SHEI­LA HICKS AU CENTRE POM­PI­DOU

PA­RIS

Numero Art - - Décembre Sommaire - PAR MOU­NA MEKOUAR

CE PRO­JET est né d’une conver­sa­tion avec Thi­baut Wychowanok, qui m’in­vi­tait à ima­gi­ner une ru­brique pour Nu­mé­ro art. Afin d’y ré­pondre, j’ai sou­hai­té in­vi­ter une ar­tiste que j’aime et ad­mire, Shei­la Hicks, à pro­duire un “ob­jet” qui pren­drait corps dans l’es­pace de la re­vue. Un monde com­plé­men­taire à son oeuvre. Shei­la Hicks me pro­pose alors de lui rendre vi­site ré­gu­liè­re­ment à son ate­lier. Elle m’in­cite à ma­ni­pu­ler des fils de soie et de laine, en fai­sant et dé­fai­sant des noeuds, avant de faire bas­cu­ler ce tra­vail ma­nuel vers la simple ob­ser­va­tion de la main. Une main nue. Sym­bole ab­so­lu. La main du créa­teur. La main de­ve­nant ma­tière à créer des com­po­si­tions, des trames, des vo­lumes. “J’ai plai­sir à ve­nir tous les jours à l’ate­lier pour tra­vailler et as­so­cier conjoin­te­ment, et à chaque étape du pro­ces­sus, mes yeux, ma pen­sée et sur­tout mes mains. Et sou­vent, je me de­mande com­ment mes mains doivent-elles agir et in­ter­ar­gir avec la ma­tière. Com­ment peuvent-elles ame­ner mes gestes vers la réa­li­sa­tion d’une oeuvre plastique et sen­sible ?” me confie-t-elle.

Elle dé­cide d’éla­bo­rer une pro­po­si­tion qui, tout en se si­tuant au coeur de son pro­ces­sus créa­tif, n’évoque pas di­rec­te­ment ses oeuvres. Elle crée des trames, faites de courbes et de contre-courbes, qui semblent tan­tôt flot­ter, tan­tôt s’af­fran­chir du cadre de la feuille. Elle in­cite le re­gar­deur à ex­plo­rer dif­fé­rem­ment ses mé­thodes de tra­vail. Car chaque page et chaque des­sin in­vitent à voir, sous un nou­vel angle, les struc­tures de ces oeuvres tra­di­tion­nel­le­ment tis­sées ou nouées se­lon un sché­ma or­tho­go­nal. Elle cherche ain­si à mettre en lu­mière les phé­no­mènes com­plexes de su­per­po­si­tion, voire de fu­sion, qui sont à l’oeuvre dans le tra­vail d’ate­lier. Ain­si a-t-elle construit – qu’elle en soit ici vi­ve­ment re­mer­ciée – une écri­ture in­édite qui lui a per­mis de dé­ve­lop­per, dans le cadre de ces formes, un nou­veau ré­per­toire créé par libre as­so­cia­tion.

Cette li­ber­té prise par Shei­la Hicks sym­bo­lise aus­si toutes les po­ten­tia­li­tés mé­ta­pho­riques d’une oeuvre qui ne s’offre ja­mais en­tiè­re­ment à la vue. En ou­vrant ou en fer­mant, en dé­pliant ou en feuille­tant la re­vue, Shei­la Hicks nous in­vite à éprou­ver au­tre­ment ses formes. Elle offre un monde à voir. Une construc­tion éphé­mère. Un jeu. Un si­mu­lacre. Une pe­tite par­celle d’un monde autre.

NOW 83, THE CE­LE­BRA­TED AR­TIST SHEI­LA HICKS HAS MADE AN EX­CLU­SIVE SERIES OF DRAWINGS FOR NU­MÉ­RO ART ON THE THEME OF THE HAND. THE WO­MAN WHO RAISED WEAVING TO THE STA­TUS OF A MA­JOR ART WILL BE HO­NOU­RED WITH A RETROSPECTIVE AT THE CENTRE POM­PI­DOU NEXT FEBRUARY.

“Be new wi­thout being bi­zarre,” Vol­taire

This pro­ject be­gan with a conver­sa­tion with Thi­baut Wychowanok, who as­ked me to do a co­lumn for Nu­mé­ro art. I de­ci­ded to in­vite so­meone I like and ad­mire, the ar­tist Shei­la Hicks, to pro­duce an “ob­ject” that would come to life wi­thin the pages of the ma­ga­zine. In res­ponse, Shei­la in­vi­ted me to vi­sit her stu­dio re­gu­lar­ly. She got me to help tease out the silk and wool threads, ma­king and un­ma­king the knots, be­fore shif­ting this ma­nual work to­wards a simple ob­ser­va­tion of the hand. A bare hand. An ab­so­lute symbol – the hand of the crea­tor. The hand that be­comes ma­te­rial for crea­ting wefts, com­po­si­tions, vo­lumes. “I like co­ming to the stu­dio eve­ry day to work and to as­so­ciate my eyes, my thoughts and above all my hands at eve­ry step of the pro­cess. And I of­ten won­der how my hands should act and in­ter­act with the ma­te­rial. How can they lead my ges­tures to­wards the crea­tion of a sen­si­tive plas­tic work?” she confi­ded. She de­ci­ded to de­ve­lop a pro­po­sal that, while per­fect­ly in har­mo­ny with her crea­tive pro­cess, didn’t di­rect­ly evoke her work. She crea­ted wefts craf­ted from curves and coun­ter-curves, that so­me­times ap­pear to float, and at other times to li­be­rate them­selves from the confines of the page. From one image to ano­ther, from one confi­gu­ra­tion to the next, she en­cou­rages the vie­wer to ex­plore the dif­ferent le­vels of her me­thods, her way of ma­king and her way of seeing. She seeks to high­light the com­plex phe­no­me­na of su­per­im­po­si­tion and even fu­sion in her stu­dio work. Shei­la’s free­dom sym­bo­lizes all the me­ta­pho­ri­cal po­ten­tial of an art­work that is ne­ver en­ti­re­ly vi­sible. By opening or clo­sing the ma­ga­zine, fol­ding it or fli­cking through it, she in­vites us to consi­der her forms in a dif­ferent way. In so doing, she gives us a whole new, other world to look at.

SHEI­LA HICKS’S HANDIWORK

Pa­ris

Shei­la Hicks par­ti­cipe à l’ex­po­si­tion Voyage d’hi­ver, du 21 oc­tobre au 7 jan­vier 2018, châ­teau de Ver­sailles. Ex­po­si­tion Shei­la Hicks - Free Threads. Tex­tile and its Pre­his­pa­nic Roots, 1957-2017 au Mu­seo Am­pa­ro à Pue­bla, au Mexique, en no­vembre 2017. Ré­tros­pec­tive au Centre Pom­pi­dou en fé­vrier 2018.

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