi­si­ble­ment, ce­lui qui se fait sur­nom­mer “le Go­rille” a par­fai­te­ment bien dor­mi pour gé­rer sa course, pour construire avec brio son po­dium, deuxième, et meilleure Du­ca­ti, de­vant les pi­lotes of­fi­ciels de la marque, der­rière Mar­quez mais de­vant Ros­si.

ACTE 2 : FAIRE RÊ­VER

Ce sont des mo­ments rares, forts. Ceux que tout pas­sion­né de course mo­to ai­me­rait vivre. Ceux où l’on se trans­forme en pe­tite sou­ris pour par­ta­ger de l’in­té­rieur la course de Jo­hann Zar­co, de­puis le box de Tech3. Un pri­vi­lège rare, ac­cor­dé à Mo­to Jour­nal. Les ai­guilles de l’hor­loge du box af­fichent 13 h 25 en ce di­manche de course en­so­leillé. La ruche est en­core calme, cha­cun à sa tâche. Guy Cou­lon, les mains croi­sées dans le dos, ar­pente en chef d’or­chestre les lieux dans tous les sens, à la re­cherche du moindre pe­tit dé­tail qui pour­rait clo­cher. Les pneus sé­lec­tion­nés pour la course ar­rivent sous cou­ver­ture chauf­fante, vite mon­tés sur les mo­tos. Jo­hann n’est pas en­core là, pro­ba­ble­ment en­core en brie­fing avec son ma­na­ger Laurent Fel­lon, mais, dé­jà, une meute de ca­me­ra­men et de pho­to­graphes s’ag­glu­tine de­vant le stand. Et der­rière, de l’autre cô­té de la piste, dans les tri­bunes combles, une foule qui ha­rangue son cham­pion. 13 h 30, on sort les deux mo­tos de Zar­co sur la pit-lane,

puis Her­vé Pon­cha­ral dé­barque pour dé­tendre un peu l’at­mo­sphère. Une pe­tite tape ami­cale, un sou­rire, un simple de re­gard de com­mu­ni­quant qui suf­fit à faire pas­ser le mes­sage : « On y croit. » Puis, en­fin, Jo­hann fait son en­trée, en cuir, aus­si­tôt en­cer­clé d’une nuée de mé­dias. Son re­gard semble un peu per­du, dé­jà plon­gé dans sa course. Per­sonne ne lui adresse la pa­role. A ce

stade, les mots ne servent plus à rien. D’ailleurs, Jo­hann n’en­tend plus rien. As­sis dans son siège ba­quet frap­pé du nu­mé­ro 5, à cô­té de son tech­ni­cien Guy Cou­lon et sa che­ve­lure hir­sute, il place mé­ti­cu­leu­se­ment ses bou­chons d’oreilles puis s’étire la nuque. Tête bais­sée, le cham­pion entre en concen­tra­tion. Faire le vide, comme une apnée à la­quelle il s’en­traîne as­si­du­ment. 13 h 40, Jo­hann en­file cal­me­ment son casque Shark à la dé­co spé­ci­fique bleu-blanc-rouge pour ce GP, puis ses gants et l’on fait cra­quer sa mo­to de course, celle avec la­quelle il a pour­tant chu­té sans gra­vi­té au warm-up, quelques heures au­pa­ra­vant « Bah, ça calme, ça re­met le cer­veau à zé­ro avant la course, c’est po­si­tif une chute

comme ça », com­men­tait alors son men­tor Laurent Fel­lon avec sa verve ha­bi­tuelle. Quelques as­sou­plis­se­ments et Zar­co monte sur sa M1, puis dis­pa­raît pour le tour de for­ma­tion dans le va­carme sourd et si par­ti­cu­lier du 4-cy­lindres en ligne Ya­ma­ha. Le mu­let est prêt en cas de sou­cis. La place va­cante dans le ba­quet à rou­lettes est aus­si­tôt prise par la com­pagne de Jo­hann, une jo­lie brune in­cen­diaire qui tri­pote fré­né­ti­que­ment son smart­phone de­vant les ré­seaux so­ciaux. 13 h 45, Zar­co se po­si­tionne sur la grille, tout de­vant et tou­jours sous les en­cou­ra­ge­ments de la foule, dense, énorme, bruyante et co­lo­rée. Celle qui, du jaune Ros­si, vire pro­gres­si­ve­ment au noir Zar­co. Bien­tôt à l’orange. Jo­hann sa­lue ses fans puis se re­plonge aus­si­tôt dans sa concen­tra­tion. A 13 h 52, de­vant le na­geur quin­tuple cham­pion du monde Ca­mille La­court en porte-dra­peau, la Mar­seillaise est lan­cée, re­prise en coeur par les 105 203 spec­ta­teurs. Les poils ! Ch­ris­tian Sar­ron est juste à cô­té de moi dans le box, non sans émo­tion « Tu sais, il y a trente ans, j’étais fier d’être là à la place de Jo­hann, en pole pour mon GP de France. Je n’étais pas fier pour moi, mais par le plai­sir et la joie que j’of­frais à mon équipe comme à mes fans. J’étais comme en mission, avec une res­pon­sa­bi­li­té énorme. » Une res­pon­sa­bi­li­té que porte dé­sor­mais seul Jo­hann sur ces épaules après le tour de chauffe.

ACTE 3 : DI­GÉ­RER

Cou­pé du monde, Cou­lon suit les écrans du stand où Zar­co ap­pa­raît par le biais de la ca­mé­ra em­bar­quée fixée à l’ar­rière de la M1. Puis, dans, un va­carme à vous dé­chi­rer les tym­pans, le dé­part est don­né. Un dé­part très moyen pour Jo­hann, seule­ment cin­quième à l’en­trée de

la chi­cane Dun­lop qu’il prend tout à l’ex­ter’. Pas vrai­ment le scé­na­rio qu’il avait en­vi­sa­gé, mais il est mieux pla­cé dans le gauche sui­vant. Et, dans un frei­nage osé, il re­prend trois places avec au­to­ri­té en écar­tant Mar­quez, sor­tant juste der­rière Lo­ren­zo. A mes cô­tés, Louis Ros­si, vain­queur au Mans en 2012 du GP Mo­to3, se prend la tête dans les mains de­vant l’ac­tion. Ça passe, le team pousse un ouf de sou­la­ge­ment. Un faible ré­pit. La ba­garre est in­tense en tête, Jo­hann ne lâche rien alors que Lo­ren­zo cherche à s’échap­per, puis il tente une pre­mière at­taque sur le Ma­jor­quin. Zar­co “sur­pi­lote”, force dans toutes les en­trées, sa mo­to bouge à chaque ré­ac­cé­lé­ra­tion. On re­tient son souffle dans le box alors que dans les tri­bunes, les en­cou­ra­ge­ments des spec­ta­teurs couvrent pra­ti­que­ment le bruit des mo­tos dans la ligne droite. Do­vi­zio­so est en em­bus­cade der­rière le Fran­çais, le passe au deuxième tour, mais Zar­co s’ac­croche aux basques des deux Du­ca­ti, même s’il perd du ter­rain à chaque ré­ac­cé­lé­ra­tion. Do­vi prend la tête… mais perd l’avant à l’en­trée de la Cha­pelle ! Une place ga­gnée pour Jo­hann, mais Mar­quez re­monte fort et le double avant l’en­tame du sep­tième tour. Zar­co ré­at­taque aus­si­tôt, re­passe Mar­quez à la chi­cane Dun­lop.

Cou­lon ap­prouve d’un franc mou­ve­ment de tête, mais l’équipe reste en apnée, sans un mot. Zar­co donne tout pour re­col­ler Lo­ren­zo, puis, dans le double droit du Ga­rage vert, il force un peu trop sur les freins, élar­git et perd l’avant. Sa pre­mière chute en course de­puis le GP du Qa­tar 2017 — alors en tête de son tout pre­mier Mo­togp. Vingt-deux courses sans er­reur, on lui par­donne vo­lon­tiers celle-ci. De­hors, on en­tend la foule qui hurle son déses­poir. Dans le box, c’est la stu­pé­fac­tion, mais on reste concen­tré. « Il re­part ! », hurle quel­qu’un, mais, fi­na­le­ment, Jo­hann rentre aux stands. A peine le casque re­ti­ré, le pi­lote exulte toute sa rage. Il hurle : « Je prends vingt mètres dans la ligne droite, vingt mètres à chaque ac­cé­lé­ra­tion, alors je force, je force... » Son vi­sage est rouge écar­late, sa co­lère au même ni­veau d’ex­pres­sion que son talent, que sa dé­cep­tion. Per­sonne ne moufte. Po­li­ment, on me prie de quit­ter le box.

EN ÉTAT DE TRANSE

Il fau­dra at­tendre un peu plus tard pour avoir les ex­pli­ca­tions du pi­lote, mais à chaud, Her­vé Pon­cha­ral ap­porte son ana­lyse : « Jo­hann a fait un su­per bou­lot jus­qu’à sa­me­di soir. Ce ma­tin, c’était peut-être un peu trop ten­du avec cette chute au warm-up... Puis en course, il y a ce dé­part lou­pé, ce su­per frei­nage. Il y avait peut-être un peu trop d’en­ga­ge­ment, Jo­hann a sans doute re­pas­sé Mar­quez trop tôt. Il peut-être au­rait dû at­tendre que Marc fasse sau­ter le bou­chon Lo­ren­zo. » Une heure après la course, c’est un autre Zar­co qui se pré­sente à l’hos­pi­ta­li­ty Mons­ter pour son dé­brie­fing mé­dia. Un Zar­co calme, po­sé, ré­flé­chi : « Une cin­quième place, ça ne m’in­té­res­sait pas. J’au­rais pu at­tendre der­rière Mar­quez, mais j’au­rais per­du des po­si­tions et ce n’est pas comme ça qu’on évo­lue. Il au­rait peut-être fal­lu at­teindre que la mo­to soit plus lé­gère, plus fa­cile à conduire, que les autres aient peut-être plus de mal au ni­veau du rythme ? Avec des si… » Et quand Mo­to Jour­nal lui de­mande si, à son re­tour au box, il était da­van­tage éner­vé par son er­reur ou par le com­por­te­ment de sa mo­to, il ex­plique : « C’est un mix des deux… On est dé­jà dans un tel état de transe pour se battre à plus de 300 km/h qu’il faut plus que quelques mi­nutes pour re­des­cendre. J’avais de l’éner­ve­ment, de la dé­cep­tion, tout était mê­lé. Il a fal­lu une bonne heure pour l’ac­cep­ter. » La chute ? « Je ne m’at­ten­dais pas à tom­ber comme ça. Le fait d’in­sis­ter hors tra­jec­toire m’a fait re­mettre un peu d’angle... C’est une er­reur de pi­lo­tage, j’étais (phy­si­que­ment) en sur­ré­gime. Au­jourd’hui, on man­quait de puis­sance. On peut se plaindre de grip, etc., la Ya­ma­ha fonc­tionne très bien ici, mais avec les 20 kg de plus [le ré­ser­voir plein, ndr], plus de puis­sance, ça m’au­rait ai­dé. »

Bien sûr, il n’y a pas eu que la course de Jo­hann Zar­co, les autres pi­lotes Mo­togp ne sont pas ren­trés aux stands après la chute du Fran­çais, les spec­ta­teurs n’ont pas non plus dé­ser­té les tri­bunes. Mais ce Grand Prix de France n’avait plus tout à fait la même sa­veur. Sauf bien sûr aux lèvres de ceux qui ont su ti­rer les mar­rons du feu sur cette course à éli­mi­na­tion. A com­men­cer par Marc Mar­quez, le pa­tron. Un troi­sième suc­cès de rang pour l’es­pa­gnol, mais aus­si un re­tour vic­to­rieux pour Hon­da au Mans de­puis 2014, avec le même MM93 au gui­don. Une vic­toire construite avec in­tel­li­gence plus qu’avec fougue, pour une fois. « Je suis par­ti­cu­liè­re­ment heu­reux de ce suc­cès au Mans, car c’est

l’une des pistes les plus dif­fi­ciles pour nous ! Pour­tant, ça n’a pas été simple au dé­but : Zar­co m’a tou­ché dans le vi­rage 2, puis Ian­none a failli m’embarquer dans sa chute… Au­jourd’hui, j’étais le seul en pneu ar­rière hard [dur] et je sa­vais qu’il me fau­drait un peu plus de temps pour le mettre en tem­pé­ra­ture, j’ai été pru­dent. Je tra­verse ac­tuel­le­ment une pé­riode très tendre — “sweet” dit-il en an­glais — avec ma mo­to, et quand vous avez ces sen­sa­tions, vous tra­vaillez mieux, vous rou­lez mieux, la mo­to fonc­tionne mieux. » En clair, les autres risquent bien de ne voir que l’ar­rière de sa selle, au mieux. Les heu­reux, ce sont bien sûr Da­ni­lo Pe­truc­ci et sa Du­ca­ti Pra­mac, so­lides tout le week-end, su­perbe deuxièmes —« On a bais­sé l’avant de la mo­to de 3 mm. Dans la vie, 3 mm, c’est pas grand-chose. Mais en Mo­togp, c’est la dif­fé­rence entre la trei­zième place et la tête de course ! » —, tout comme Jack Miller, son co­équi­pier, sur­pre­nant qua­trième. Mais c’est aus­si Va­len­ti­no Ros­si que bien peu de pa­rieurs au­raient mis sur le po­dium, à com­men­cer par lui-même : « J’étais un peu pes­si­miste après les es­sais, mais on a fait quelques mo­difs sur l’équi­libre de la mo­to pour avoir un peu plus de grip et perdre moins à l’ac­cé­lé­ra­tion. » On pen­sait les Yam fac­to­ry à la rue, elles sont tout de même deuxième et qua­trième au cham­pion­nat, Zar­co dé­sor­mais troi­sième, même si Ros­si s’at­tend à souf­frir au Mu­gel­lo. Les per­dants, c’est bien sûr Do­vi­zio­so, avec un deuxième ré­sul­tat blanc d’af­fi­lé ; c’est Ian­none (chute) ; c’est Rins en pe­tite forme… En fait, il n’y a qu’un seul ga­gnant, le n° 93 et Marc Mar­quez n’a vi­si­ble­ment par fi­ni d’ali­gner les suc­cès, les titres aus­si. Pro­chain GP le 3 juin au Mu­gel­lo, Ita­lie.

Ter­rible image... Peu après, on se dit que Jo­hann Zar­co va peut-être pou­voir re­par­tir. Peine per­due, cette chute au Ga­rage vert se­ra fa­tale. Quel coup dur ! Au clas­se­ment pro­vi­soire, Jo­hann re­cule d’une place ; il est dé­sor­mais troi­sième.

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S’il a été de­van­cé par Zar­co aux es­sais, Marc Mar­quez n’a lais­sé à per­sonne d’autre le soin de ga­gner la course, pour rem­por­ter la 64e vic­toire de sa car­rière, sa 38e en Mo­togp. Au pro­vi­soire, il s’en­vole.

[1] Dé­pla­ce­ment La ligne de dé­part a été dé­pla­cée de 145 m vers le haut de la ligne droite en di­rec­tion de la chi­cane Dun­lop. Une bonne ini­tia­tive, prise pour qu’un maxi­mum de spec­ta­teurs puissent voir le dé­part. [2] Dé­çu Ma­ve­rick Vi­nales n’a pas gagné comme en 2017 ; il ter­mine 7e sans avoir pu se mê­ler à la ba­garre en tête, à sa grande dé­cep­tion. Un ré­sul­tat en de­çà de ce qu’il es­pé­rait, même s’il est tou­jours 2e du pro­vi­soire. 1

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[3] En­tente Jo­hann fé­li­ci­té par son pa­tron Her­vé Pon­cha­ral. Une re­la­tion forte, pro­duc­tive (pour cause !) et em­preinte de res­pect. Cô­té pro­fes­sion­nel, elle pren­dra mal­heu­reu­se­ment fin en 2019...

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1 2 [1] Grand mo­ment Après une pre­mière édi­tion en 2017, l’in­ter­na­tio­nal Brid­ges­tone Han­dy Race était de re­tour au Mans. La course, dis­pu­tée le sa­me­di, a été rem­por­tée par l’ita­lien Da­niele Bar­be­ro. On y re­vient très vite. [2] Gé­né­ra­li­sa­tion Les bras os­cil­lants en car­bone se gé­né­ra­lisent pro­gres­si­ve­ment sur les mo­togp. [3] Pas de point Sur sa Su­zu­ki d’usine, An­drea Ian­none fut le deuxième à chu­ter lors de la course. Lui qui res­tait sur deux po­diums consé­cu­tifs et était 4e sur la grille, ne marque donc au­cun point.

1 2 [1] Pois­son pi­lote Le na­geur Ca­mille La­court était comme un pois­son dans l’eau. Avant le dé­part du Mo­togp, ce fan de mo­to et de Zar­co a por­té le dra­peau fran­çais pen­dant la Mar­seillaise. [2] Lé­gendes Pour le 25e an­ni­ver­saire du GP de France or­ga­ni­sé par Mi­chy, une très belle ex­po a réuni des mo­tos ayant écrit l’his­toire des GP de 1994 à 2017.

Sur sa mo­to sa­tel­lite, Da­ni­lo Pe­truc­ci est le pre­mier pi­lote Du­ca­ti. Et de quelle ma­nière ! 3e sur la grille après de ma­gni­fiques es­sais, l’ita­lien confirme sa très belle 4e place de Je­rez en ter­mi­nant 2e de­vant Va­len­ti­no Ros­si.

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[1] Bon se­cond Pre­mier roo­kie, Ha­fizh Syah­rin prend la 12e place, après des es­sais conclus en 14e po­si­tion. Le co­équi­pier de Zar­co chez Tech3 conti­nue son beau par­cours. [2] So­lide En 2017, Da­ni Pe­dro­sa avait ter­mi­né 3e et pre­mier pi­lote Hon­da. Cette an­née, il fi­nit 5e. « Un ré­sul­tat dé­cent si on consi­dère mon week-end et ma condi­tion phy­sique » consé­cu­tive à sa chute de Je­rez. 1

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Le sa­me­di en Q1, Cal Crut­chlow a fait un spec­ta­cu­laire high-side qui l’a lais­sé bien meur­tri. Après une nuit à l’hô­pi­tal du Mans où rien de très grave n’a heu­reu­se­ment été dé­tec­té, l’an­glais a pu prendre le dé­part du GP, dans la dou­leur... Mal­gré tout, il ter­mine 8e !

[1] Bien Aleix Espargaro place son Apri­lia Gre­si­ni 9e à l’ar­ri­vée. Pour le pi­lote es­pa­gnol, qui vient de pro­lon­ger pour deux ans de plus son contrat avec la marque ita­lienne, c’est le meilleur ré­sul­tat de la sai­son. [2] Blanc An­drea Do­vi­zi­sio, qui a re­si­gné chez Du­ca­ti pour deux ans, a aban­don­né sur chute alors qu’il me­nait de­vant Lo­ren­zo, Zar­co et Mar­quez. Son se­cond ré­sul­tat blanc en deux courses. 1

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[3] Heu­reux Marc Mar­quez heu­reux comme un gar­ne­ment après sa troi­sième vic­toire d’af­fi­lée cette sai­son et une em­prise to­tale sur le clas­se­ment.

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