DEUX ITA­LIENNES SUR L’AN­NEAU

Moto Revue Classic - - Christian Bourgeois Raconte -

De prime abord, il pou­vait sem­bler ana­chro­nique d’em­me­ner une Mo­to Guzzi V7 à Montl­hé­ry. Ce mo­dèle jouait dans le re­gistre tou­risme pei­nard et dès le pre­mier tour de re­con­nais­sance, j’avais pu ap­pré­hen­der la tâche qui m’at­ten­dait. Il faut bien dire que quelque temps au­pa­ra­vant, un jour­na­liste avait per­du le contrôle de sa ma­chine. Il n’avait pu rec­ti­fier la tra­jec­toire de sa Guzzi à la sor­tie du deuxième vi­rage re­le­vé. Le sens d’uti­li­sa­tion de l’an­neau étant contraire à ce­lui d’une montre, il avait per­cu­té de plein fouet la tour de contrôle, avec l’is­sue fa­tale que vous pou­vez ima­gi­ner. J’avais en­core tout ce­la en mé­moire et j’avais pré­fé­ré y al­ler cres­cen­do. Ef­fec­ti­ve­ment, la Guzzi V7 avait ten­dance à se dan­di­ner en per­ma­nence. Plus on es­sayait de se cram­pon­ner à son gui­don, plus les lou­voie­ments de­ve­naient im­por­tants. C’est ain­si que j’ai pu com­prendre et re­cons­ti­tuer les rai­sons pos­sibles de l’ac­ci­dent de mon col­lègue. La V7 avait en outre ten­dance à conti­nuer son vi­rage à la sor­tie de la par­tie re­le­vée de l’an­neau sous les ef­fets de la force cen­tri­fuge. Il fal­lait ef­fec­ti­ve­ment pous­ser très fort sur le cô­té gauche du gui­don pour la main­te­nir sur sa tra­jec­toire et sur­tout, ne pas cou­per sous peine de re­ve­nir im­mé­dia­te­ment vers l’in­té­rieur. Mais tous les « bestiaux » fi­nissent par s’ap­pri­voi­ser, même cette ba­leine blanche. La moins pire des solutions consis­tait à te­nir le gui­don de la seule main droite avec une grande dé­li­ca­tesse. En ef­fet, toute contrainte sur la di­rec­tion gé­né­rait les fa­meux lou­voie­ments. Néan­moins, en apnée, il était pos­sible de bou­cler un tour cou­ché, à fond. L’an­neau de Montl­hé­ry sanc­tion­nait im­mé­dia­te­ment les ma­chines au com­por­te­ment dou­teux et à la géo­mé­trie de cadre ap­proxi­ma­tive. Ce mo­dèle seul – et non pas l’en­semble de la marque Guzzi – doit être mis en cause ici. La marque de Man­del­lo sut éga­le­ment construire des ma­chines spor­tives fa­bu­leuses et en par­ti­cu­lier, la V7 Sport, do­tée d’une mé­ca­nique si­mi­laire mais d’une tout autre par­tie-cycle, celle-là ir­ré­pro­chable. Autre construc­teur ita­lien, Be­nel­li fut le pre­mier construc­teur à com­mer­cia­li­ser une ma­chine de sé­rie avec un mo­teur 6-cy­lindres en ligne, bien avant la Hon­da CBX. Son ins­ti­ga­teur était Alessandro De To­ma­so, le même que ce­lui des ma­gni­fiques Pan­te­ra. Pour ce faire, Be­nel­li avait ajou­té 2 cy­lindres à sa 500 Four. Un pro­cé­dé simple pour ob­te­nir, à moindres frais de dé­ve­lop­pe­ment, un mo­dèle haut de gamme. Mo­to Re­vue avait ob­te­nu le pri­vi­lège d’es­sayer en avant-pre­mière la « Sei ». Ren­dez-vous est donc pris, à Montl­hé­ry, par un froid ma­tin d’hi­ver. La Sei est des­cen­due avec pré­cau­tion de la re­morque. J’en fais le tour et nous en pro­fi­tons pour tout ap­prendre d’elle de la part du dé­lé­gué de la marque. Il faut dire qu’elle est très belle dans sa li­vrée rouge avec des fi­lets de dif­fé­rentes cou­leurs et sur­tout, avec son groupe pro­pul­seur qui en jette plein les yeux. Le mé­ca­ni­cien dé­marre le mo­teur au pre­mier coup de dé­mar­reur élec­trique, ma­chine sur la bé­quille cen­trale, pour le faire chauf­fer et faire pro­fi­ter l’as­sem­blée du bruit mé­lo­dieux du 6 pattes et de ses 6 échap­pe­ments. Au pre­mier coup de gaz ap­puyé, c’est la stu­peur. Un jet d’huile sur­git de l’avant du mo­teur et une pièce, le filtre à huile, se met à rou­ler dou­ce­ment sur le sol. La fon­de­rie ne devait pas être la qua­li­té pre­mière des Be­nel­li de pré­sé­rie. En rai­son du froid, l’huile mo­teur était com­plè­te­ment fi­gée et sous la pres­sion d’huile in­ha­bi­tuelle, l’al­liage d’alu­mi­nium du car­ter mo­teur avait cé­dé et pro­je­té en avant le fa­meux filtre avec tout le fi­le­tage. Ques­tion gag, dif­fi­cile de faire mieux ! Pas be­soin d’être de­vin pour dire que l’es­sai fut ter­mi­né avant même d’avoir com­men­cé. Pour une fois, nous fûmes contraints de mo­di­fier le som­maire et de réa­li­ser à la hâte un ar­ticle de rem­pla­ce­ment.

« AU PRE­MIER COUP DE GAZ AP­PUYÉ, C’EST LA STU­PEUR. LE FILTRE À HUILE SE MET À ROU­LER DOU­CE­MENT SUR LE SOL »

À gauche, Ch­ris­tian Bour­geois à Bourg-en-bresse en 1969 et, ci-contre, F.-M. Du­mas, autre jour­na­liste de Mo­to Re­vue, sur la Be­nel­li 750 Sei.

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