Pour le cli­mat

A quelques heures de l’ou­ver­ture de la COP  à Pa­ris, la prin­ci­pau­té a mar­ché pour le cli­mat, hier ma­tin, au­tour du prince Al­bert, de la prin­cesse Char­lène et des hé­ri­tiers en pous­sette.

Nice-Matin (Menton) - - Menton - P.-L. P.

Plus tard, il se­ra trop tard. Les di­ri­geants du monde en­tier, qui se re­trou­ve­ront à Pa­ris à par­tir d’au­jourd’hui, dans le cadre de la Cop21, en sont conscients. Les en­jeux aux­quels ils de­vront ré­pondre pour les gé­né­ra­tions fu­tures sont énormes.

 Une hausse de °C, pas plus, d’ici 

On parle là d’une aug­men­ta­tion glo­bale de la tem­pé­ra­ture. Ce qui si­gni­fie qu’elle se­ra peut-être d’1°C dans les zones tro­pi­cales, mais de 7 à 8°C dans les ré­gions po­laires. Cette hausse de 2°C peut semb­ler faible, mais c’est dé­jà énorme. Pour in­for­ma­tion, il y a 20 000 ans, lors de la der­nière gla­cia­tion, la tem­pé­ra­ture moyenne à la sur­face de la terre était à peine de 4°C in­fé­rieure à la tem­pé­ra­ture moyenne ac­tuelle. Avec les « pro­messes de dons » an­non­cés par 150 des 195 pays, on ob­tien­drait plu­tôt une hausse des tem­pé­ra­tures de 3°C. On n’est donc pas très loin de l’ob­jec­tif, mais ce de­gré sup­plé­men­taire est im­por­tant.

 Toute une agri­cul­ture à ré­in­ven­ter

Si l’im­pact d’une hausse des tem­pé­ra­tures sur les mous­sons reste en­core in­cer­tain, tous les mo­dèles ma­thé­ma­tiques s’ac­cordent en re­vanche à dire que le bas­sin mé­di­ter­ra­néen se­ra confron­té à une aci­di­fi­ca­tion et un as­sè­che­ment. Dès lors, il de­vient évident qu’il fau­dra adap­ter l’agri­cul­ture. Aban­don­ner par exemple la culture du maïs, trop gour­mande en eau. Si­non, le Groupe d’ex­perts in­ter­gou­ver­ne­men­tal sur l’évo­lu­tion du cli­mat es­time que les ren­de­ments agri­coles pour­raient di­mi­nuer de 2 % par dé­cen­nie.

 Une tran­si­tion éner­gé­tique né­ces­saire

Une chose est sûre : on ne peut pas conti­nuer notre « bu­si­ness as usuel ». L’époque des hy­dro­car­bures rois est ré­vo­lue. Il va donc fal­loir conju­guer plu­sieurs choses. Pour les pays comme le nôtre, qui ont long­temps pro­fi­té du gâ­teau, il va fal­loir chan­ger de com­por­te­ment. Ac­cep­ter de consom­mer moins d’éner­gie, tout en dé­ve­lop­pant des tech­niques al­ter­na­tives. Mais il va aus­si fal­loir ai­der les pays émer­gents à émettre moins de CO2. En ac­cep­tant par exemple de les faire bé­né­fi­cier de trans­ferts de tech­no­lo­gie.

 Des dé­pla­ce­ments mas­sifs de po­pu­la­tion

On es­time que le ni­veau des océans mon­te­ra de 0,5 à 1 mètre en moyenne d’ici la fin du siècle. Là en­core, ce­la peut pa­raître peu, mais les po­pu­la­tions qui vivent pra­ti­que­ment au ni­veau de la mer, no­tam­ment en Asie, se­ront pous­sées à l’exil. Ce mou­ve­ment mi­gra­toire se­ra en­core ac­cen­tué avec la sa­li­ni­sa­tion pré­vi­sible des ri­zières. D’après le Haut-com­mis­sa­riat des Na­tions unies pour les ré­fu­giés, quelque 250 mil­lions de per­sonnes se­ront ain­si dé­pla­cés d’ici à 2050 du fait des condi­tions cli­ma­tiques ex­trêmes, de la baisse des ré­serves d’eau et d’une dé­gra­da­tion des terres agri­coles.

 Le coût, un ar­gu­ment de poids

L’éco­no­miste Ni­cho­las Stern a été le pre­mier à le dire. Il a, de­puis, fait des émules. Ne rien faire contre le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique coû­te­ra plus cher de­main que de prendre le pro­blème à bras-le-corps dès au­jourd’hui. Cer­taines grandes so­cié­tés l’ont com­pris, no­tam­ment les com­pa­gnies d’as­su­rances, qui com­mencent à fi­nan­cer des re­cherches sur les chan­ge­ments cli­ma­tiques ex­trêmes. Se­lon les es­ti­ma­tions de la Banque mon­diale, les dom­mages cau­sés par un ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique trop im­por­tant pour­raient faire chu­ter de 5 à 20 % le pro­duit in­té­rieur brut maon­dial ! A l’in­verse, ré­duire suf­fi­sem­ment les émis­sions de gaz à ef­fet de serre ne re­pré­sen­te­rait que 1 % de la ri­chesse mon­diale. Cet ar­ticle a été ré­di­gé no­tam­ment à par­tir d’un en­tre­tien té­lé­pho­nique avec Gilles Ram­stein, di­rec­teur de re­cherches CEA au La­bo­ra­toire des sciences du cli­mat et de l’en­vi­ron­ne­ment et pa­léo­cli­ma­to­logue, spé­cia­liste de la mo­dé­li­sa­tion des cli­mats du pas­sé.

Une chaîne hu­maine a réuni   per­sonnes à Pa­ris, où ont aus­si écla­té des in­ci­dents. Toute la soi­rée, les chefs d’Etat (ici le Chi­nois Xi Jin­ping) ont af­flué. (MaxPPP/EPA)

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