Sten Lun­din, 30 ans d’ami­tié

Moto Revue Classic - - Boîte Aux Lettres -

Il nous a fal­lu du temps avant de rendre hom­mage à Sten Lun­din, le cham­pion de mo­to­cross sué­dois dis­pa­ru l’an der­nier à 84 ans mais à pré­sent, ce­la nous semble in­dis­pen­sable. Au prin­temps, alors que Stock­holm connaît des jour­nées moins sombres et plus longues, les Sué­dois re­trouvent leur éner­gie et s’ap­prêtent à cé­lé­brer les fêtes de « Mid­sum­mer ». Nous sommes en 2016 et Sten, que nous avons au té­lé­phone, est heu­reux : il vient d’éta­blir son plan­ning pour cette nou­velle sai­son. Il vient aus­si de ren­trer de Thaï­lande où il s’était ren­du avec sa femme Britt après une vi­site chez leur ami Rolf Ti­blin (grand concur­rent dans les an­nées 60). Il est fa­ti­gué car il ne s’est tou­jours pas re­mis d’un zo­na contrac­té en 2009 et ac­cuse le coup des an­nées pas­sées à ne pas se mé­na­ger : une car­rière de pi­lote de mo­to­cross de 23 ans, ça laisse des traces. La ci­gogne – c’est son surnom – était un homme sage, au style pur, do­té d’une forte per­son­na­li­té et d’un in­croyable sens de la maî­trise de la course. En 2000, Sten fut af­fec­té par notre dé­ci­sion d’ar­rê­ter le Nor­man Scramble, bien qu’il com­prît très vite les dif­fi­cul­tés liées à l’évo­lu­tion de cet évé­ne­ment vin­tage. Lors de cette même édi­tion, nous avions eu le pri­vi­lège, lors de la re­mise des prix, de re­ce­voir de ses mains son fa­meux casque, son maillot Li­to (qu’il a si sou­vent por­té), ses gants et ses bottes, et avons été plus qu’émus de re­ce­voir de tels ca­deaux. Aus­si, cette col­lec­tion fi­gure-t-elle en bonne place dans notre mai­son. Sten était notre ami, et mal­gré l’ar­rêt du Nor­man Scramble, il conti­nue­ra de nous rendre vi­site pour par­ti­ci­per à des épreuves de trial au gui­don de ma Norton 500 T Norton et d’en­du­ro avec une Ya­ma­ha 500 HL de sa concep­tion. Les autres an­nées, en oc­tobre, lors de nos en­traî­ne­ments, il ve­nait en spec­ta­teur pour re­trou­ver tous ses amis. Notre pre­mier contact re­monte à 1987. Ce fut pour lui un dé­clen­cheur : à par­tir de ce mo­ment-là, il consa­cra tout son temps à re­mon­ter et res­tau­rer sa Li­to cham­pionne du monde 1961 ! Les pièces de sa moto avaient été ven­dues et dis­per­sées aux quatre coins de la Suède et il ne lui res­tait que le cadre et le mo­teur. Il se mit en quête de tous ceux à qui il avait ven­du ces pièces. C’est ain­si qu’il re­trou­ve­ra son ré­ser­voir ori­gi­nal, sa fourche à axe dé­por­té pro­to­type Ce­ria­ni et les tés de fourche lui per­met­tant de mo­di­fier la chasse de sa ma­chine. Il fut sur­pris par l’am­pleur de notre évé­ne­ment : le nombre de pi­lotes, de na­tions et de spec­ta­teurs. Une an­née, il sor­ti­ra même du coffre de sa Mer­cedes d’époque sa Mo­nark 500 qu’il re­mon­ta dans notre jar­din pour prendre part au dé­fi­lé du Nor­man Scramble dans la ville de Dieppe ! Il nous di­sait tou­jours dans un grand éclat de rire : « Vous êtes fous ! » Mais il était tel­le­ment heu­reux de re­trou­ver ses amis, les An­glais John Dra­per, Dave Bi­ckers, Don et De­reck Ri­ck­man, John Giles, le Belge Vic­tor Le­loup, les Sué­dois Ove Lun­dell, Rolf Ti­blin, Kurt Gus­tav­son et bien sûr, les Fran­çais Re­né Klym, Ré­my Ju­lienne, Gil­bert Bras­sine, Serge Ba­cou… Pour lui, « ces pi­lotes ont fait l’his­toire du mo­to­cross et celle du Nor­man Scramble » . Tou­jours dis­po­nible pour son pu­blic – an­cien et nou­veau –, hy­per heu­reux d’en­tendre le bruit de sa Mo­nark et ra­vi de la pi­lo­ter, il rem­por­tait ré­gu­liè­re­ment des sé­ries pré-60 et + de 60 ans. Sten com­men­ça le mo­to­cross en 1948, juste après la guerre, au gui­don d’une 350 AJS qu’il mo­di­fia dès ses dé­buts. Pour sa pre­mière course, face à des pi­lotes confir­més, il s’im­po­se­ra dans les cinq pre­miers. Il com­prit vite qu’il avait du ta­lent pour la dis­ci­pline mais que pour réus­sir, il lui fal­lait mo­di­fier son hy­giène de vie, c’est-à-dire ne plus fu­mer et faire du sport car, en Suède, les sai­sons com­mencent dans la neige en mars pour se ter­mi­ner en sep­tembre. Pi­lote pro­fes­sion­nel dès 1953 pour BSA, il pos­sède un très beau pal­ma­rès avec 24 vic­toires en Grands Prix, 3 titres de cham­pion du monde (1959, 1961 et 1967) sur Mo­nark et 3 titres de cham­pion de Suède (1955, 1958, 1961). Il est aus­si à l’ori­gine de la fa­meuse HL 500 à mo­teur de Ya­ma­ha XT 500 pi­lo­tée par Bengt Aberg. Sten, tu nous manques dé­jà... Ma­rion et Fa­brice Ba­zire, or­ga­ni­sa­teurs du Nor­man Scramble à Beau­val-en-caux (76) .

1- En 1971, la ci­gogne prend son en­vol sur la Li­to 500. 2- Sten Lun­din en 1992 à Beau­va­len-caux. 3- Avec le pro­to­type de HL 500 à mo­teur Ya­ma­ha XT. 4- Ses dé­buts sur AJS en 1953.

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