Avoir la zen at­ti­tude

Les en­fants à bord, les en­fants d’abord ! Ce pour­rait être le leit­mo­tiv de tous les plai­san­ciers qui s’ap­prêtent à par­tir cet été en croi­sière avec leur pro­gé­ni­ture. Nep­tune a me­né l’en­quête, re­cueillant té­moi­gnages et conseils afin que le sé­jour sur l’ea

Neptune Yachting Moteur - - Enquête - Texte Mi­chel Lui­zet - Pho­tos l’au­teur et DR

Avec ses en­fants, Fran­çois-Xa­vier a adop­té de­puis long­temps, à bord de ses ba­teaux, la zen at­ti­tude. Ma­rin ex­pé­ri­men­té et père de trois en­fants de 14, 10 et 8 ans, il or­ga­nise chaque an­née une à deux croi­sières fa­mi­liales de­puis que l’aî­né sait mar­cher. « Je connais trop d’adultes dans mon en­tou­rage, ex­plique-t-il, qui ont été dé­goû­tés à vie de la pra­tique du ba­teau à la suite de mau­vaises ex­pé­riences nau­tiques du­rant leur en­fance. » Beau­coup se sou­viennent en­core d’un père rous­pé­teur ou d’un oncle psy­cho­ri­gide qui ren­dait la vie à bord im­pos­sible. « Pour mes en­fants, pour­suit Fran­çois-Xa­vier, je veux que ce soit une par­tie de plai­sir et je sou­haite aus­si leur don­ner le goût du ba­teau. » A l’évi­dence, les en­fants à bord d’un ba­teau sont le plus sou­vent une source de bon­heur mais par­fois aus­si de stress et d’in­quié­tudes chro­niques dans la me­sure où l’en­vi­ron­ne­ment ma­rin n’est pas un es­pace sans dan­ger. La res­pon­sa­bi­li­té qui in­combe aux pa­rents et en­core plus aux grands-pa­rents se ré­vèle par­fois lourde à por­ter. A ce­la peuvent s’ajou­ter des pro­blèmes bien lé­gi­times de co­ha­bi­ta­tion in­ter­gé­né­ra­tion­nelle. Aus­si faut-il faire en sorte que tout se passe bien en édic­tant des règles simples adap­tables en fonc­tion de l’âge des bam­bins. Et en gar­dant son calme en toutes cir­cons­tances. « Keep co­ol pa­pi ! »

2/6 ANS Un oeil des­sus en per­ma­nence !

« Un en­fant de deux ans qui tombe à l’eau, ça coule à pic. Ça re­monte une fois mais pas deux ! » Grand­père à plein-temps au mo­ment des va­cances, Gilles, pré­sident du Club Traw­ler, a une ap­proche mé­tho­dique de la ges­tion des en­fants sur son ba­teau. Si ses deux pe­tites-filles de 6 et 4 ans ne sont ja­mais tom­bées par-des­sus bord, cette éven­tua­li­té le hante constam­ment. Alors il prend les de­vants : « C’est port de la bras­sière obli­ga­toire à tout mo­ment dès qu’on met un pied dans la ma­ri­na » af­firme le plai­san­cier ba­sé à Loc­tu­dy. Il conseille pour les plus pe­tits le port de gi­lets dits d’aide à la flot­tai­son moins en­com­brants que le gilet clas­sique avec col qui li­mite leurs mou­ve­ments et les fait res­sem­bler à des « bi­ben­dums ». A bord, Gilles et sa femme Bri­gitte (sur­tout elle en na­vi­ga­tion !) ont tou­jours un oeil sur les pe­ti­tes­filles. Au­cun es­pace n’est ce­pen­dant in­ter­dit. « On peut mon­ter ou des­cendre du fly à condi­tion de ne pas faire les folles. Ce­la fait par­tie de l’ap­pren­tis­sage de la vie à bord. » En ma­noeuvre, les en­fants res­tent sur le fly, en sé­cu­ri­té, à cô­té du skip­per qui est au poste de pi­lo­tage tan­dis que l’équi­pière s’oc­cupe des amarres. « Elles ont bien in­té­gré toutes les ma­noeuvres d’ac­cos­tage et de mouillage, nous confie Gilles. Pour au­tant leur in­té­rêt pour le ma­te­lo­tage ou le fonc­tion­ne­ment du ba­teau res­tent as­sez li­mi­tés. On ver­ra ça dans quelques an­nées. » Pour les oc­cu­per au port, les grands-pa­rents ont eu long­temps re­cours à une pe­tite pis­cine gon­flable que l’on cale sur la plage avant du Swift Traw­ler 34. La par­tie de pêche au bord du pon

ton fait aus­si par­tie des ac­ti­vi­tés ré­cur­rentes comme rendre vi­site aux pe­tits co­pains du ba­teau voi­sin. En croi­sière, au mouillage comme à la ma­ri­na, il est im­por­tant d’avoir une plage à proxi­mi­té. « On en tient compte à cha­cune de nos es­cales. » A cet âge-là, le ba­teau pa­raît à taille hu­maine et leur ca­bine a des al­lures de ca­banes. « Elles se sentent en sé­cu­ri­té à l’in­té­rieur. C’est comme une mai­son de pou­pée ! » Le ma­tin et en soi­rée, c’est jeux de so­cié­té et co­lo­riage. La ban­quette de la table du car­ré de­vient leur re­paire. « Pour les pe­tits-en­fants, c’est la sur­veillance constante et l’in­quié­tude per­pé­tuelle, nous écrit Da­mienne, pro­prié­taire avec Ch­ris­tian d’un Bé­né­teau ST 44. On ima­gine tou­jours le pire ! Il faut sans cesse rap­pe­ler les règles, ne pas ou­blier de mettre son gilet de sau­ve­tage dès qu’on quitte le car­ré. » « Mais le ba­teau pour les pe­tits c’est un monde adap­té à leur taille, confirme la traw­lé­riste, et la dé­cou­verte de la mer de­puis le large et non de­puis la plage. »

6/10 ANS On lâche (un peu) la bride

Ça y est ! L’en­fant sait na­ger, ce qui change beau­coup la na­ture de ses ac­ti­vi­tés à bord. Le port du gilet (au­to­ma­tique de pré­fé­rence) doit res­ter la règle pour les plus jeunes sauf bien sûr à l’heure de la bai­gnade. Si les pé­riodes de na­vi­ga­tion ne les pas­sionnent tou­jours pas plus que ça, le mouillage fo­rain est l’ins­tant pri­vi­lé­gié ré­cla­mé à cor et à cri. Le ba­teau et ses abords im­mé­diats se suf­fisent à eux-mêmes. La plage n’est plus in­dis­pen­sable. Les jeux se concentren­t au­tour de l’an­nexe. « Nous avons pris l’ha­bi­tude de l’at­ta­cher au cul du ba­teau en lâ­chant de plus en plus de lon­gueur de bout », ra­conte Fran­çois-Xa­vier. Les plus grands ap­prennent à se fa­mi­lia­ri­ser avec le ma­nie­ment des avi­rons et peuvent s’éloi­gner du ba­teau. » Sur ce plan, l’uti­li­sa­tion du pe­tit hors-bord est en­core pros­crite sauf en pré­sence d’un adulte. « Au­tour de dix ans, on peut com­men­cer à les ini­tier au mo­teur mais ils n’ont pas tou­jours la force né­ces­saire pour ti­rer sur le lan­ceur. » L’op­tion mo­teur élec­trique type Tor­qee­do peut se ré­vé­ler être une bonne so­lu­tion pour que le jeune gagne en au­to­no­mie. Son uti­li­sa­tion est plus simple et moins dan­ge­reuse qu’un

mo­teur ther­mique. Vé­ro­nique, deux en­fants de 14 et 10 ans, et sept ans de croi­sière en lo­ca­tion avec son ma­ri der­rière elle, a in­ves­ti dans un paddle gon­flable. « Mes ga­mins sont ca­pables de pas­ser des heures des­sus sans se las­ser. Il per­met d’al­ler ex­plo­rer les en­vi­rons, ac­cos­ter près des ro­chers et se ré­fu­gier des­sus en cas de pré­sence in­va­sive d’our­sins, la grande ter­reur de mes en­fants avec les crabes ! » En na­vi­ga­tion, les tra­jets doivent être li­mi­tés de pré­fé­rence à 2/3 heures par jour, pas plus. Pour les longues tra­ver­sées équi­va­lentes à un Con­ti­nentCorse (100/150 milles de dis­tance), pri­vi­lé­giez quand c’est pos­sible les dé­parts aux au­rores lors­qu’ils dorment en­core ou les na­vi­ga­tions de nuit pour une ar­ri­vée à des­ti­na­tion au pe­tit ma­tin. Emo­tions ga­ran­ties !

10/14 ANS Ils de­viennent au­to­nomes

Avant dix ans, l’ap­pren­tis­sage du pi­lo­tage est en­core la­bo­rieux. On a du mal à gar­der un cap et mo­no­po­li­ser leur at­ten­tion à la barre ne dure ja­mais plus d’un quart d’heure. Après dix ans, l’en­fant com­mence à mon­trer son in­té­rêt pour la na­vi­ga­tion. A vous de l’en­cou­ra­ger à prendre la barre sous votre sur­veillance. « C’est le bon âge éga­le­ment pour ins­tau­rer

quelques ri­tuels, pré­cise Fran­çoisXa­vier, comme la pré­pa­ra­tion des amarres, la pose des pare-bat­tages, l’uti­li­sa­tion de la té­lé­com­mande du guin­deau élec­trique ou la mise à l’eau de l’an­nexe. » Les pa­rents en pleine confiance pour­ront com­men­cer à leur au­to­ri­ser la conduite en so­lo du ten­der. Sur ce point, les pa­rents scan­di­naves res­pon­sa­bi­lisent leur pro­gé­ni­ture beau­coup plus tôt que nous. Il n’est pas rare en ef­fet de croi­ser dans les ma­ri­nas sué­doises des en­fants de moins de dix ans, seuls, aux com­mandes d’un hors-bord. La plai­sance est un loi­sir par­ta­gé par la très grande ma­jo­ri­té. Ce­la ex­plique sans doute que les en­fants sont ini­tiés dès leur plus jeune âge à la pra­tique nau­tique et que le per­mis ba­teau n’existe pas chez les Sué­dois !

14/18 ANS S’adap­ter à leurs en­vies

« Y a-t-il une connexion Wifi sur ton ba­teau, pa­pi ? » Cette ques­tion, at­ten­dez-vous à ce qu’on vous la pose dès l’em­bar­que­ment. Pour y faire face, vous avez la pos­si­bi­li­té de vous équi­per d’une an­tenne Wifi peu oné­reuse qui va per­mettre de « boos­ter » le hots­pot dans les ports ou les ma­ri­nas. En na­vi­ga­tion cô­tière, les re­lais 3G/4G am­pli­fient le si­gnal jus­qu’à 15 milles de côtes. En­fin, un ser­vice in­ter­net pre­mium passe obli­ga­toi­re­ment par une an­tenne sa­tel­lite et un abon­ne­ment. Vous au­rez alors la re­con­nais­sance éter­nelle de vos pe­tits-en­fants. Da­mienne et son ma­ri Ch­ris­tian, adeptes des croi­sières au long cours, aiment à ou­vrir grandes les portes de leur ST 44 à leurs pe­tit­sen­fants âgés de 15 et 18 ans. Pour les grands ados, les ta­blettes, té­lé­phones, or­di­na­teurs et mini consoles de jeux rem­placent sou­vent les livres et les jeux de so­cié­té. Ils sont à uti­li­ser avec mo­dé­ra­tion, mais, du­rant les na­vi­ga­tions un peu longues, les grands-pa­rents to­lèrent un peu plus qu’en temps nor­mal. Tous ne sont pas ce­pen­dant ac­cros à leur smart­phone et des ac­ti­vi­tés al­ter­na­tives plus dy­na­miques peuvent être trou­vées. « Sauf ex­cep­tion, la na­vi­ga­tion n’est pas ce qui les pas­sionne le plus, pour­suit Da­mienne, sur­tout si la mer est un peu cha­hu­teuse. Ce qui les in­té­resse le plus, ce sont les es­cales au port. Ils ont vite fait de re­pé­rer, sur leurs smart­phones, les centres d’in­té­rêt de l’étape. Ceux-ci sont va­riables : il y a la plage et les ma­ga­sins pour les filles. Dé­gus­ter une glace sur le port fait aus­si par­tie des ri­tuels. » Pour les gar­çons, c’est un peu dif­fé­rent. « Notre pe­tit-fils est un pas­sion­né de ska­te­board. Il est pas­sé maître dans

le re­pé­rage de parcs de skate. A peine dé­bar­qué du ba­teau, il s’y pré­ci­pite à vé­lo, son skate sur le dos. Lors de notre croi­sière 2019 dans les pays scan­di­naves, il a ain­si dé­cou­vert les grands parcs de skate de Co­pen­hague, Gö­te­borg, ain­si que d’autres dans des en­droits sou­vent im­pro­bables. Un vrai bon­heur !»

Mais pour Da­mienne, le mo­ment qu’ils pré­fèrent, quel que soit leur âge, c’est l’apé­ro du soir. Un mo­ment de li­ber­té pour se je­ter sur les bis­cuits salés, chips et autres ca­ca­huètes, presque à vo­lon­té… « La convi­via­li­té à bord n’a pas d’âge. » Pour les pe­tits comme pour les

ados, le ba­teau est aus­si une for­mi­dable école de la vie. On n’hé­site pas à se conten­ter de l’es­sen­tiel. « On éco­no­mise l’eau, l’élec­tri­ci­té, on prend sa douche dans les sa­ni­taires du port, nous confie Da­mienne. On sur­veille les ma­rées, on guette la mé­téo. On ac­cepte de vivre dans un es­pace res­treint. Le cou­cher de so­leil de­vient un spec­tacle qu’on ne veut ra­ter sous au­cun pré­texte. Et au fi­nal, que de sou­ve­nirs, et quelle fier­té pour eux d’avoir fait du ba­teau ! »

62

Une plate-forme hy­drau­lique im­mer­geable, rien de mieux pour que les en­fants se l’ap­pro­prient comme un ter­rain de jeu, sous la sur­veillance des adultes bien évi­dem­ment ! 63

Palmes, masque et tu­ba font par­tie de la pa­no­plie des en­fants dès l’âge de six ans. Ce sont des ac­ces­soires in­dis­pen­sables à bord !

A six ans, on com­mence à goû­ter à une pe­tite dose de li­ber­té en fai­sant de l’an­nexe sa chasse gar­dée. Mais le gilet de sau­ve­tage reste vi­ve­ment conseillé.

Sur cette Pres­tige 42, la pas­se­relle té­les­co­pique fait aus­si of­fice de plon­geoir pour les en­fants.

Le paddle, c’est bon pour la confiance et la maî­trise de l’équi­libre. Vos en­fants au­ront vite fait de l’adop­ter dès le pre­mier mouillage.

La pra­tique de la na­vi­ga­tion est idéale pour que les jeunes se fa­mi­lia­risent avec les ma­noeuvres simples comme sur­veiller les amarres lors d’un pas­sage d’écluse.

Le net­toyage du ba­teau est sy­no­nyme de cor­vée pour les adultes mais pas pour les en­fants qui le consi­dèrent comme un jeu. N’hé­si­tez pas à leur confier ré­gu­liè­re­ment cette tâche in­grate !

L’ac­ti­vi­té pêche est un bon dé­ri­va­tif lorsque la tra­ver­sée s’éter­nise. A condi­tion tou­te­fois d’avoir quelques touches, réelles ou si­mu­lées !

A par­tir de dix ans, on peut com­men­cer à ini­tier les en­fants à la conduite de l’an­nexe, mais tou­jours sous la res­pon­sa­bi­li­té d’un adulte.

Les pe­tites criques de Corse comme ici celle de Ti­vel­la, au sud de Pro­pria­no, sont des havres de paix qui de­viennent vite le royaume des en­fants.

Un paddle re­con­ver­ti en ski nau­tique. Dès qu’il s’agit d’être trac­tés, quelle que soit la ma­nière, les en­fants sont aux anges.

Dès le dé­but de la croi­sière, les en­fants s’ap­pro­prient ra­pi­de­ment leur ca­bine où ils se sentent en sé­cu­ri­té.

Gare aux dou­dous qui tombent à l’eau ! Chaque fa­mille de plai­san­ciers a une anec­dote sur ce su­jet !

En Scan­di­na­vie, les en­fants sont très tôt ini­tiés à la pra­tique de la plai­sance. Croi­ser un pi­lote de dix ans à la barre d’une puis­sante an­nexe n’est pas rare, d’au­tant plus qu’il n’y a pas de per­mis en Suède.

Le fly est le re­fuge des en­fants en na­vi­ga­tion, mais le vent ap­pa­rent gé­né­ré par la vi­tesse peut vite les fa­ti­guer.

Lu­cien, jeune ap­pren­ti mousse de douze ans, at­ten­tif à la barre d’un ba­teau flu­vial sur le ca­nal du Mi­di. C’est le bon âge pour ap­prendre à te­nir un cap.

On n’est pas sé­rieux quand on a moins de dix ans, sur­tout quand il s’agit de bran­cher la prise de quai !

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.