Moto Verte

COLLECTION

- Par La Pouge

Gros plan sur les CR de Bruno David…

Bruno David, alias Tonton Bruno, nous a ouvert les portes de son incroyable collection de Honda CR située dans son domaine viticole. Des premières Elsinore 70’s au sublime proto 500 VRP de 84 en passant par toutes les 500 CR (1981-2001) plus une assemblée inédite de kits Mugen et autres étrangetés, on en a pris plein les yeux. Accrochez-vous…

« Il y avait des motos très rares à des prix plutôt bas. Internet a tout changé… »

Bruno David

On est du côté de Langon, au coeur de la Gironde. Comptez 45 minutes pour Bordeaux et une heure pour voir la Dune du Pilat. Pas trop de surfeurs par ici, mais plutôt des vignerons tout aussi bronzés au boulot dans des allées tirées au cordeau. AOC Graves pour les connaisseu­rs. Une appellatio­n qui fait face aux rangs de Sauternes ou autres Loupiac (si on élargit, hein). Tu sais que tu vas te régaler quand on t’offre un verre de pif par ici. Ce que tu sais moins, c’est qu’un de ces vignerons durs à la tâche est aussi un grand fan de cross japonaises. De Honda CR plus précisémen­t. Tout d’abord de la 500, cette chose qui a tant effrayé et émerveillé des hordes de gamins (dont je faisais partie, faut bien le dire). Celle que dynamitait tout de blanc vêtu Dédé Malherbe avec ses potes du HRC en Mondial 500 dans les années 80. Celle ensuite qu’un certain David Bailey maniait comme un vulgaire 250 un peu plus tard sur la west coast. Celle enfin que JeanMimi faisait gagner au nez et à la barbe des

Ricains au tout début des 90’s en outdoor. Mais il n’y a pas que la 500 dans la vie de Tonton Bruno. Il adore aussi tout ce qui ressemble à un kit Mugen, ce préparateu­r japonais qui faisait des merveilles dans les seventies et eighties sur les CR stock. Ce p’tit logo japonais l’a fait rêver gamin et voilà qu’il en possède désormais les plus beaux spécimens. Comptez aussi quelques raretés, des 125 ou 250 à cadre alu bien avant que celui-ci ne se généralise dans la seconde moitié des années 90, une sublime 125 McGrath replica (période team Peak), une hyper rare 500 HP4 américaine, une poignée de 80 CR dont un très rare exemplaire kité Mugen… Et puis des erreurs de casting comme cette CR endurisée à moteur Gas Gas 300, une Yamaha 500 à kit GPX liquide, une Fantic Caballero. Et last but not least (comme on dit à Langon quand on est né à Manchester), la fameuse 500 CR liquide HRC 84 replica fabriquée par l’artisan italien VRP pour Maurizio Dolce. Un bolide unique en son genre, mélange de pièces usine, de moteur liquide quasiment « fait à la main » et de suspension­s Showa renfermant du matériel WP (!). En tout, une grosse trentaine de machines toutes aussi exceptionn­elles les unes que les autres. Avec une histoire grande « comme ça » forcément bourrée d’anecdotes. Y’en a

vraiment pour tous les goûts mais pas pour toutes les bourses. Trente ans de recherches, de négociatio­ns et surtout d’huile de coude ont été nécessaire­s à rassembler tout ça. Car oui, Bruno David ne se contente pas de racheter des motos tip-top. Ce qui l’intéresse, c’est le chemin pour parvenir à ses fins. Il chine, il discute et surtout, il mécanique lui-même. Avec des complices, il l’avoue sans détour. Mais il n’adore rien de plus que s’enfermer pour bricoler dans son « atelier-garage-salonmusée-bar des copains » qui jouxte sa jolie maison du XIXe siècle et surtout la grange dans laquelle sont précieusem­ent conservées ses belles. Insaisissa­bles car planquées sous les toits, uniquement accessible­s par un monte-charge. Oui, mieux vaut prévenir quand on a rassemblé un tel trésor. Ah, et puis ce qui est important dans tout ça, c’est que ses belles roulent. Ou ont toutes roulé à un moment ou à un autre au cours de ces dernières années. Ce qui fait une belle différence dans l’esprit de cette collection et nous semble plutôt excitant.

Rouge de plaisir

« C’est impossible de ne pas s’en servir, avoue tonton Bruno avec son sourire si facile. Quand j’en ai terminé une, je veux savoir ce qu’elle vaut, comment elle marche. » La plupart de ces machines ont donc participé à une épreuve du championna­t de France

« Cette 500 n’est pas une vraie HRC mais ça reste une sacrée rareté. »

vintage depuis la fin des années 90. Ou à une course de ligue au milieu de motos contempora­ines. Ou simplement fait quelques tours sur le terrain de cross tracé sur la propriété de Bruno. Le rêve de tout fan, rouler dans son jardin, Bruno le vit éveillé tous les jours. Et donc pousse ses beautés rares sur son circuit perso pour voir s’il a bien bossé en atelier. Car rouler est d’abord sa première passion. Une passion qu’il découvre sur une 125 YZ 79 à l’âge de 14-15 ans. Deux ans plus tard, au retour d’un cross régional, la 403 familiale tombe en panne près de chez Marianne et Michel Moreau, concession­naires Honda historique­s dans le Sud-Ouest. Ils acceptent de garder les motos jusqu’à ce que le père de Bruno revienne les chercher. Ainsi naquit la vocation Honda quand Marianne le fait craquer sur une 125 CR 82. « J’avais 16 ans et je pouvais enfin attaquer la compétitio­n », se souvient Bruno qui n’allait pas tarder à tutoyer le podium en ligue avant d’essayer en fin de saison 84 une 480 CR prêtée par Michel Musquin. « J’arrivais presque à suivre les meilleurs avec cette moto alors qu’en 125, j’étais très loin. J’avais un pilotage tout en souplesse et les grosses cylindrées collaient bien avec. » La saison terminée, il a 18 ans et s’offre sa première grosse CR. Une 84. « Et là franchemen­t, j’ai commencé à mettre des torgnoles à tout le monde avec cette moto » (rires), lâche Bruno. Le demi-litre jap’ allait rester sa cylindrée fétiche jusqu’en 91, année de sa retraite sportive. Et ce après deux titres 500 en Aquitaine mais surtout le titre de champion de France National 500 obtenu en 1990. Plus une 7e place au Touquet, une 2e place à Hossegor ou une 4e place à l’Enduro des Baïnes durant les années 80. Pas un manchot Tonton Bruno ! Surtout face aux Michel Musquin, Hervé Alphand, Michel San Juan, Alain Pérez, Bernard Costes, Didier Dordet… etc., figures de proue du 500 National de ces années-là. En 91, il met le holà sur la compétitio­n à haut niveau. Mais pas totalement puisqu’il se met à s’intéresser aux machines vintage. « Ma première moto restaurée était une 125 CR Elsinore 77 achetée en 92. Une moto que je voulais à tout prix en étant gamin et que mon père n’avait jamais voulu m’acheter. » Plus tard il se rend sur une course d’anciennes à Arbis et craque sur le concept. Le voilà de retour à la compétitio­n sur une paire de 125 Elsinore 79. La passion de l’ancienne arrive en force et c’est

« Ce qui est important dans tout ça, c’est que ses belles roulent. »

parti. Forcément, la 500 CR est à la fête jusqu’à retrouver tous les modèles de 81 (la 450) à 91 (la dernière 500 deux-temps liquide produite par les rouges). « Au début, y’avait pas d’internet, en tout cas pas comme aujourd’hui. Je trouvais beaucoup de choses sur le magazine La vie de la Moto. Il y avait des motos très rares à des prix plutôt bas. Internet a tout changé… » De fin 90 à 2005, il amasse l’essentiel de sa collection, les 500, les Mugen et les raretés. « Désormais, il me faut un vrai coup de coeur pour craquer sur une machine, comme la 540 HP4 à moteur XLS et cadre américain CJ que je termine actuelleme­nt. » Ses Mugen, il les justifie par leur caractère incroyable­ment facile et leur potentiel. « Les kits moteur Mugen étaient performant­s mais rendaient surtout beaucoup plus accessible la puissance contrairem­ent à ce qu’on pense, explique Bruno avec un sourire en coin. Par exemple sur mon terrain avec la 360 ME de 1980, je tourne à seulement deux secondes de mon temps de référence établi avec la 450 CRF 2018 ! Ça paraît incroyable mais c’est la

vérité… J’ai fait des podiums en ligue moderne avec cette 360 (rires). Et j’ai été champion de France vintage avec. »

Rouge qui tache

« Je n’ai pas fait un show-room, répond Bruno quand on lui demande s’il n’a pas envie d’ouvrir cette collection à un plus large public. Je veux bien montrer ma collection à des gens qui me le demandent, ça arrive de temps en temps et c’est ce qui fait l’intérêt d’un tel passe-temps : échanger avec des amateurs de belles mécaniques. Mais tout ça, c’est surtout pour me faire plaisir et rouler », poursuit-il, sincère. Pas étonnant de voir certaines de ses motos porter encore un paquet de stigmates, loin d’être toutes rutilantes comme l’exige en principe le code d’honneur du collection­neur lambda. « Si je les ai faites une fois, je peux bien les refaire, non ? », se justifie-t-il en rigolant une fois de plus. À 54 ans, Tonton Bruno a la patate et quand on le voit tourner sur son terrain de cross, il n’amuse vraiment pas le terrain. S’envoyant les grands sauts en montée et en descente comme quand il menait le championna­t de France National 500 en 90. Il roule avec ses anciennes et une 450 CRF récente. Et l’avoue : « Les motos d’aujourd’hui sont incroyable­ment performant­es. Ce sont des bêtes de course. Tu sors une Honda de caisse et tu peux quasiment faire l’Élite avec. À l’époque, fallait sacrément bosser dessus pour rouler à bon niveau. Mais bon, c’est pas drôle au final. Je trouve qu’elles manquent de caractère, qu’elles vieillisse­nt assez mal aussi. Ça manque de charme, c’est trop aseptisé. Je ne me vois pas collection­ner les CRF dans vingt ans. » En attendant, Bruno David peut se targuer d’avoir une collection unique en son genre, quand bien même il n’en fait pas tout un fromage. S’il connaît quelques collection­neurs de raretés Honda, à son avis, personne n’a autant de belles rouges assemblées au même endroit. « Peut-être que je me trompe, mais je n’en connais pas d’autres comme ça en France. Même s’il y a beaucoup de collection­neurs Honda chez nous. » Voilà, prêt à ouvrir son coffre pour qui lui demandera gentiment et saura se montrer réellement intéressé par l’histoire des CR, Bruno continuera d’en dévoiler certaines lors des épreuves d’anciennes qu’il écume avec ses potes du team RCR mené par son beau-frère Jeff Rigodanzo. Une équipe de rigolos, fans de vieillerie­s qu’ils retapent et font craquer en championna­t vintage et autres épreuves mêlant modernes et anciennes. Impossible de les manquer, sont quasiment tous en rouge. Et amateurs de rouge qui tache aussi… On ne se refait pas.

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 ??  ?? Des 500 CR alignées comme à la parade dans la grange de Bruno David. Tous les modèles, de la 450 CR 1981 à l’ultime 500 CR de 2001. Y’a bon !
Des 500 CR alignées comme à la parade dans la grange de Bruno David. Tous les modèles, de la 450 CR 1981 à l’ultime 500 CR de 2001. Y’a bon !
 ??  ?? Avec ses potes du team R2R, Bruno David a ramené pas mal de trophées dans son atelier de Langon. Véritable antre de sorcier où il répare toutes ses anciennes et reçoit ses potes le temps d’un week-end de roulage. Sont pas beaux les Honda fans ?
Avec ses potes du team R2R, Bruno David a ramené pas mal de trophées dans son atelier de Langon. Véritable antre de sorcier où il répare toutes ses anciennes et reçoit ses potes le temps d’un week-end de roulage. Sont pas beaux les Honda fans ?
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 ??  ?? Face aux 500 CR, on trouve un tas de raretés Honda, la plupart estampillé­es Mugen, le sorcier japonais qui donnait du souffle aux CR dans les 70’s et 80’s.
Face aux 500 CR, on trouve un tas de raretés Honda, la plupart estampillé­es Mugen, le sorcier japonais qui donnait du souffle aux CR dans les 70’s et 80’s.
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 ??  ?? Une 250 CR 89 réhabilité­e par Bruno et Jeff pour leur pote Éric Deshayes, autre fan du team R2R. Bras oscillant à la sauce HRC, réservoir alu, moteur préparé, suspension­s WP et Öhlins…
Une 250 CR 89 réhabilité­e par Bruno et Jeff pour leur pote Éric Deshayes, autre fan du team R2R. Bras oscillant à la sauce HRC, réservoir alu, moteur préparé, suspension­s WP et Öhlins…
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 ??  ?? Une CR descend du ciel… et arrive dans l’atelier de Bruno comme par miracle. Tonton Bruno passe des heures dans son garage.
Une CR descend du ciel… et arrive dans l’atelier de Bruno comme par miracle. Tonton Bruno passe des heures dans son garage.
 ??  ?? Réservoir alu à la forme du long kick, amortisseu­r Showa avec pièces WP en interne, arrière de cadre alu…
Réservoir alu à la forme du long kick, amortisseu­r Showa avec pièces WP en interne, arrière de cadre alu…
 ??  ?? Yann Guédard a été surpris par la facilité de cette moto sur le terrain de Bruno. Facile et performant­e.
Yann Guédard a été surpris par la facilité de cette moto sur le terrain de Bruno. Facile et performant­e.
 ??  ?? C’est le clou de sa collection, cette 500 CR HRC « replica » construite à l’unité par le sorcier italien VRP en 84, moteur liquide compris, semblable aux blocs usine.
C’est le clou de sa collection, cette 500 CR HRC « replica » construite à l’unité par le sorcier italien VRP en 84, moteur liquide compris, semblable aux blocs usine.
 ??  ?? Cette 125 CR 84 à cadre alu est issue d’une mini-série de cinq motos dont le cadre était assemblé par Claude Fior, spécialist­e de l’alu dans ces années-là.
Cette 125 CR 84 à cadre alu est issue d’une mini-série de cinq motos dont le cadre était assemblé par Claude Fior, spécialist­e de l’alu dans ces années-là.
 ??  ?? On retrouve des CR Mugen un peu partout dans la grange de Bruno David. Certaineme­nt l’une des plus belles collection­s Mugen en France.
On retrouve des CR Mugen un peu partout dans la grange de Bruno David. Certaineme­nt l’une des plus belles collection­s Mugen en France.
 ??  ?? C’est marqué sur la porte : « Honda parking only ». Les rouges comme une véritable obsession…
C’est marqué sur la porte : « Honda parking only ». Les rouges comme une véritable obsession…
 ??  ?? Une 125 CR de la fin des 70’s façon ME Mugen. Une des machines qui le faisaient rêver quand il était jeune crossman.
Une 125 CR de la fin des 70’s façon ME Mugen. Une des machines qui le faisaient rêver quand il était jeune crossman.
 ??  ?? Ça bricole dur dans la cour de Bruno David. Les gars du team R2R passent leur temps à bichonner leurs beautés avant de les enfourcher.
Ça bricole dur dans la cour de Bruno David. Les gars du team R2R passent leur temps à bichonner leurs beautés avant de les enfourcher.

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