L’am­bi­guï­té nu­cléaire is­raé­lienne

Moyen-Orient - - DOSSIER NUCLÉAIRE - Jean-ma­rie Col­lin

L’am­bi­guï­té est la pre­mière arme d’is­raël de­puis 1963, quand Yi­gal Al­lon (1918-1980), alors mi­nistre du Tra­vail (1961-1968), dé­clare que son pays « ne se­ra pas le pre­mier État à in­tro­duire des armes nu­cléaires au Moyen-orient, mais il ne se­ra pas le deuxième non plus ». Les bases de la po­li­tique de dis­sua­sion nu­cléaire de l’état hé­breu sont po­sées. Si cette am­bi­va­lence s’est de­puis long­temps ef­fa­cée pour les mé­dias, les ONG et les think tanks, puis­qu’il est uni­ver­sel­le­ment re­con­nu qu’is­raël pos­sède des armes nu­cléaires, Tel-aviv va conti­nuer de jouer la carte du « ja­mais confir­mer ni nier », lui per­met­tant de de­man­der à la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale de fo­ca­li­ser son at­ten­tion sur d’autres États. Com­bien de temps cette par­tie de cartes peut-elle du­rer ?

En 2019, se­lon l’ins­ti­tut in­ter­na­tio­nal de re­cherche sur la paix de Stock­holm (SIPRI), l’ar­se­nal nu­cléaire mon­dial s’élève à en­vi­ron 13 865 armes. Ce chiffre com­prend l’ar­se­nal is­raé­lien, es­ti­mé entre 80 et 90 ogives. Il faut no­ter que ce chiffre (ba­sé sur le cal­cul de pro­duc­tion de ma­tière nu­cléaire et des sys­tèmes d’armes mis en oeuvre) est en aug­men­ta­tion. En ef­fet, en 2002, le Bul­le­tin of the Ato­mic Scien­tists avan­çait ce­lui de 75. Toutes ces armes se­raient opé­ra­tion­nelles, mais au­cune ne se­rait dé­ployée et uti­li­sable dans un temps as­sez court, con­trai­re­ment aux ar­se­naux russe (6 500), amé­ri­cain (6 185), fran­çais (300) et bri­tan­nique (200).

• Un pro­gramme dé­ve­lop­pé avec le sou­tien de la France

La tech­no­lo­gie nu­cléaire mi­li­taire is­raé­lienne s’est consti­tuée en grande par­tie avec le sou­tien fran­çais, qui a per­du­ré jus­qu’en 1967, date de la guerre des Six Jours. En 1957, à la suite d’un ac­cord se­cret si­gné entre Pa­ris et Tel-aviv, Saint­go­bain four­nit les pre­miers élé­ments de la cen­trale de Di­mo­na (si­tuée dans le dé­sert du Né­guev) né­ces­saires à la pro­duc­tion de ma­tière fis­sile (plu­to­nium) et donc à la créa­tion d’un ar­se­nal

nu­cléaire in­dé­pen­dant. De­puis sa mise en fonc­tion en 1963, ce ré­ac­teur n’a ces­sé de pro­duire du plu­to­nium ; le stock to­tal étant éva­lué par le think tank In­ter­na­tio­nal Pa­nel on Fis­sile Ma­te­rials à près d’une tonne. Ce­pen­dant, le coeur nu­cléaire du ré­ac­teur, cen­sé avoir une du­rée de vie de qua­rante ans, connaî­trait des pro­blèmes et son ar­rêt se­rait pré­vu pour 2023. La sur­vi­va­bi­li­té de la bombe is­raé­lienne ne fait pas de doute, même avec l’ar­rêt de ce ré­ac­teur, le stock pro­duit étant suf­fi­sant pour près de 300 armes nu­cléaires. Mais la fin de Di­mo­na (par exemple en rai­son des ques­tions sou­le­vées par un pro­ces­sus de dé­man­tè­le­ment et des risques en­vi­ron­ne­men­taux) pour­rait en­traî­ner l’ar­ri­vée de ré­vé­la­tions nou­velles sur ce site et dis­si­per l’am­bi­guï­té nu­cléaire d’is­raël.

Sur le plan ca­pa­ci­taire, tou­jours dans les an­nées 1960, Das­sault Avia­tion four­nit les bases du mis­sile ba­lis­tique sol-sol MD-660 (re­bap­ti­sé Jé­ri­cho), et per­met d’équi­per les forces aé­riennes is­raé­liennes avec des Mys­tère IV puis Mi­rage III. Par ailleurs, des scien­ti­fiques is­raé­liens par­ti­cipent aux pre­miers es­sais nu­cléaires fran­çais dans le Sa­ha­ra, ce qui fait dire à des ex­perts que ces der­niers ont créé deux puis­sances nu­cléaires et non une seule. Pour­sui­vant une po­li­tique se­crète, la concep­tion et la va­li­da­tion du dis­po­si­tif nu­cléaire is­raé­lien sont faites en co­opé­ra­tion avec l’afrique du Sud en pro­cé­dant à un es­sai dans le sud de l’océan In­dien, à proxi­mi­té des îles du Prin­ceé­douard et Ma­rion le 22 sep­tembre 1979. Tout comme il est ad­mis qu’is­raël a des armes nu­cléaires, il est re­con­nu que l’« in­ci­dent Ve­la » (du nom du satellite es­pion amé­ri­cain qui a en­re­gis­tré le flash aux ca­rac­té­ris­tiques sem­blables à celles d’un es­sai nu­cléaire) est le ré­sul­tat d’un es­sai nu­cléaire at­mo­sphé­rique réa­li­sé par ces deux États.

La co­opé­ra­tion tech­nique se pour­suit avec les États-unis et l’al­le­magne à la suite des me­sures d’em­bar­go, as­su­rant à Is­raël la créa­tion d’une triade nu­cléaire com­plète. L’ar­mée de l’air is­raé­lienne est ain­si le pre­mier por­teur de bombes nu­cléaires à gra­vi­té. Avec des chas­seurs bom­bar­diers amé­ri­cains (F-16) à large rayon d’ac­tion (4 450 ki­lo­mètres), cette com­po­sante est dé­sor­mais en pleine mo­der­ni­sa­tion avec l’ar­ri­vée de 50 ap­pa­reils F-35A, fur­tifs de 5e gé­né­ra­tion, d’ici à 2024, créant un avan­tage stra­té­gique cer­tain face à un ad­ver­saire po­ten­tiel comme l’iran. Les ca­pa­ci­tés d’in­fil­tra­tion et de frappe stra­té­gique de

l’ar­mée de l’air sont d’ailleurs connues de­puis ces opé­ra­tions mi­li­taires de frappes pré­ven­tives sur des ins­tal­la­tions nu­cléaires ira­kiennes (juin 1981) et sy­riennes (sep­tembre 2007).

• L’état des forces ter­restres et sous-ma­rines

La com­po­sante ter­restre ac­tuelle est ba­sée sur le mis­sile ba­lis­tique Jé­ri­cho (MD-620) ac­quis avec l’aide de Das­sault, dé­mon­trant ain­si qu’un acte pro­li­fé­rant a des ré­per­cus­sions tech­no­lo­giques dans le temps. Mais en se four­nis­sant aus­si en mis­siles amé­ri­cains tac­tiques Lance et sol-air Hawk, Is­raël a pu ren­for­cer son ex­per­tise pour pro­duire ses fu­tures ver­sions du Jé­ri­cho. Réa­li­sé en co­opé­ra­tion avec l’afrique du Sud, le Jé­ri­cho II est pro­ba­ble­ment en fonc­tion de­puis la fin des an­nées 1980 et dis­po­se­rait d’une por­tée de 1 500 ki­lo­mètres. Cette ver­sion dé­montre éga­le­ment l’im­por­tance d’une in­dus­trie spa­tiale, as­su­rant un dé­ve­lop­pe­ment mi­li­taire sous cou­vert d’ac­ti­vi­té ci­vile. En ef­fet, le Jé­ri­cho II est une ver­sion mo­di­fiée du Sha­vit, un lan­ceur ci­vil. Le nombre de ces mis­siles se­rait d’une tren­taine. Is­raël a fait le choix de dé­ve­lop­per (pre­mier es­sai en 2008) un Jé­ri­cho III, dont la por­tée po­ten­tielle de 4 000 ki­lo­mètres lui per­met­trait de ci­bler l’en­semble du ter­ri­toire ira­nien, mais aus­si le Pa­kis­tan comme la Rus­sie à l’ouest de l’ou­ral, et sa ca­pi­tale Mos­cou. Ce mis­sile est opé­ra­tion­nel et en cours de dé­ploie­ment de­puis 2011 et rem­pla­ce­rait au fur et à me­sure la ver­sion pré­cé­dente.

Mais, si cette com­po­sante ter­restre est es­sen­tielle, l’ac­ces­sion en 2002 à une ca­pa­ci­té nu­cléaire sous-ma­rine – soit presque cin­quante ans après avoir dé­ci­dé de se lan­cer dans la course à la bombe – est ve­nue consa­crer cette force nu­cléaire. Is­raël at­teint l’apo­gée de sa force nu­cléaire en se do­tant d’une flotte sous-ma­rine, pro­duite par les al­le­mands Ho­waldts­werke-deutsche Werft et Thys­sen, ba­sée à Haï­fa. L’ar­ri­vée de la classe Dol­phin (Dol­phin, Le­via­than, Te­ku­ma) doit per­mettre de lan­cer un mis­sile de croi­sière nu­cléaire, bou­le­ver­sant les don­nées stra­té­giques pour ses pos­sibles ad­ver­saires. Ce­la si­gni­fie aus­si que Tel-aviv dis­pose d’une ca­pa­ci­té de frappe en se­cond. Cette force s’est vue ren­for­cée de­puis 2014 avec l’ar­ri­vée des bâ­ti­ments Ta­nin et Ra­hav (Dra­gon est pré­vu pour 2020), do­tés d’un sys­tème de pro­pul­sion anaé­ro­bie, as­su­rant une plus grande dis­cré­tion et du­rée de plon­gée. L’al­le­magne et Is­raël ont si­gné un ac­cord en 2016 pour la four­ni­ture de trois nou­veaux sous-ma­rins de classe Dol­phin II, rem­pla­çant ain­si les trois pre­miers Dol­phin, avec une mise en oeuvre opé­ra­tion­nelle pour le pre­mier exem­plaire en 2030. La po­li­tique de dis­sua­sion reste in­con­nue ; lo­gique en rai­son du « se­cret » en­tou­rant l’exis­tence de cette arme. Mais la doc­trine « The Sam­son Op­tion » dic­te­rait l’uti­li­sa­tion d’armes nu­cléaires comme der­nier re­cours si le ter­ri­toire is­raé­lien était me­na­cé d’in­va­sion, face à une at­taque par des moyens non conven­tion­nels ou face à un anéan­tis­se­ment (1). Des fuites viennent ren­for­cer cette doc­trine. Ain­si, en 2017, on ap­prend qu’elle a été tra­duite dans les faits avec la mise en état d’alerte de la com­po­sante nu­cléaire aé­rienne, alors nais­sante, du­rant la guerre des Six Jours de juin 1967 (2). De plus, des dé­cla­ra­tions po­li­tiques semblent confir­mer « The Sam­son Op­tion ». Le 29 août 2018, le Pre­mier mi­nistre is­raé­lien, Be­nya­min Ne­ta­nya­hou (de­puis 2009), af­firme, alors en vi­site sur le site de Di­mo­na, que ceux qui me­nacent d’ex­ter­mi­ner Is­raël « s’ex­posent à un dan­ger si­mi­laire ». Der­rière cette rhé­to­rique nu­cléaire dan­ge­reuse, contre l’iran, il est af­fir­mé que le ter­ri­toire d’is­raël et sa po­pu­la­tion sont deux in­té­rêts vi­taux qui ne sau­raient être tou­chés sans une ré­ponse des­truc­trice.

• L’ombre is­raé­lienne dans l’en­ceinte du TNP

Is­raël n’est at­ta­ché qu’au seul Trai­té d’in­ter­dic­tion par­tielle des es­sais nu­cléaires, dit trai­té de Mos­cou (5 août 1963). En ef­fet, concer­nant le Trai­té d’in­ter­dic­tion com­plète des es­sais nu­cléaires (TICE), ce­lui-ci a sim­ple­ment été si­gné. Mal­gré sa contri­bu­tion au pro­gramme de vé­ri­fi­ca­tion, sa ra­ti­fi­ca­tion ne semble pas pos­sible tant que l’égypte et l’iran ne l’au­ront pas éga­le­ment réa­li­sée. En­fin, ne re­con­nais­sant pas dis­po­ser d’armes nu­cléaires, Is­raël n’est pas non plus lié aux pro­to­coles des dif­fé­rents trai­tés créant des zones exemptes d’armes

nu­cléaires. Is­raël, l’inde et le Pa­kis­tan, trois États ayant des armes nu­cléaires, ne sont pas par­ties au Trai­té de non­pro­li­fé­ra­tion (TNP, 1968) – la Co­rée du Nord s’en est re­ti­rée en 2003 – et ne sont donc pas ju­ri­di­que­ment liés par les obli­ga­tions de désar­me­ment nu­cléaire dé­cou­lant de l’ar­ticle VI. Mais cette non-adhé­sion ne si­gni­fie pas pour au­tant pour Is­raël être ab­sent des réu­nions du TNP, dont il est membre ob­ser­va­teur. En 1995, lors de la con­fé­rence d’exa­men du TNP, il est éta­bli sa pro­ro­ga­tion pour une du­rée in­dé­ter­mi­née et l’adop­tion d’une ré­so­lu­tion de­man­dant la créa­tion d’une Zone exempte d’armes nu­cléaires (ZEAN) et d’une Zone exempte d’armes de des­truc­tion mas­sive au Moyen-orient (ZEADM). En 2000, la nou­velle con­fé­rence d’exa­men ré­af­firme l’ob­jec­tif de celle de 1995. Mais ce n’est qu’avec la con­fé­rence de 2010 que les États par­ties conviennen­t de convo­quer, au plus tard en 2012, une con­fé­rence à la­quelle pren­dront part tous les États du Moyen-orient en vue de la créa­tion d’une ZEAN. Mal­heu­reu­se­ment, cette ren­contre est an­nu­lée par les États-unis, of­fi­ciel­le­ment « en l’ab­sence de consen­sus entre les pays concer­nés ». Ce re­non­ce­ment en­traîne une forte ré­ac­tion égyp­tienne en 2013, lors du se­cond co­mi­té pré­pa­ra­toire à la neu­vième Con­fé­rence d’exa­men du TNP. L’am­bas­sa­deur Hi­sham Ba­dr dé­clare : « Le re­trait de l’égypte du deuxième co­mi­té pré­pa­ra­toire vise à en­voyer un mes­sage fort d’in­sa­tis­fac­tion face à l’ab­sence de sé­rieux dans le trai­te­ment de la ques­tion de la créa­tion d’une zone libre d’armes nu­cléaires, élé­ment cen­tral de la sé­cu­ri­té ré­gio­nale, arabe et na­tio­nale égyp­tienne, qui a un im­pact di­rect sur la paix et la sé­cu­ri­té in­ter­na­tio­nales ». Une ab­sence de réa­li­sa­tion due à l’ab­sence de vo­lon­té d’un seul État, Is­raël, sou­te­nu par les États-unis.

En 2015, lors de la neu­vième con­fé­rence d’exa­men et face à cette nou­velle frus­tra­tion, l’égypte dé­cide – avec ses al­liés de la Ligue arabe – d’im­po­ser dans le do­cu­ment fi­nal un pro­ces­sus

En ma­tière nu­cléaire, Is­raël va de­voir faire un choix : pour­suivre un jeu de po­ker men­teur ou en­ga­ger une évo­lu­tion de sa po­li­tique in­ter­na­tio­nale.

d’ac­tion qui obli­ge­rait (s’il était ac­cep­té), sous l’égide du se­cré­taire gé­né­ral des Na­tions unies, à or­ga­ni­ser une con­fé­rence, as­so­ciant ou non tous les États de la ré­gion, sur le lan­ce­ment de né­go­cia­tions vi­sant à créer une zone exempte d’armes nu­cléaires au Moyen-orient, au plus tard pour le 1er mars 2016. Le man­dat est donc bien plus exi­geant que ce­lui de 2010. Cette pro­po­si­tion est re­je­tée par les États-unis, le Ca­na­da et le Royaume-uni, bri­sant la règle du consen­sus né­ces­saire pour toute adop­tion, si­gnant un échec de cette con­fé­rence et mar­quant l’em­preinte d’is­raël dans cette en­ceinte.

Ces pé­ri­pé­ties portent un coup sé­vère à per­ti­nence et à la cré­di­bi­li­té du TNP. En ef­fet, ce n’est pas tant l’ab­sence de consen­sus sur un do­cu­ment fi­nal qui pose un pro­blème, mais bien l’in­fluence qu’un État, en l’oc­cur­rence Is­raël, non par­tie à ce trai­té et donc non sou­mis aux obli­ga­tions qui en dé­coulent, peut avoir sur son fonc­tion­ne­ment.

• La pos­ture di­plo­ma­tique d’is­raël sur le TIAN

Le 7 juillet 2017 est sans doute pour de nom­breux par­ti­sans de la po­li­tique de dis­sua­sion nu­cléaire une jour­née choc. En ef­fet, pour la pre­mière fois de­puis le vote du TICE, en 1996, des États à L’ONU né­go­cient et adoptent un nou­vel ins­tru­ment ju­ri­dique : le Trai­té sur l’in­ter­dic­tion des armes nu­cléaires (TIAN), qui crée une norme in­ter­na­tio­nale en s’ap­puyant sur les normes éta­blies par le TNP, les trai­tés ré­gio­naux por­tant sur la créa­tion de zones exemptes d’armes nu­cléaires ain­si que le TICE et en les ren­for­çant. Le TIAN in­ter­dit la mise au point, la pro­duc­tion, la pos­ses­sion, l’em­ploi et la me­nace d’em­ploi d’armes nu­cléaires, et l’as­sis­tance ou l’en­cou­ra­ge­ment à de telles ac­ti­vi­tés. En outre, il oblige les États par­ties à four­nir une as­sis­tance aux vic­times d’armes nu­cléaires et à oeu­vrer à l’as­sai­nis­se­ment de l’en­vi­ron­ne­ment dans les zones conta­mi­nées par des dé­to­na­tions d’armes nu­cléaires. Quant aux normes de vé­ri­fi­ca­tion, celles-ci sont égales ou su­pé­rieures à celles ap­pli­quées dans le TNP avec l’agence in­ter­na­tio­nale de l’éner­gie ato­mique (AIEA). Les né­go­cia­tions du TIAN (3), com­men­cées en mars 2017 et ou­vertes à l’en­semble des États, sont réa­li­sées en l’ab­sence d’is­raël, comme de tous les pays pos­sé­dant ou sou­te­nant une po­li­tique de dis­sua­sion nu­cléaire (hor­mis les Pays-bas, pré­sents). Ou­vert à la si­gna­ture le 20 sep­tembre 2017, le TIAN compte, au 1er dé­cembre 2019, 80 si­gna­taires et 34 États par­ties. Seize autres doivent le ra­ti­fier pour que ce­lui-ci entre en vi­gueur ; ce qui est at­ten­du au vu des pro­ces­sus de ra­ti­fi­ca­tion de nom­breux pays pour 2020.

La pre­mière prise de po­si­tion pu­blique contre ce trai­té par Is­raël se fait le 3 oc­tobre 2017, lors du dé­bat gé­né­ral à la pre­mière com­mis­sion « Désar­me­ment et sé­cu­ri­té in­ter­na­tio­nale » de L’ONU. Son am­bas­sa­deur, Alon Roth-snir, dé­clare

que son pays « tient à sou­li­gner qu’il consi­dère que le trai­té ne crée pas, ne contri­bue pas au dé­ve­lop­pe­ment, ni n’in­dique l’exis­tence d’un droit cou­tu­mier en rap­port avec son ob­jet ou son conte­nu ». De plus, dans cette dé­cla­ra­tion, il est af­fir­mé que ce trai­té ne tient pas compte du contexte de sé­cu­ri­té et de sta­bi­li­té « dans l’éla­bo­ra­tion des me­sures de désar­me­ment », et sur­tout qu’is­raël « est fer­me­ment convain­cu que de telles né­go­cia­tions de­vraient être me­nées dans les ins­tances ap­pro­priées, confor­mé­ment aux règles de pro­cé­dure ap­pro­priées, ce qui ne por­te­rait pas at­teinte aux consi­dé­ra­tions de sé­cu­ri­té na­tio­nale ». Cette der­nière re­marque est des plus co­miques, car le di­plo­mate n’ex­plique pas com­ment des né­go­cia­tions sur le désar­me­ment nu­cléaire pour­raient être en­tre­prises avec suc­cès dans l’une des prin­ci­pales ins­tances de ces né­go­cia­tions – c’est-à-dire le TNP – lors­qu’un État comme Is­raël n’en est pas lui-même par­tie.

• Un iso­le­ment di­plo­ma­tique dan­ge­reux pour la non-pro­li­fé­ra­tion

L’am­bi­guï­té po­li­tique d’is­raël est, dans la forme, fic­tive, mais, dans les faits, elle em­pêche toute dis­cus­sion, cet État ne re­con­nais­sant pas pos­sé­der ou non des armes nu­cléaires. Mal­gré sa pos­ses­sion d’un ar­se­nal ato­mique, en cours de mo­der­ni­sa­tion, Is­raël ne joue pas le rôle de gen­darme du Moyen-orient. Au contraire, sa si­tua­tion sé­cu­ri­taire reste tou­jours in­stable, et la pos­ses­sion d’un ar­se­nal nu­cléaire ne ga­ran­tit pas la sé­cu­ri­té du pos­ses­seur (4), en té­moignent les at­taques (par l’égypte et la Sy­rie) des Ter­ri­toires oc­cu­pés par Is­raël en 1973 ou sur ses grandes villes (comme Te­la­viv par l’irak en 1991). De plus, Is­raël n’a ja­mais été au­tant iso­lé de la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale. En res­tant en de­hors des en­ceintes de désar­me­ment, Tel-aviv a me­né un jeu de l’ombre, car son prin­ci­pal al­lié, les États-unis, était pré­sent. Ce­pen­dant, ce jeu est voué à l’échec, car à le conti­nuer, c’est le sys­tème in­ter­na­tio­nal du ré­gime de non-pro­li­fé­ra­tion qui perd en cré­di­bi­li­té puis­qu’il y au­ra alors un risque de pro­li­fé­ra­tion réel, en­ga­geant d’au­tant plus la sé­cu­ri­té d’is­raël. D’autre part, se­lon le Nu­clear Ban Mo­ni­tor 2019, seuls 45 États, dont Is­raël, ne sou­tiennent pas le TIAN. Une fois en vi­gueur en 2020 (se­lon toute pro­ba­bi­li­té), cette norme vien­dra créer une nou­velle fronde contre Is­raël (et autres puis­sances nu­cléaires). Mais à la dif­fé­rence des autres en­ceintes de désar­me­ment de L’ONU, son al­lié amé­ri­cain ne se­ra pas pré­sent et ne pour­ra in­fluer sur les dé­ci­sions. Les ad­ver­saires d’is­raël use­ront le re­fus de cet État de de­ve­nir membre du TIAN.

La si­tua­tion ne peut res­ter fi­gée en­core ain­si sur cin­quante ans. Is­raël va donc de­voir en­ta­mer cette nou­velle dé­cen­nie de­vant un choix : pour­suivre un jeu de po­ker men­teur ou en­ga­ger une évo­lu­tion de sa po­li­tique in­ter­na­tio­nale. Des pe­tits pas pour­raient être réa­li­sés, par exemple, à tra­vers l’or­ga­nisme du TICE, Is­raël étant si­gna­taire. Quant à la ques­tion de la créa­tion d’une Zone exempte d’armes de des­truc­tion mas­sive au Moyen-orient, les désac­cords res­tent réels sur le pro­ces­sus. Is­raël sou­haite qu’un ac­cord de paix glo­bal soit conclu avec ses voi­sins arabes avant de s’en­ga­ger dans des pour­par­lers, tan­dis que les autres États veulent créer d’abord la zone comme une contri­bu­tion à la paix et la sta­bi­li­té.

© AFP/DON Em­mert

Le Pre­mier mi­nistre is­raé­lien, Be­nya­min Ne­ta­nya­hou, pré­sente ses « preuves » de la sup­po­sée bombe nu­cléaire ira­nienne, de­vant les Na­tions unies, le 27 sep­tembre 2012.

Des Is­raé­liens trans­portent des pri­son­niers égyp­tiens du­rant la guerre des Six Jours, en juin 1967.

Be­nya­min Ne­ta­nya­hou vi­site un sous-ma­rin li­vré par les Al­le­mands en jan­vier 2016.

Exer­cice mi­li­taire is­raé­lien dans le dé­sert du Né­guev, le 27 juin 2019.

Ces images mi­li­taires montrent l’in­ter­ven­tion is­raé­lienne, en 2007, contre un site nu­cléaire sy­rien que le ré­gime était ac­cu­sé de cons­truire avec l’aide de la Co­rée de Nord.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.