Le sys­tème de sé­cu­ri­té d’iran : un corps mul­tiple au coeur du pou­voir

Moyen-Orient - - SOMMAIRE - Wal­ter Posch

Le sys­tème de sé­cu­ri­té de la Ré­pu­blique is­la­mique – en­semble re­grou­pant ins­ti­tu­tions et or­ga­nismes char­gés de la sé­cu­ri­té ex­té­rieure et in­té­rieure – est un do­maine peu abor­dé. La lit­té­ra­ture oc­ci­den­tale consa­crée au su­jet est es­sen­tiel­le­ment si­gnée par des An­glo-saxons qui ignorent sou­vent les sources ira­niennes. Pour­tant, on trouve des pu­bli­ca­tions d’ana­lystes lo­caux et des ma­ga­zines édi­tés par l’ar­mée, les Gar­diens de la ré­vo­lu­tion (pas­da­ran) et la po­lice, sans ou­blier les textes de loi et les di­rec­tives de services pu­bliés sur In­ter­net. Il en ré­sulte un corps du ren­sei­gne­ment pro­téi­forme, mais puis­sant.

Lor­gane de sé­cu­ri­té ira­nien est sem­blable à ce­lui d’autres ré­gimes au­to­ri­taires et idéo­lo­giques : une ar­mée de mé­tier et une po­lice à l’ef­fec­tif im­por­tant, mais tech­no­lo­gi­que­ment ob­so­lètes font face à un ré­seau de forces de ren­sei­gne­ment et pa­ra­mi­li­taires as­su­rant la sé­cu­ri­té in­té­rieure. En Iran, les mo­destes moyens mi­li­taires sont com­pen­sés par une confiance pui­sée dans l’idéo­lo­gie is­la­miste an­ti-im­pé­ria­liste et un sou­tien aux mou­ve­ments ré­vo­lu­tion­naires et al­ter­mon­dia­listes, se­lon les ar­ticles 152, 153 et 154 de la Consti­tu­tion. En ce sens, les États-unis res­tent le pire en­ne­mi de Té­hé­ran. L’ac­cord de juillet 2015 sur le programme nu­cléaire n’y change pas grand­chose. On peut sim­ple­ment es­pé­rer une ré­éva­lua­tion des in­té­rêts stra­té­giques com­muns pour les deux pays, à sa­voir la sta­bi­li­sa­tion de l’irak et la lutte contre l’or­ga­ni­sa­tion de l’état is­la­mique (EI ou Daech).

• Un rôle stra­té­gique en haut de l’exer­cice de l’état

L’or­gane de sé­cu­ri­té ira­nien est di­ri­gé par le Guide su­prême de la ré­vo­lu­tion, et sur­veillé et en­doc­tri­né par des clercs. À la tête du pou­voir de­puis 1989, on trouve le grand aya­tol­lah Ali Kha­me­nei ; ses fonc­tions sont triples : ju­ris­con­sulte su­prême, Guide de la ré­vo­lu­tion et chef des forces ar­mées. Il est as­sis­té par un bu­reau de 5 000 hommes (beit-e rah­ba­ri), dont on connaît peu la com­po­si­tion. Ce der­nier pos­sède un dé­par­te­ment char­gé des af­faires mi­li­taires et de ren­sei­gne­ment, un autre dit de ré­vi­sion, char­gé de clarifier les dys­fonc­tion­ne­ments de l’or­gane de sé­cu­ri­té et une pro­tec­tion per­son­nelle consti­tuée par une uni­té de pas­da­ran. Ali Kha­me­nei dé­signe les com­man­dants des forces ar­mées et le chef d’état-ma­jor.

Le pré­sident jouit tout au plus d’un droit de pro­po­si­tion (par exemple pour la no­mi­na­tion du chef de la po­lice). Il est im­pli­qué, par le biais du Haut Conseil de la sé­cu­ri­té na­tio­nale, dans les dé­ci­sions re­la­tives au per­son­nel po­li­tique de l’or­gane de sé­cu­ri­té. En com­pa­rai­son, les mi­nistres n’ont qu’un rôle mi­nime, mais, confor­mé­ment à la Consti­tu­tion, ce­lui de l’in­té­rieur est plus puis­sant que ce­lui de la Dé­fense. La sur­veillance par­le­men­taire des forces ar­mées et de sé­cu­ri­té ap­porte la ga­ran­tie que le Ma­jles (Par­le­ment) a va­li­dé le choix de tous les mi­nistres. La fonc­tion des clercs cor­res­pond peu ou prou à celle des an­ciens com­mis­saires po­li­tiques de l’eu­rope com­mu­niste : l’en­doc­tri­ne­ment po­li­tique. Ils se voient néan­moins comme des ju­ristes as­su­rant une ap­pli­ca­tion conforme à la loi (ci­vile et re­li­gieuse) de l’au­to­ri­té éta­tique. Les clercs ont leur propre bu­reau dans toutes les ins­ti­tu­tions char­gées de la sé­cu­ri­té et sont les re­pré­sen­tants du Guide. Ils ont donc une in­fluence sur le choix du per­son­nel. Par ailleurs, ils peuvent se voir confier la di­rec­tion du Bu­reau de l’idéo­lo­gie po­li­tique, qui existe dans cha­cun des or­ganes char­gés de la sé­cu­ri­té. Ce der­nier, qui ne doit pas im­pé­ra­ti­ve­ment être di­ri­gé par un clerc, est pla­cé sous le com­man­de­ment correspondant. Dans des cas ex­cep­tion­nels, par exemple pour les pas­da­ran ou l’ar­mée, ces bu­reaux sont éga­le­ment char­gés des re­la­tions pu­bliques. Confor­mé­ment à la loi, outre les clercs re­pré­sen­tant le Guide, seul le mi­nistre du Ren­sei­gne­ment et de la Sé­cu­ri­té (Mah­moud Ala­vi de­puis 2013) est un re­li­gieux pla­cé au rang de mod­j­ta­hed. Lorsque d’autres por­te­feuilles, tels que l’in­té­rieur ou la Justice, sont di­ri­gés par des clercs, ces der­niers ont le plus sou­vent le même rang.

Néan­moins, le nombre de mi­nistres clercs et laïques reste à peu près équi­li­bré. Bien que ce soit théo­ri­que­ment pos­sible, le mi­nis­tère de la Dé­fense et de la Lo­gis­tique des forces ar­mées n’a en­core ja­mais été confié à un re­li­gieux. Au dé­but de la Ré­pu­blique is­la­mique, cette fonc­tion était don­née à des sol­dats pro­fes­sion­nels et des ci­vils, mais, de­puis les an­nées 1990, on trouve le plus sou­vent des sar­dars, titre ré­ser­vé aux gé­né­raux pas­da­ran, ceux de l’ar­mée étant ap­pe­lés amirs.

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• Une sur­veillance ins­ti­tu­tion­na­li­sée

Au-de­là de l’exis­tence des re­pré­sen­tants du Guide et des bu­reaux po­li­tiques, le ré­gime contrôle les idéo­lo­gies de tous les ser­vi­teurs de l’état par le biais de sé­lec­tions de doc­trines dont est char­gée une com­mis­sion. En outre, l’im­por­tance que prennent les or­ga­nismes de dé­fense et de ren­sei­gne­ment au sein des or­ga­ni­sa­tions mi­li­taires et ci­viles est énorme. Ain­si, il est obli­ga­toire de consti­tuer un Bu­reau de la sû­re­té (daf­tar-e he­ra­sat) dans chaque ins­ti­tu­tion d’état (mi­nis­tères, uni­ver­si­tés, grandes en­tre­prises, etc.). Les struc­tures mi­li­taires créent leur propre or­ga­ni­sa­tion de sû­re­té et de ren­sei­gne­ment ; cette uni­té existe en pa­ral­lèle aux états-ma­jors char­gés de la pro­tec­tion des troupes et du ren­sei­gne­ment. Chez les pas­da­ran – nous y re­vien­drons –, l’or­ga­ni­sa­tion de dé­fense et du ren­sei­gne­ment (sa­ze­man-e he­fa­zat-e et­te­laat) est au­to­nome du point de vue de son fonc­tion­ne­ment et sa po­li­tique, et, dans la po­lice, elle as­sure les fonc­tions de ré­vi­sion in­terne et de po­lice d’état.

Par­mi les élé­ments de sur­veillance éta­tiques, ci­tons éga­le­ment les bas­sid­jis et les hez­bol­la­his. Ces der­niers font of­fice de po­lice des moeurs, ils sont dif­fi­ciles à contrô­ler

et res­pon­sables de la plu­part des vio­la­tions des Droits de l’homme. En 1992, ils ont consti­tué l’or­ga­ni­sa­tion An­sar-e Hez­bol­lah, dont le gou­ver­ne­ment du pré­sident Has­san Ro­ha­ni (élu en 2013 et 2017) tente de li­mi­ter l’in­fluence de­puis 2015. La ré­par­ti­tion des tâches et la res­tric­tion des com­pé­tences sont dé­fi­nies par une sé­rie de lois dont la trans­pa­rence laisse à dé­si­rer dans la pra­tique. Les com­pé­tences sont par­ti­cu­liè­re­ment dis­pu­tées dans le do­maine de la sé­cu­ri­té et de la pro­tec­tion des fron­tières entre le mi­nis­tère de l’in­té­rieur, les pas­da­ran, le mi­nis­tère du Ren­sei­gne­ment et de la Sé­cu­ri­té et l’or­ga­ni­sa­tion de dé­fense et du ren­sei­gne­ment. Confor­mé­ment à l’ar­ticle 176 de la Consti­tu­tion, le co­mi­té stra­té­gique de co­or­di­na­tion et de décision le plus im­por­tant est le Haut Conseil de la sé­cu­ri­té na­tio­nale, su­per­vi­sé par le pré­sident qui en confie la di­rec­tion à un se­cré­taire gé­né­ral. Les prin­ci­paux mi­nistres et com­man­dants mi­li­taires y sont re­pré­sen­tés. Ce Conseil est in­ter­ve­nu pour la pre­mière fois au ni­veau di­plo­ma­tique en 2004 lors des né­go­cia­tions sur le nu­cléaire. Ce dos­sier n’a été confié au mi­nis­tère des Af­faires étran­gères que sous Has­san Ro­ha­ni. Les dé­ci­sions po­li­tiques dé­li­cates, telles que les né­go­cia­tions sur le nu­cléaire et l’éli­mi­na­tion des op­po­sants po­li­tiques à l’étran­ger, sont prises par le Conseil des re­pré­sen­tants des trois pou­voirs (lé­gis­la­tif, exé­cu­tif et ju­di­ciaire). Les af­faires de sé­cu­ri­té in­té­rieure sont trai­tées par le Conseil de sé­cu­ri­té d’état, su­per­vi­sé par le mi­nistre de l’in­té­rieur et au­quel sont su­bor­don­nés des co­mi­tés sem­blables aux ni­veaux pro­vin­cial et lo­cal.

• Élé­ments struc­tu­raux de l’or­gane de sé­cu­ri­té ira­nien

Avec l’am­nis­tie du 18 mars 1980, qui s’éten­dait aux membres de l’ar­mée, de la po­lice et de la gen­dar­me­rie ain­si qu’aux em­ployés des services se­crets de l’an­cien ré­gime (SAVAK), le main­tien de l’or­gane de sé­cu­ri­té pré­cé­dent de­vait être as­su­ré après les purges ré­vo­lu­tion­naires. Ain­si, des or­ganes de sé­cu­ri­té éta­tiques et ré­vo­lu­tion­naires co­ha­bi­taient, à sa­voir les pas­da­ran, les co­mi­tés ré­vo­lu­tion­naires et les forces ir­ré­gu­lières (hez­bol­la­his). Le cler­gé mi­sait sur la conti­nui­té et l’ex­per­tise des of­fi­ciers.

L’ar­mée est la seule char­gée de la dé­fense mi­li­taire du pays. Les sys­tèmes américains consti­tuent la ma­jeure par­tie de l’ar­me­ment qui n’a en­core ja­mais pu être rem­pla­cé par des pro­duits russes, chi­nois ou nationaux. Néan­moins, les Ira­niens sont par­ve­nus à dé­ve­lop­per une in­dus­trie de l’ar­me­ment conven­tion­nel per­for­mante.

De­puis 2009, l’ar­mée est di­vi­sée en quatre corps. Avec plus de 300 000 hommes, l’ar­mée de terre est la plus puis­sante en termes d’ef­fec­tif. Elle est scin­dée en cinq corps à l’échelle ré­gio­nale et a com­men­cé à trans­for­mer ses di­vi­sions en bri­gades au cours des der­nières an­nées. N’ou­blions pas de ci­ter les uni­tés de com­man­do (ta­ka­vo­ran), dont l’his­toire dé­bute avec une équipe ayant sui­vi la for­ma­tion des pa­ra­chu­tistes à la fin des an­nées 1960 en France. Outre des uni­tés char­gées des opé­ra­tions de guerre ir­ré­gu­lière, elle com­prend aus­si des uni­tés de li­bé­ra­tion des otages et de guerre psy­cho­lo­gique.

Les 30 000 hommes de l’ar­mée de l’air n’ont ja­mais pu com­pen­ser les pertes ma­té­rielles et de pi­lotes ex­pé­ri­men­tés liées aux conflits. La ma­jo­ri­té des avions sont d’ori­gine amé­ri­caine et furent uti­li­sés lors de la guerre Iran-irak (1980-1988). À la fin des an­nées 1980, des sys­tèmes russes ont été in­tro­duits. D’après cer­taines es­ti­ma­tions, la fonc­tion­na­li­té des avions américains est de l’ordre de 60 % et celle des avions so­vié­tiques de 80 %. Une grande im­por­tance est don­née à la mo­der­ni­sa­tion de la flotte aé­rienne.

Les 18 000 hommes de la ma­rine opèrent dans le golfe Per­sique et en de­hors. En co­opé­ra­tion avec les ve­dettes ra­pides d’at­taque des pas­da­ran, les sous-ma­rins sont cen­sés em­pê­cher l’en­trée de na­vires en­ne­mis dans les eaux ter­ri­to­riales. De pe­tits sous­ma­rins, dont cer­tains de construc­tion ira­nienne et ca­pables de lar­guer des plon­geurs de com­bat, sou­tiennent les po­seurs de mines. En de­hors du golfe Per­sique, l’iran s’ap­puie sur une flotte consti­tuée dans les an­nées 1960 et com­po­sée de cor­vettes et de fré­gates. Les in­ten­tions de Té­hé­ran, à sa­voir mon­trer une plus grande pré­sence dans les eaux in­ter­na­tio­nales, sont évi­dentes. Ain­si, et pour la pre­mière fois, en 2011, des na­vires ira­niens ont mouillé dans les ports chi­nois, sou­da­nais et sy­riens. La pré­sence de la ma­rine dans l’est de la Mé­di­ter­ra­née a sus­ci­té un grand émoi in­ter­na­tio­nal. Tou­te­fois, il est peu pro­bable que le Guide su­prême au­to­rise un en­ga­ge­ment dans l’at­lan­tique. La trans­for­ma­tion du poste de com­man­de­ment de la dé­fense aé­rienne, avec 12 000 hommes, en une force de dé­fense antiaérienne au­to­nome té­moigne de son ca­rac­tère dé­fen­sif. Vi­si­ble­ment, l’iran res­sent une me­nace aé­rienne ve­nant des États-unis et/ou d’israël. Ain­si, cette nou­velle force ar­mée par­tielle co­or­donne les élé­ments de dé­fense aé­rienne des pas­da­ran. L’ar­me­ment est en par­tie com­po­sé de sys­tèmes d’en­gins gui­dés ob­so­lètes. Té­hé­ran en­tre­prit une mo­der­ni­sa­tion en 2007 avec l’in­tro­duc­tion du sys­tème russe Tor-m1 ; le pays es­pé­rait aus­si ac­croître ses per­for­mances avec le sys­tème

de dé­fense aé­rienne S-300, cen­sé em­pê­cher les at­taques aé­riennes is­raé­liennes et com­pli­quer les amé­ri­caines. Tou­te­fois, Mos­cou a at­ten­du la fin des né­go­cia­tions sur le nu­cléaire en 2015 pour en au­to­ri­ser la li­vrai­son. Dé­but 2016, il a été pré­sen­té pour la pre­mière fois au pu­blic lors d’un dé­fi­lé.

Les forces de sé­cu­ri­té de la Ré­pu­blique is­la­mique ré­sultent de l’uni­fi­ca­tion de la po­lice d’ordre et la po­lice mu­ni­ci­pale, de la gen­dar­me­rie et des troupes fron­ta­lières avec les co­mi­tés ré­vo­lu­tion­naires en 1992. La dis­so­lu­tion de ces der­niers, tant craints, a été sa­luée par la po­pu­la­tion et est consi­dé­rée comme le dé­but de la phase post­ré­vo­lu­tion­naire. En tant qu’ins­ti­tu­tion d’état, les forces de sé­cu­ri­té in­sistent sur leurs tra­di­tions, mais doivent se dé­fendre contre les convoi­tises des forces po­li­tiques ra­di­cales, les hez­bol­la­his, dont cer­tains sou­haitent in­té­grer les rangs de la po­lice.

Les troupes fron­ta­lières (marz­ba­ni) ont leurs propres iden­ti­té et tra­di­tions ins­ti­tu­tion­nelles. Ré­sul­tant des uni­tés de pro­tec­tion fron­ta­lière de l’ar­mée de terre, elles furent su­bor­don­nées à la po­lice dans les an­nées 1950, mais trans­fé­rées à la gen­dar­me­rie avant 1979. Après la ré­vo­lu­tion, les ba­taillons de pro­tec­tion des fron­tières ont été conser­vés, et la dyade avec le Pa­kis­tan est pro­té­gée par des bar­be­lés et des for­ti­fi­ca­tions. L’ad­mi­nis­tra­tion cen­trale de la pro­tec­tion des fron­tières fut fi­na­le­ment créée lors de la re­struc­tu­ra­tion de la po­lice en 1992. Pour ren­for­cer vi­si­ble­ment le rôle des marz­ba­ni, leur quar­tier gé­né­ral fut su­bor­don­né au com­man­do gé­né­ral des forces ar­mées en 1999. Les ba­taillons de pro­tec­tion des fron­tières sont entre autres ar­més de bat­te­ries de lance-mis­siles mul­tiples mon­tés sur des voi­tures tout-ter­rain et sont par ailleurs en me­sure d’exé­cu­ter les tâches qui leur sont confiées. Tou­te­fois, la Garde ré­vo­lu­tion­naire fi­nit par in­ter­ve­nir face à l’ag­gra­va­tion de la si­tua­tion à la fron­tière est avec le Pa­kis­tan à par­tir de 2013. De­puis, la créa­tion d’un Haut Conseil de la pro­tec­tion des fron­tières est évo­quée.

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• Les pas­da­ran, une « autre » ar­mée, un « autre » État

Le Corps des Gar­diens de la ré­vo­lu­tion ré­sulte de la fu­sion des dif­fé­rentes mi­lices is­la­mistes qui n’étaient unies que par leur fi­dé­li­té à Rou­hol­lah Kho­mey­ni (1902-1989), pre­mier Guide su­prême de la Ré­pu­blique is­la­mique (1979-1989). La mi­li­ta­ri­sa­tion (consti­tu­tion de di­vi­sions et de bri­gades) fut en­tre­prise au cours des sou­lè­ve­ments dans les pro­vinces et à par­tir de 1980 lors de la guerre avec l’irak. Sur ordre de Kho­mey­ni, les bas­sid­jis furent consti­tués en uni­té de mo­bi­li­sa­tion en 1982 et, en 1985, les forces par­tielles de l’ar­mée de l’air et de la ma­rine en Garde ré­vo­lu­tion­naire. L’or­ga­ni­sa­tion de la Garde ré­vo­lu­tion­naire fut plu­sieurs fois mo­di­fiée, mais elle a des ar­mées de terre et de l’air, une ma­rine, et a au­to­ri­té sur les bas­sid­jis et la force Al-qods. Les deux der­niers ont leur propre chaîne de com­man­de­ment au sein du bu­reau du Guide. Cer­taines forces su­bor­don­nées à la Garde ré­vo­lu­tion­naire sont de fac­to in­dé­pen­dantes, comme l’or­ga­ni­sa­tion de dé­fense et du ren­sei­gne­ment, les uni­tés an­ti­ter­ro­risme du trafic aé­rien (an­sar al-mah­di) et celle char­gée de la pro­tec­tion du Guide (se­pah-e va­li-ye amr). En­fin, ci­tons le conglo­mé­rat Kha­ta­mo­lan­biya, de­ve­nu un ac­teur éco­no­mique ma­jeur dans le pays.

Re­ve­nons sur la force Al-qods. Elle fut struc­tu­rée en uni­té spé­ciale au mi­lieu des an­nées 1980 et fut no­tam­ment em­ployée au Li­ban, en Sy­rie, en Af­gha­nis­tan, au Sou­dan et en Bos­nie­her­zé­go­vine. Son or­ga­ni­sa­tion en force ar­mée spé­ciale vient confir­mer l’im­por­tance po­li­ti­co-stra­té­gique de son man­dat pour le ré­gime. Elle forme des cel­lules idéo­lo­giques fiables dans les dif­fé­rentes zones d’in­ter­ven­tion et noue des par­te­na­riats du­rables avec l’iran. Le Hez­bol­lah li­ba­nais est à ce jour le seul vrai mo­dèle de ré­fé­rence, des ten­ta­tives sem­blables ayant échoué en Tur­quie et en Bos­nie-her­zé­go­vine. En Sy­rie et en Irak, et de­puis la mon­tée de L’EI, la créa­tion de mi­lices lo­cales et d’un conseil mi­li­taire pour les gou­ver­ne­ments de Da­mas et Bag­dad est une prio­ri­té. En Sy­rie, l’iran or­ga­nise une sorte d’« in­ter­na­tio­nale chiite », no­tam­ment pour la pro­tec­tion du mau­so­lée de Sayyi­da Zay­nab à Da­mas. Cette bri­gade est

prin­ci­pa­le­ment for­mée de vo­lon­taires : des Arabes d’irak, des Af­ghans d’iran et d’af­gha­nis­tan, des Pa­kis­ta­nais, des Ira­niens (des bas­sid­jis) ; tous obéissent à des of­fi­ciers de la force Al-qods. En Irak, Té­hé­ran ap­porte son sou­tien à des groupes sym­pa­thi­sants et hos­tiles à des au­to­ri­tés chiites lo­cales comme Mo­q­ta­da al-sa­dr. Si les ca­pa­ci­tés d’of­fen­sive contre d’autres États dans la ré­gion ne sont pas à craindre, la force Al-qods joue un rôle im­por­tant dans la co­or­di­na­tion des mi­lices lo­cales, des mi­li­taires sy­riens, ira­kiens et russes.

Quant aux bas­sid­jis, ils opèrent comme une po­lice auxi­liaire et un mou­ve­ment idéo­lo­gique de masse cen­sé en­doc­tri­ner la po­pu­la­tion dès le plus jeune âge. Leur for­ma­tion idéo­lo­gique, mi­li­taire et po­li­cière est as­su­rée par les pas­da­ran. Dès le dé­part, ils ont été uti­li­sés comme élé­ments de sur­veillance et de contrôle des ci­vils. Une adhé­sion au corps des bas­sid­jis s’ac­com­pagne de nom­breux pri­vi­lèges et avan­tages, en par­ti­cu­lier dans le do­maine de la for­ma­tion aca­dé­mique. Les bas­sid­jis sont éga­le­ment ac­tifs dans la cy­ber­guerre au ser­vice des Gar­diens de la ré­vo­lu­tion, no­tam­ment dans le do­maine de la sur­veillance d’in­ter­net. Mais ils ne sont pas les seuls à s’y in­té­res­ser, la « guerre nu­mé­rique » res­tant con­fiée au mi­nis­tère du Ren­sei­gne­ment et de la Sé­cu­ri­té.

• Concur­rence entre les services de ren­sei­gne­ment

Le dé­ve­lop­pe­ment des services de ren­sei­gne­ment ira­niens n’est pas en­core ter­mi­né. D’après la loi, le mi­nis­tère du Ren­sei­gne­ment et de la Sé­cu­ri­té de­vrait re­pré­sen­ter les vrais services se­crets cen­traux dont les res­pon­sa­bi­li­tés com­por­te­raient la sé­cu­ri­té in­té­rieure et la re­con­nais­sance stra­té­gique. La créa­tion d’un mi­nis­tère en 1984 et, par là même, le dé­man­tè­le­ment des an­ciens services de ren­sei­gne­ment de la Garde ré­vo­lu­tion­naire ain­si que le trans­fert for­cé de ses meilleurs cadres au nou­veau mi­nis­tère consti­tuent les fon­de­ments de la pro­fonde ini­mi­tié ins­ti­tu­tion­nelle entre le mi­nis­tère du Ren­sei­gne­ment et de la Sé­cu­ri­té et les pas­da­ran. Les services de ren­sei­gne­ment de ces der­niers furent ré­duits jus­qu’à la fin de la guerre avec l’irak au rôle de ser­vice de ren­sei­gne­ment mi­li­taire (sû­re­té de la com­mu­ni­ca­tion, pro­tec­tion des troupes, dé­fense mi­li­taire). Avec la for­ma­tion de l’or­ga­ni­sa­tion de dé­fense et du ren­sei­gne­ment vers la fin de la guerre, le com­bat des deux sur la col­la­bo­ra­tion avec des ins­ti­tu­tions ins­truites fut ac­cen­tué. Ain­si, le mi­nis­tère du Ren­sei­gne­ment et de la Sé­cu­ri­té créa une uni­té spé­ciale de lutte contre le ter­ro­risme que les pas­da­ran per­çurent comme une concur­rente.

Une pos­si­bi­li­té pour la Garde ré­vo­lu­tion­naire d’étendre sa propre in­fluence par rap­port à d’autres ins­ti­tu­tions consis­tait en la créa­tion de com­man­dos spé­ciaux ap­pe­lés gha­rar­gah (« postes de com­bat »). En gé­né­ral, ils sont for­més pour une du­rée pré­cise. Pen­dant la guerre Iran-irak, le gha­rar­gah Ra­ma­zan était char­gé de la for­ma­tion et de l’ar­me­ment des groupes ira­kiens kurdes et chiites ; le gha­rar­gah Ba­gher­za­deh s’oc­cu­pait de la pour­suite des Moud­ja­hi­dine du peuple ira­nien (mou­ve­ment de ré­sis­tance ar­mé à la Ré­pu­blique is­la­mique) sur le ter­ri­toire ira­kien ; le gha­rar­gah Qods, pré­dé­ces­seur de la force Al-qods, se char­geait des opé­ra­tions der­rière la ligne irakienne. Après la guerre, les gha­rar­gah ont joué un rôle par­ti­cu­liè­re­ment im­por­tant dans le do­maine de la sé­cu­ri­té in­té­rieure : le gha­rar­gah Sa­rol­lah fut uti­li­sé sur ordre du Conseil d’état à la sé­cu­ri­té après les ma­ni­fes­ta­tions étu­diantes de 1999 afin de co­or­don­ner le tra­vail de la po­lice, des services se­crets, de la dé­fense mi­li­taire et des pas­da­ran pour sau­ve­gar­der la sû­re­té de Té­hé­ran. Le gha­rar­gah Ham­za co­or­donne et su­per­vise le com­bat contre le Parti pour une vie libre au Kur­dis­tan (PJAK), branche lo­cale du Parti des tra­vailleurs du Kur­dis­tan turc (PKK), et le gha­rar­gah Qods re­prend le com­man­do de la sé­cu­ri­sa­tion de la fron­tière est en 2014. Dans les deux der­niers cas, d’autres ins­ti­tu­tions, telles que le mi­nis­tère du Ren­sei­gne­ment et de la Sé­cu­ri­té et les troupes fron­ta­lières durent se ré­si­gner. En Iran, il existe donc une ten­dance à confier tous les dos­siers de la sé­cu­ri­té in­té­rieure aux pas­da­ran.

Les bas­sid­jis – pa­ra­dant ici à Té­hé­ran, le 18 avril 2017 – opèrent comme une po­lice auxi­liaire au­près de la po­pu­la­tion pour s’as­su­rer du res­pect des idéaux de la ré­vo­lu­tion.

Les dé­fi­lés mi­li­taires sont l’oc­ca­sion pour l’iran de mon­trer sa puis­sance, comme ici à Té­hé­ran le 18 avril 2017.

L’image du sa­cri­fice pour la na­tion, sous les yeux des Guides su­prêmes Rou­hol­lah Kho­mey­ni (à droite) et Ali Kha­me­nei, est om­ni­pré­sente en Iran.

Sou­cieuse de son in­fluence ré­gio­nale, la Ré­pu­blique is­la­mique sou­tient le ré­gime de Ba­char al-as­sad ; ici, le mi­nistre de la Dé­fense ira­nien (à droite) re­çoit le chef des ar­mées sy­riennes, à Té­hé­ran, le 2 mai 2017.

© Xin­hua/ah­mad Ha­la­bi­saz

Les forces ar­mées – ici des sol­dats au Ma­jles en août 2017 – sont un maillon es­sen­tiel dans la chaîne du ren­sei­gne­ment en Iran.

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